Éditorial: Pierre Maudet, ou le procès des «avantages»
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ÉditorialPierre Maudet, ou le procès des «avantages»

Que la justice condamne ou pas l’ex-conseiller d’État, c’est le peuple qui décidera de son sort au mois de mars.

par
Eric Felley
Le 16 avril 2018, au lendemain de sa victoire au premier tour aux élections genevoises, Pierre Maudet est encore la locomotive de la droite genevoise. Mais l’enquête contre lui était déjà lancée.

Le 16 avril 2018, au lendemain de sa victoire au premier tour aux élections genevoises, Pierre Maudet est encore la locomotive de la droite genevoise. Mais l’enquête contre lui était déjà lancée.

FB/pierre maudet

C’est une semaine judiciaire qui s’ouvre pour l’ancien conseiller d’État Pierre Maudet, à Genève. Avec quatre coaccusés, il doit répondre de l’accusation «d’acceptation d’un avantage». En réalité, deux avantages figurent sur l’acte d’accusation: le financement de son voyage à Abu Dhabi par le prince Mohammed bin Zayed al-Nahyan (50 000 francs) et le financement d’un sondage (34 000 francs) par deux entrepreneurs qui se retrouvent aussi au tribunal.

Après sa tentative d’accéder au Conseil fédéral à l’automne 2017 et sa brillante réélection au Conseil d’État, au printemps suivant, la trajectoire de Pierre Maudet a pris une tournure délétère, rappelant l’adage romain qu’il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. S’il n’avait pas cherché à dissimuler les faits qu’on lui reproche aujourd’hui, il aurait pu, peut-être, éviter ce procès. Certes, si mentir n’est pas pénal, cela peut constituer une circonstance aggravante aux yeux de la justice. En l’occurrence, à ceux de la juge Sabina Mascotto.

Depuis trois ans, la situation politique de Pierre Maudet, notamment au sein du collège où il s’est incrusté, n’a cessé de se dégrader. Au point qu’il a démissionné pour mieux se représenter. Aujourd’hui, il a tombé la cravate et tourne des petites vidéos dans son bureau pour répondre aux simples citoyennes et citoyens. D’un côté, il s’attire la sympathie de gens qui sont dans la difficulté comme lui. De l’autre, il attise la rancœur d’une grande partie de la classe politique. Ces débats d’audience en pleine campagne électorale sont à double tranchant. Il aura l’occasion de se justifier avec la faconde qu’on lui connaît. En même temps, l’accusation ne lui fera pas de cadeau.

Dans les urnes, le peuple le jugera

En filigrane de ce procès, c’est l’occasion pour la classe politique suisse de faire son examen de conscience sur cette question «d’acceptation d’un avantage» qui est une formulation polie du droit suisse pour ne pas parler de «corruption». A tous les niveaux de la politique suisse, que ce soit communal, cantonal ou fédéral, les «avantages» que s’accordent les uns aux autres constituent une réalité souterraine de la culture politique, du lobbyisme, de l’allégeance à un parti ou à un groupe d’intérêts économiques.

En acceptant de se faire payer un voyage et un sondage, Pierre Maudet a-t-il dépassé les bornes? Lui-même a sans doute apporté la réponse à cette question, en cherchant à cacher cette réalité qu’il savait problématique. Mais, dans sa fonction, pouvait-il refuser le cadeau du prince à sa famille sans le vexer? Sur le deuxième chef d’accusation, pouvait-il considérer le financement du sondage comme une participation à sa campagne? Quelle que soit la réponse que donnera la juge d’ici à mardi prochain, elle sera contestée par l’une ou l’autre des parties. S’il est condamné, Pierre Maudet ne s’avouera, sans doute, pas battu. Mais cela portera un coup à sa campagne. Dans les urnes, les 7 et 28 mars, c’est le peuple genevois qui le jugera. Sans voie de recours.

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