Genève: Pierre Maudet: l'amputation plutôt que la suspension
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GenèvePierre Maudet: l'amputation plutôt que la suspension

Le politicien conserve la présidence du Conseil d'État et le Département de la sécurité alors que les circonstances de son voyage à Abu Dhabi sont dans le viseur de la justice pénale. Nombre de ses prérogatives lui sont retirées.

par
Evelyne Emeri
En pleine turbulence, Pierre Maudet se retrouve dans l'ombre depuis les décisions de ses collègues du Conseil d'État de l'amputer d'une partie de ses activités.

En pleine turbulence, Pierre Maudet se retrouve dans l'ombre depuis les décisions de ses collègues du Conseil d'État de l'amputer d'une partie de ses activités.

Laurent Guiraud

Une décision en demi-teinte. C'est ce qu'a choisi ce matin le collège gouvernemental. Le voyage controversé du président du Conseil d'État genevois et chef du Département de la sécurité (DS) dans les Émirats arabes crée le malaise depuis des jours et des jours. Sa démission a été exigée, sa suspension aussi. Cet après-midi, les ministres genevois in corpore, y compris Pierre Maudet (PLR/GE), ont tenu un point presse, rigide et rapide, pour mettre un terme à toutes les projections envisageables. Ou, plutôt, pour les contenir.

Le vice-président Antonio Hodgers (Verts/GE) a tenu le crachoir, distillant quasi mécaniquement le fruit des délibérations du gouvernement, dans un monologue quasi religieux. Il est vrai que l'affaire secoue méchamment la République. Et qu'il s'agit de faire profil bas. Ainsi, pour reprendre les termes des informations dévoilées tout à l'heure devant les médias, le Conseil d'État a essentiellement axé ses travaux dans une optique de préservation des institutions. Du coup, pas de suspension de Pierre Maudet mais une série d'amputations quant à l'exercice de son double mandat présidentiel et sécuritaire.

Remaniement des représentations du Conseil d'État

«Il n'appartient pas au gouvernement genevois de mener une instruction des faits qui sont allégués à l'égard de M. Maudet. Il s'agit d'une procédure parlementaire pour la levée de l'immunité et, si celle-ci est acquise, d'une procédure judiciaire menée par le Ministère public.» Par conséquent, le Conseil d'État, de manière unanime, a pris des dispositions sur l'organisation gouvernementale. «Ces dispositions sont des dispositions qui s'appliquent immédiatement. Elles sont entrées en vigueur ce matin, dès l'adoption des actes y relatifs. On peut les considérer comme des dispositions organisationnelles provisoires. Dans deux domaines principalement.»

Le premier domaine concerne les prérogatives qui concernent la présidence du Conseil d'État. «Il s'agit de préserver, à l'égard de l'extérieur, des institutions et des médias, une sérénité, une stabilité et une crédibilité. Le Conseil d'État a décidé qu'en matière de représentation extérieure du collège, de représentations à l'égard du Grand Conseil et de préparation et de présidence des séances gouvernementales, cette tâche était provisoirement confiée à la vice-présidence du Conseil d'État, pour cette année votre interlocuteur (ndlr. Antonio Hodgers/Verts)

Les autres activités du département présidentiel (la surveillance des communes, les liens avec la Genève internationale, les affaires extérieures, le projet d'agglomération, le lien avec la France voisine et les affaires économiques) continueront à être assumées par le titulaire du Département présidentiel, M. Pierre Maudet, qui garde aussi le titre de président du Conseil d'État.

Préserver l'indépendance du Ministère public

Le deuxième axe de travail du Conseil d'État a été de préserver toute l'indépendance nécessaire à l'action du Ministère public. «Le Conseil d'État a tenu à créer une étanchéité claire entre l'action du Ministère public et l'activité du Conseil d'État, notamment en lien avec l'activité de Pierre Maudet. Toutes les relations institutionnelles entre le Pouvoir judiciaire et le Département de la sécurité (DS) sont, de manière provisoire également, assumées dès ce matin par M. le conseiller d'État, Mauro Poggia (MCG) en sa qualité de suppléant du chef de la Sécurité.»

Dans le cadre toujours de l'enquête du Ministère public à l'encontre de M. Maudet, le Conseil d'État a tout d'abord constaté que cette enquête était menée par le Ministère public avec l'appui de l'Inspection générale des services (IGS). «Celle-ci dépend, déjà de par la loi, du Ministère public. On parle de situation conflictuelle à ce niveau-là. Il y a un rattachement administratif de l'IGS au Corps de police et à la Commandante (ndlr. Monica Bonfanti), qui est clairement en lien avec le Département de la sécurité. Aussi, pour le volet administratif de l'IGS, les éventuels actes nécessaires seront aussi gérés par M. Poggia.»

«Des mesures légères et souples»

Pierre Maudet conserve la direction des deux départements qui lui ont été confiés en début de législature, le Département présidentiel et celui de la sécurité, hors les prérogatives et les domaines d'action (présidence + sécurité) assumées de facto par leurs suppléants. «Le Conseil d'État n'a pas voulu, dans un délai si court, procéder à des réorganisations profondes qui auraient modifié éventuellement le règlement de l'organisation de l'Administration cantonale. Cette organisation doit être approuvée par le Grand Conseil. Nous avons préféré des mesures plus légères, prises d'emblée ce matin, qui ont également la souplesse de pouvoir évoluer si le dossier le justifie ou être révoquées si la situation venait à évoluer dans un autre sens.»

Enfin: «Nos débats n'ont pas porté sur l'instruction. Il ne nous appartient pas de faire le procès de M. Maudet. Il nous appartient de garantir la sérénité et le bon fonctionnement des institutions. Et de permettre ainsi au gouvernement de procéder à ce que, finalement, la population attend: prendre des décisions, faire un programme et s'y tenir.»

evelyne.emeri@lematin.ch

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