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InterviewPolar: «J'ai eu besoin de claquer la porte»

Après une parenthèse francophile très mal digérée, le Genevois s'offre aujourd'hui une renaissance folk en anglais. Il sera au Paléo le 23 juillet, sur la scène des Arches.

par
Fred Valet
Et, pour faire (à nouveau) connaissance avec Polar, il faudra être devant la scène des Arches le 23 juillet.

Et, pour faire (à nouveau) connaissance avec Polar, il faudra être devant la scène des Arches le 23 juillet.

Tristan Pfund

Ne vous attendez pas que Polar vous chuchote «Le brasier» au Paléo le mois prochain. Le français, c'est terminé. En 2006, après trois disques d'une noirceur intime et magnifique, Eric Linder (à la ville) a tout lâché pour empoigner son rêve d'enfant: monter à Paris, signer un contrat avec une prestigieuse maison de disques et sortir des chansons avec des musiciens au CV aussi dense qu'impersonnel. Il a foulé l'Olympia. Tutoyé les grands médias. Aligné les festivals qui commencent par «Franco…». Miossec, son ami depuis longtemps, lui avait écrit les textes de «Jour blanc». Réussir, quoi. Et le chemin semblait plutôt bien tracé. En vrai? La claque. «J'ai été dépossédé de mon univers, de mon travail, de mon identité. Ils ne te le disent pas tout de suite, mais, jour après jour, tu sens que plus rien ne t'appartient.» Au point qu'il a failli tout plaquer. Arrêter la musique. Cinq ans après avoir rangé la langue de Bashung dans le tiroir, le Genevois, fondateur du festival Antigel et artiste protéiforme, est finalement de retour. «Empress» sortira en août. Avec une nouvelle équipe et une nouvelle énergie. Celle de la renaissance et de la confiance retrouvée pour cet Irlandais de 41 ans. Et, pour faire (à nouveau) connaissance avec Polar, il faudra être devant la scène des Arches le 23 juillet.

Bye-bye le français?

Oui. Je devais vivre cette aventure comme une parenthèse et, au final, je me suis totalement éloigné de ce que je suis au fond de moi. C'est inespéré de me dire que je suis de retour aujourd'hui.

A ce point?

Totalement. Je ne regrette pas mes deux albums en français parce que, quelque part, j'ai voulu tout ça. Je devais tester ce chemin, mais ça n'était pas moi. Une expérience amère, remplie de frustration. Surtout dans la manière avec laquelle les chansons ont été fabriquées. J'ai fait une belle erreur en signant un tel contrat avec une grande maison de disques. Mon entourage de l'époque me pressait beaucoup. On me disait de travailler avec tel ou tel musicien parce qu'il était prestigieux, des choses comme ça. Après «Jour blanc», j'ai voulu refaire un album en anglais. On me l'a interdit.

Ce sont des risques pourtant connus dans le show-business…

C'est vrai. Mais tout ne s'est pas fait d'un coup. C'est très sournois. Un jour on te dit de venir au studio à 14 h, que tu peux te reposer. Quand tu débarques enfin, tu réalises qu'ils ont fait des choses sans toi. J'ai vécu un enfer. En sortant de cette aventure, je n'avais plus la force de faire de la musique. J'ai eu peur de ne plus pouvoir retrouver ce qui m'anime depuis bientôt vingt ans.

Quel a été le déclic pour qu'on vous retrouve aujourd'hui, bien vivant, avec un nouveau disque?

Retrouver la chaleur des gens que j'aime et avec qui j'aime jouer. Ça a été capital. A la fin de ma période en français, j'ai eu besoin de claquer la porte. J'ai dû me fâcher, j'ai réglé des comptes, humains et financiers. Je me suis séparé de mon manager. Un grand nettoyage. J'ai même failli tuer Polar pour renaître ailleurs.

Votre inspiration est revenue de manière évidente?

Je me suis concentré sur la simple envie de composer. Je savais que j'avais besoin de cracher cette période difficile en chanson. Mais sans me demander si ça pouvait devenir un album. J'ai retrouvé mon ami musicien Alexis Trembley. Et une rencontre a tout déclenché: Michel Blanc (Honey For Petzi, entre autres). Nous nous sommes isolés, d'abord dans une grande maison en France voisine, puis dans mon chalet dans le val de Bagnes. Un long processus. Mais je devais retrouver cette atmosphère de travail qui est la mienne. Et prendre le temps.

Votre prochain album s'appelle «Empress». Qui est cette impératrice?

La nature! A Bagnes, j'ai découvert une salle de bal désaffectée dans laquelle on a beaucoup joué. On se plaçait en demi-cercle avec, face à nous, la vallée, belle, impressionnante et surtout vivante! Cette salle de bal, c'est le terreau de l'album.

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