Actualisé 28.03.2019 à 16:31

RoutesPolémique: des dizaines de morts attribués aux gilets jaunes

Pour le gouvernement français, il y a un lien direct entre la destruction des radars et la forte hausse des morts sur les routes. Est-ce si simple?

par
Renaud Michiels
75% des radars français sont détruits ou inutilisables. En cause: principalement des gilets jaunes.

75% des radars français sont détruits ou inutilisables. En cause: principalement des gilets jaunes.

AFP

«Ceux qui détruisent les radars ont du sang sur les mains», peut-on lire sur les réseaux sociaux. Comme l’inverse: «Que nos gouvernants cessent de traiter d’assassins les gilets jaunes!» Une intense polémique est née ce jeudi suite à la hausse du nombre de morts et de blessés sur les routes françaises constatées en février. Une surmortalité que les autorités françaises ont liée aux destructions de radars. Et donc directement aux gilets jaunes.

Publié ce jeudi, le communiqué officiel note que «253 personnes sont décédées sur les routes, contre 216 en février 2018 soit 37 de plus (+17,1%). Et 5021 personnes ont été blessées contre 4132 en février 2018, soit 889 de plus (+21,5%)». Puis parmi les pistes d’explication, on lit: «l’effet de la forte dégradation des radars fixes s’amplifie et se traduit par un relâchement des comportements sur l’ensemble des réseaux.»

Leur responsabilité est «énorme»

Des gilets jaunes ont détruit des radars. Des morts sont imputables au manque de radars. Des gilets jaunes ont donc des morts sur la conscience. Voilà comment beaucoup ont compris le message des autorités.

Un raisonnement qu’a aussi par exemple tenu l’éditorialiste Christophe Barbier, sur BFMTV. «S’il y a une augmentation de la mortalité, c’est à cause de la destruction des radars. Les fautifs, les criminels, ce sont ceux qui ont détruit les radars», a-t-il tonné. Et d’enchaîner: «la responsabilité des gilets jaunes, et des partis qui ont été complaisants avec les gilets jaunes, elle est énorme, très importante.» Une prise de position qui a engendré un déluge de commentaires virulents.

Reste que la vision est partagée au plus haut sommet de l’État. Dans l’après-midi, rapporte «Le Parisien», le président Macron a réagi à un élu à Angers qui s’est déclaré choqué par la destruction de radars en marge du mouvement des gilets jaunes. Emmanuel Macron a lancé: «Je vous remercie de dénoncer des comportements inadmissibles dont les résultats sont immédiatement tangibles quand on voit les tout derniers chiffres.»

Manipulation des chiffres?

Mais est-ce aussi limpide? Sur le fond, un lien entre manque de radars et mortalité n’est pas contestable: il existe forcément. Et «75% du parc de radars a été soit détruit, soit détérioré, soit attaqué, soit neutralisé» en France, avait indiqué le ministre de l’Intérieur début mars.

Reste que des gilets jaunes dénoncent une manipulation politique des chiffres de la mortalité. Et certains estiment qu’ils n’ont probablement pas entièrement tort, car la réalité est plus complexe. Dans un commentaire ironique et nuancé publié sur le «Blog Auto», on peut lire qu’en février, la hausse du nombre de morts «est surtout due aux cyclistes, aux motocyclistes qui sont sortis plus tôt à la faveur d’un mois clément, et aux piétons! Ces mêmes piétons se font malheureusement surtout tuer en agglomération, loin des radars dégradés»…

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