Pollution: Pierre Kohler: «Je suis sidéré par la passivité des Valaisans»

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PollutionPierre Kohler: «Je suis sidéré par la passivité des Valaisans»

L'ancien ministre jurassien avait tapé du poing sur la table pour assainir la décharge de Bonfol il y a vingt ans. Il s'étonne de voir les Valaisans dans une telle incapacité d'agir avec leurs sites pollués.

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LeMatin.ch
Pierre Kohler (à d.) en 2001, lors de la présentation des options pour assainir la décharge de Bonfol. Et aujourd'hui en médaillon: «Que valent les emplois, si on n'a plus la santé?»

Pierre Kohler (à d.) en 2001, lors de la présentation des options pour assainir la décharge de Bonfol. Et aujourd'hui en médaillon: «Que valent les emplois, si on n'a plus la santé?»

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Les récents développements autour de la décharge de Gamsenried dans le Haut-Valais, la démission du chef du Service valaisan de l'environnement, la pollution des eaux du Rhône ou de la nappe phréatique, tous ces événements font réagir le Jurassien et Valaisan de cœur, Pierre Kohler.

Au pied du mur

L'ancien ministre jurassien (de 1993 à 2002) avait «pris le taureau par les cornes» à la fin des années 90 pour forcer la chimie bâloise à assainir le site de Bonfol. Dans les années 60 et 70, les entreprises avaient déversé 114 000 tonnes de déchets dans ce petit village jurassien près de la frontière française. Dès 1998, le gouvernement et l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), alors dirigé par Philippe Roch, ont réclamé et obtenu un assainissement aux frais des pollueurs. Après avoir été mise au pied du mur, la chimie bâloise a dû obtempérer. L'assainissement a duré sept ans de 2010 à 2016.

Ces« poubelles géantes»

Dans le Haut-Valais, à Gamsenried, 1,5 millions de m3 de terres polluées, dont 60 tonnes de mercure attendent, d'être assainies. L'actuel conseiller d'Etat valaisan en charge de l'environnement, Jacques Melly, parle d'un début de solution en 2022 avec la Lonza, propriétaire des lieux. Mais pendant ce temps, la tension politique monte. Pierre Kohler ne comprend pas l'attitude des Valaisans: «On ne peut plus tolérer ces poubelles géantes dans la nature. Je suis sidéré par la totale passivité des autorités devant ces décharges à problèmes qui polluent les eaux. Cela fait trente ans que l'on connaît ces sites en Valais, à Monthey, Collombey, Martigny ou dans le Haut-Valais».

Autorité plus crédible

Le Jurassien, qui a épousé une Valaisanne, estime qu'il est temps d'agir pour ne pas décrédibiliser l'autorité : «C'est aussi une question d'égalité de traitement. Si un paysan, un garagiste ou un restaurateur pollue autour de chez lui, la police est là dans l'heure et on lui ferme sa boîte. On a peur des grosses sociétés... On dit que les emplois sont menacés... Mais que valent les emplois si on n'a plus la santé ? Qu'est-ce qui est le plus important?»

Une question de volonté politique

Cela dit, comment faire, quel conseil peut-il donner aux Valaisans ? «A l'époque, on disait que ce n'était pas possible. J'avais cherché et trouvé des experts en 1999 pour avoir des solutions, évacuer, incinérer en Allemagne, etc... En 2000 le Gouvernement jurassien a pris la décision: il faut assainir. Le couperet est tombé. C'est une question de volonté politique. J'avais le soutien important de Philippe Roch. Aujourd'hui, l'OFEV est dirigée par Marc Chardonnens, quelqu'un qui connaît très bien le sujet. A un moment donné le Gouvernement valaisan doit arrêter de tergiverser. Il doit mettre les propriétaires devant le fait accompli et dire: on assainit! Après on peut discuter du temps et des modalités.»

Des écologistes au Gouvernement?

Aujourd'hui marchand d'art et conseiller personnel du ministre de l'environnement du Kosovo, Pierre Kohler n'a rien perdu de son mordant:« Si les autorités valaisannes continuent comme ça, il y aura bientôt cinq écologistes au Gouvernement. Cela m'énerve, car les partis traditionnels doivent traiter prioritairement ces questions d'environnement. Sinon ils ne doivent pas s'étonner que les écologistes prennent leur place».

Eric Felley

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