23.08.2020 à 18:32

SnowboardPodladtchikov: «Je souffrais depuis trois ans»

Le champion olympique de half-pipe en 2014 détaille les raisons qui l’ont poussé à prendre sa retraite à 31 ans.

von
Ugo Curty
Iouri Podladtchikov est aussi un talentueux skateur.

Iouri Podladtchikov est aussi un talentueux skateur.

KEYSTONE/Archive

Iouri, vous venez d’annoncer la fin de votre carrière. Quel sentiment vous anime?

Il y a une part de soulagement. Cette décision d’arrêter était devenue nécessaire pour moi. Cela faisait trois ans que jenchaînais les blessures, que je souffrais. Je me sentais mal. À la base, j’avais prévu de partir sans rien dire, de simplement arrêter. Mais, je me devais de dire au revoir. Mon entraîneur me l’a aussi fait comprendre. Je ne pouvais pas disparaître en catimini.

Votre décision a été prise il y a longtemps?

C’est difficile de donner une date précise mais je dirais que ça date du printemps. Dans la rue, tout le monde me demandait si j’étais prêt pour l’hiver et la prochaine saison. Je me sentais coupable de ne rien dire.

«J’ai passé plus de temps dans des hôpitaux et des centres de rééducation que sur la neige depuis 2017.»

Iouri Podladtchikov

Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter?

Il a fallu que je sois honnête avec moi-même. C’est dans la nature humaine de vouloir toujours voir le côté positif des choses. Mais la quantité de douleur a été énorme pour moi ces derniers temps. Cela faisait longtemps que j’étais dans une spirale négative. J’ai passé plus de temps dans des hôpitaux et des centres de rééducation que sur la neige depuis 2017. Je n’avais plus de plaisir. L’énergie et la motivation n’étaient tout simplement plus là.

Est-ce que vous avez peur que ces grosses blessures vont handicapent dans votre vie d’après?

Non, je ne crois pas. On sous-estime les progrès médicaux. Tout peut être réparé de nos jours. En ayant une bonne hygiène de vie, le corps peut aussi se retaper.

Si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir de votre carrière, ce serait lequel?

Un seul souvenir? (il hésite). Je revois plein de belles images dans ma tête. C’est trop difficile de n’en choisir qu’une seule.

J’imagine que votre titre de champion olympique, à Sochi en 2014, en fait partie.

Oui absolument. C’était une expérience unique. J’ai vécu un peu comme dans un film. Cela a été l’un des plus grands moments de ma vie.

Est-ce que cette médaille d’or aux JO a changé votre vie?

Oui, bien sûr, cela a de nombreux aspects positifs. Mais il y a aussi un revers de la médaille. Cela a parfois été très difficile à vivre pour moi. Je pourrais écrire livre. Cela devient impossible d’avoir une vie privée. En tout cas, cela te demande beaucoup de travail pour te protéger. Tes proches aussi sont pris dans l’engrenage. J’espérais que ça partirait avec les années, avec l’absence de résultats. Mais je n’ai rien gagné depuis des années et on m’arrête toujours dans la rue. Je ne crois pas que je vais pouvoir retrouver cet anonymat. On se sent tout le temps surveillé et je dois partir loin pour y échapper.

Vous allez retrouver les bancs de luniversité désormais?

Oui, je suis inscrit à l’Université de Zurich depuis 2014. Je suivais mon cursus à côté de ma carrière. C’est donc un retour. Je me réjouis de pouvoir me concentrer mieux sur mes études.

«Mon but est de continuer à publier des livres et à faire des expositions. J’espère jouer un rôle d’ambassadeur dans le milieu culturel.»

Iouri Podladtchikov

Vous êtes aussi photographe. Vous continuerez à travailler en tant qu’artiste?

Oui, je veux développer cette partie de ma vie, à prendre mes photos. Mon but est de continuer à publier des livres et à faire des expositions. J’espère jouer un rôle d’ambassadeur dans le milieu culturel.

Allez-vous couper les ponts avec le snowboard professionnel?

Non, je ne vais pas quitter complètement le milieu. J’espère encore pouvoir donner des conseils de manière active à l’équipe de Suisse, les soutenir de la meilleure manière possible. Mais je ne me vois pas prendre un poste d’entraîneur à court terme. C’est une carrière à plein temps.

Est-ce que la fin de votre carrière, ces années gâchées par les blessures, suscitent des regrets chez vous?

Non, car je ne peux rien y changer. C’est arrivé et c’est comme ça. Je ne peux que faire face à cette adversité.

Mais, est-ce que cela vous laisse un goût amer?

Bien sûr, ce sont des moments qui ont été vraiment douloureux.

En guise de conclusion, quel message donneriez-vous à une jeune fille ou jeune garçon qui vous prend en exemple et espère suivre votre trace?

Je lui dirais: «Ne te fais pas d’illusions» (ndlr: «don’t fool yourself» en anglais).

Vous pourriez développer?
Non, je crois que c’est assez compréhensible comme ça (rires).

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