Football – Plus de 3500 actions analysées du point de vue des gardiens
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FootballPlus de 3500 actions analysées du point de vue des gardiens

Toutes les 3582 actions de l’Euro 2020 impliquant des gardiens ont été passées au crible par l’expert Thierry Barnerat. Une manière de questionner l’évolution du rôle de dernier rempart dans le football.

par
Thibaud Oberli
Selon le rapport de Thierry Barnerat et keepexpert, 80% de l’implication des gardiens se fait en phase offensive, contre 20% en phase défensive.

Selon le rapport de Thierry Barnerat et keepexpert, 80% de l’implication des gardiens se fait en phase offensive, contre 20% en phase défensive.

AFP

Un travail colossal réalisé avec une finesse d’horloger. L’instructeur FIFA et affilié à la société belge «keepexpert», Thierry Bernerat a analysé dans un rapport les 3582 actions qui ont impliqué des gardiens durant l’Euro 2020. Avec une méthodologie stricte, différenciant les actions des gardiens selon des critères pointus, que vous pouvez retrouver sur ce lien, son but est de questionner l’évolution du rôle et ainsi adapter au mieux leur préparation. Il a partagé avec nous certains aspects de son travail et ses conclusions.

Thierry Barnerat, quelles étaient les réflexions à l’origine de cette étude?

Ce genre d’analyse permet de dégager des statistiques. Celles-ci sont utiles pour questionner l’activité d’un gardien durant un match. Lors de grands tournois comme celui-là, il est possible d’avoir un large panel. Dans ce cas, 102 gardiens, sur 51 matches.

Ce qui m’intéresse, c’est d’y voir l’évolution du football. On a certes pu voir les changements dans le jeu au pied, qui sont devenus flagrants. Mais cela permet de dégager le rôle du gardien au sein d’une équipe en fonction des choix collectifs, de son activité dans le match ainsi que de voir l’évolution philosophique de l’entraîneur.

Par exemple, sur la phase qualificative, 32 matches ont été joués, impliquant 64 analyses de gardiens. En retirant 4 matches, particulier pour des raisons dites d’obligation de résultat et de choix philosophiques, il y a eu beaucoup de dégagements au pied. Sans ces 4 rencontres, il nous en restait 60 matches à analyser. Sur ce chiffre, il y a eu en tout et pour tout, 47 dégagements au pied. C’est un chiffre incroyable! Si l’on compare 20 ans avant, il n’y aurait jamais eu ce constat.

C’est aussi important de se demander, quelles activités réalisent les gardiens? On sait par exemple que le gardien touche environ 35 fois le ballon par match. On sait aussi que 80% de ces actions sont offensives et 20% défensives. Un constat qui permet de se pencher sur la tactique (positive et négative), la technique ou encore à d’autres cas de figure reliés aux aspects mentaux ou cognitifs.

Thierry Barnerat sous les couleurs de la FIFA. 

Thierry Barnerat sous les couleurs de la FIFA.

LDD

Est-ce que vous vous attendiez à autant d’implication des gardiens dans le jeu?

Ce n’était pas une grande surprise pour moi. Ce genre de statistiques que je réalise pour des matches très différents (Super League, Premier League, etc) donnent des ratios comparables.

Ce qui change arrive à l’intervention des matches couperets. Dans une situation où l’on sait que le gagnant va passer et le perdant sera éliminé, ces tendances peuvent changer. Après les phases de poules, il y a davantage de dégagements au pied. C’est une manière de temporiser, faire monter le bloc, tendre vers la sécurité. Le côté émotionnel et le contexte de l’action vont avoir un impact sur les comportements et cela est visible seulement sur les grands tournois.

Avez-vous pu déterminer les principaux facteurs de buts encaissés avec cette méthode?

Au niveau des analyses de buts, elles sont subjectives, ce sont mes analyses. Mais ce qui en ressort, c’est qu’il y a très peu d’erreurs techniques, mais il y a beaucoup plus d’erreurs tactiques et cognitives. Au niveau tactique, cela questionne le placement. Un but viendrait du fait d’être dans le mauvais espace, d’avoir une mauvaise orientation du corps ou une mauvaise posture.

Quels outils vous donnent ce rapport et ses conclusions avec les gardiens avec qui vous travaillez?

L’impact, en premier lieu et c’est maintenant quelque chose de connu, est que le jeu au pied est une nécessité pour le gardien. Ce qui est central, c’est la construction de ce type de jeu, déjà techniquement et ce constat doit avoir un impact sur la réflexion de l’entraîneur, notamment chez les juniors dès 10-12 ans. Cela peut se travailler à travers des exercices spécifiques incluant ces dimensions, surtout axées sur des situations de jeu. Cela amène donc un grand impact au niveau de l’organisation des entraînements.

La deuxième chose très importante est que cela révèle une prise d’information sur un attaquant qui est faite par le gardien. Axer l’entraînement sur le jeu est une manière de nourrir ce regard. Il peut alors sentir et savoir dans quelle situation ou contexte l’attaquant se retrouve selon les situations, car il l’aura aussi vécu. D’où l’importance que durant chaque entraînement de gardien, la source d’inspiration soit le jeu.

En situation défensive, le gardien défend soit un but, soit un espace. Ces situations relèvent une complexité particulière, car je dois défendre autant un plan horizontal, donc un espace, mais je dois aussi être capable de défendre un plan vertical. Nous sommes les seuls sur le terrain à devoir défendre ces situations sur plusieurs plans.

Les statistiques ont aussi été construites dans ce but, avec ces notions de défendre un but ou un espace et ensuite les gestes techniques qui y sont corrélés. Cela permet de stimuler la réflexion, par exemple durant une analyse vidéo pour aider le gardien prendre conscience de ce qu’il défend, un but ou un espace. Cela permet aussi une analyse des comportements qui en découlent au niveau de la posture ou de la position dans l’espace. Les observations vont ensuite impacter le coaching, en l’inscrivant dans la dynamique du jeu.

Le problème est que beaucoup de fédérations ne sont pas encore dans cette dimension-là. Elles restent principalement dans les dimensions de l’explosivité, de la réaction en faisant par exemple des entraînements avec des tirs dans tous les sens, parfois jusqu’à l’épuisement. Mais rien n’est lié au match et donc cette construction tactique importante est absente.

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