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Solar ImpulsePiccard lâche (un peu) son ami xénophobe

Sous la pression des autorités suisses et belges, Bertrand Piccard tance son météorologue devenu un politicien populiste très en vue en Belgique. Mais il le garde.

par
Ludovic Rocchi
Bertrand Piccard et son météorologue belge, Luc Trullemans.

Bertrand Piccard et son météorologue belge, Luc Trullemans.

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Dans l'univers quasi parfait de Solar Impulse, le langage de charretier et les dérapages islamophobes du météorologue de l'équipage font vraiment tache. Mais le pilote en chef de l'avion solaire, Bertrand Piccard, semble décidé à s'accommoder des mauvaises manières de son météorologue, Luc Trullemans, un ami de vingt ans devenu la star montante de la droite populiste belge. Le sexagénaire s'est improvisé politicien en quelques mois après un premier gros dérapage antiarabe sur Facebook en avril dernier.

Viré sur-le-champ de son rôle de Monsieur Météo sur RTL-TVI en Belgique, il s'est placé en victime et a su exploiter sa popularité pour se lancer de manière éclair en politique au sein du Parti populaire. Luc Trullemans a fini d'aggraver son cas pendant les fêtes de fin d'année avec une nouvelle publication tendancieuse sur Internet («Le Matin» du 27 décembre).

Fini de minimiser

Sur le moment, Bertrand Piccard a laissé dire à son service de communication «n'avoir jamais eu de problème avec Luc». Cette manière de minimiser un gros problème d'image et d'éthique n'aura pas résisté longtemps à la polémique qui enfle, tant en Belgique que maintenant en Suisse. Hier, Bertrand Piccard est sorti de sa réserve. Il indique vouloir maintenir en place son météorologue, mais à la condition qu'il ne commette plus aucun dérapage.

Un SMS problématique

«La situation a dépassé les limites de l'acceptable, précise par écrit Bertrand Piccard au «Matin». Nous lui avons donc clairement signifié que son comportement et ses propos étaient inadéquats et que nous ne les cautionnions absolument pas. Nous lui avons également demandé de dissocier totalement son excellent travail de météorologue de toute prise de position politique et sociale.» Cette déclaration solennelle ne correspond toutefois pas au ton amical et complice du SMS que Bertrand Piccard a envoyé à Luc Trullemans juste avant les Fêtes. Le météorologue a transmis au «Matin» ce texto pour prouver que le boss de Solar Impulse le soutient dans sa carrière politique (lire ci-contre). Comment expliquer pareille contradiction?

Solide amitié

Bertrand Piccard précise avoir envoyé son SMS avant d'apprendre le nouveau dérapage de son vieil ami. Et il s'explique ainsi: «Je l'avais sermonné après son premier dérapage, et il m'avait donné l'impression d'avoir compris. Mes vœux de bonne chance s'inscrivaient dans ce contexte et je ne pouvais pas deviner qu'il allait récidiver.» Il ajoute que «Luc est quelqu'un de profondément bon et loyal, mais qui se montre manifestement maladroit dans le cadre de son engagement politique».

Juste maladroit? Ce n'est pas l'avis des autorités belges, qui emploient Luc Trullemans comme météorologue. Sa place est en jeu, à entendre son supérieur, Philippe Mettens: «Nous attendons un avis juridique pour trancher. Mais il est clair que M. Trullemans se fout de tout le monde. Et je comprends qu'il embarrasse aussi la Suisse et le projet «Solar-Impulse.»

Berne s'inquiète

C'est le moins qu'on puisse dire. Gros sponsor de Solar Impulse pour près de six millions de francs, la Confédération a confié un rôle de représentation officielle à son imposant équipage. Garant de ce contrat, le directeur de Présence Suisse, Nicolas Bideau, juge sévèrement l'affaire Trullemans: «Il est clair que nous ne pouvons pas cautionner de tels agissements. Le problème doit être réglé par Solar Impulse. Le projet reste toutefois plus fort que cette polémique et il garde notre soutien.»

Bertrand Piccard promet de veiller au grain et s'émeut qu'on lui reproche de soutenir un politicien xénophobe: «Quiconque connaît mes engagements humanitaires et sociaux serait à mille lieues de me suspecter de connivences racistes ou fascistes.»

Le populiste Luc Trullemans saura-t-il se tenir, alors qu'il est en pleine campagne pour les élections européennes? A tester, comme un avion solaire volant de nuit.

Le SMS embarassant de Bertrand Piccard à son météorologue

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