Actualisé 20.09.2014 à 17:09

Etat islamiquePlus de 60'000 Kurdes de Syrie se réfugient en Turquie

L'Etat islamique a pris le contrôle de 60 villages kurdes en deux jours, dont 40 vendredi. Des combattants kurdes sont venus de Turquie pour combattre le groupe ultra-radical qui menace la ville d'Aïn al-Arab, dans la province d'Alep.

par
smk
Ces réfugiés syriens attendent de pouvoir passer en Turqui alors que l'Etat islamique a lancé une offensive contre les villages kurdes de la région.

Ces réfugiés syriens attendent de pouvoir passer en Turqui alors que l'Etat islamique a lancé une offensive contre les villages kurdes de la région.

Plus de 60'000 Kurdes de Syrie se sont réfugiés depuis vendredi 19 septembre en Turquie pour fuir les combats entre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et les combattants kurdes dans le nord-est de la Syrie, a annoncé ce samedi un vice-Premier ministre turc. «A l'heure où je vous parle, 45'000 Kurdes de Syrie ont franchi la frontière et sont entrés en Turquie en huit points de passage différents s'étendant sur 30 km entre Akçakale et Mursitpinar» (sud), a déclaré dans la matinée Numan Kurtulmus à la presse.

Cité par l'agence de presse gouvernementale Anatolie, M. Kurtulmus a précisé dans l'après-midi que le nombre de réfugiés ayant rejoint le territoire turc avait atteint 60'000.

Selon un photographe de l'AFP, des cohortes de milliers de personnes contraintes à l'exode, dont un grand nombre de femmes, d'enfants et de vieillards chargés de sacs et de valises se sont pressées tout au long de la journée aux alentours du poste-frontière de Mursitpinar (sud de la Turquie).

Frontière ouverte

Les soldats turcs ont ouvert les barbelés qui séparent les deux pays en plusieurs points pour faciliter le passage de ces réfugiés, en provenance directe de la ville d'Aïn-al-Arab (Kobané en langue kurde) assiégée par les homme de l'EI, a rapporté ce photographe.

«Nous avons marché pendant cinq heures depuis notre village et nous avons attendu une journée avant de pouvoir traverser la frontière», a déclaré l'un d'eux, Ahmet Omer Hadi, 37 ans. «Nous sommes ici mais nous ne savons pas ce que nous allons faire», a-t-il ajouté, «nous avons tout laissé derrière nous».

«Les djihadistes sont arrivés dans notre village et ont menacé tout le monde», a raconté Muahmmed Isa, qui a franchi la frontière avec sept personnes de sa famille. «Ils ont bombardé notre village et détruit nos maisons. Ils ont décapité ceux qui ont choisi de rester, c'est pour ça que nous avons dû partir», a poursuivi ce chauffeur de 47 ans.

Selon le photographe de l'AFP, d'épaisses colonnes de fumées en provenance de Aïn al-Arab étaient visibles depuis la frontière turque.

Geste «exceptionnel»

Après leur avoir un temps refusé l'entrée, les autorités turques ont été contraintes vendredi d'ouvrir leur frontière à plusieurs milliers de personnes qui se pressaient devant la localité turque de Dikmetas.

Le gouvernement islamo-conservateur d'Ankara a justifié ce geste «exceptionnel» par la violence des combats qui se déroulent côté syrien.

«Nous avons ouvert nos postes-frontières parce que c'était notre devoir», a indiqué le vice-Premier ministre Kurtulmus. «La Turquie était prête à faire face à un afflux de réfugiés pouvant aller jusqu'à 100.000 personnes», s'est-il félicité, «aucun pays au monde n'est capable d'accueillir sans problème 45.000 réfugiés en une nuit».

«Les vies de tous ceux qui arrivent de Syrie ou d'Irak en Turquie sont sacrées pour nous, comme celles de nos propres ressortissants», a renchéri samedi le Premier ministre, Ahmet Davutoglu. «Tous ceux qui viennent trouver refuge ici sont les bienvenus, quelles que soient leur religion ou leur ethnie», a-t-il ajouté.

En vertu de sa politique de «porte ouverte», la Turquie accueille aujourd'hui près d'un million et demi de réfugiés syriens qui ont fui les combats qui opposent depuis 2011 les rebelles aux troupes du président Bachar al-Assad.

Conditions difficiles

Les capacités d'accueil des camps dressés le long de la frontière ont été dépassées depuis très longtemps et plus d'un million d'entre eux vivent dans les villes du pays, souvent dans la rue, provoquant des incidents de plus en plus fréquents avec la population locale.

Membre de l'Otan, la Turquie refuse de participer à toute opération militaire contre l'EI dans le cadre de la coalition mobilisée autour des Etats-Unis.

Accusé d'avoir un temps armé les rebelles les plus radicaux qui combattent contre le président syrien Bachar al-Assad, dont l'EI, Ankara a justifié sa retenue par sa volonté de protéger la vie de 49 de ses citoyens retenus en otage par l'EI.

Ces otages ont été libérés samedi matin et ont regagné sains et saufs la Turquie après une opération des services secrets turcs, selon le président Recep Tayyip Erdogan.

(AFP)

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