Canada: Polémique sur la place des francophones

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CanadaPolémique sur la place des francophones

Le gouvernement est accusé de ne pas faire assez pour défendre la minorité parlant la langue de Molière.

Le Premier ministre du Canada Justin Trudeau et la ministre des Finances Chrystia Freeland à Ottawa, Ontario, le 7 avril 2022.

Le Premier ministre du Canada Justin Trudeau et la ministre des Finances Chrystia Freeland à Ottawa, Ontario, le 7 avril 2022.

REUTERS

Les francophones sont-ils discriminés au Canada? Une série de nominations et de déclarations récentes relancent la polémique et font réagir jusqu’au gouvernement accusé de ne pas faire assez pour défendre le français, langue officielle du pays avec l’anglais. Dernier accroc en date: plus aucun membre du conseil d’administration de la compagnie ferroviaire Canadien National (CN), dont le siège social est pourtant situé à Montréal, métropole francophone, ne parle le français.

La question de la maîtrise des deux langues du Canada par les dirigeants d’entreprises avait déjà fait scandale à l’automne après le tollé suscité par les propos du président d’Air Canada, Michael Rousseau qui avait dit ne pas avoir le temps d’apprendre le français. Il avait dû présenter ses excuses quelques jours plus tard.

Ces deux entreprises – comme les aéroports canadiens, les ministères fédéraux, les sociétés d’État et les institutions fédérales - sont assujetties à la loi sur les langues officielles et doivent par conséquent pouvoir fournir un service en français et en anglais à leurs clients.

Moins de 20% de bilingues

Se disant «frustré», le Premier ministre canadien Justin Trudeau a estimé que «les Canadiens d’expression française, à travers le pays, devraient se voir reflétés dans nos grandes institutions nationales». Il a demandé aux ministres responsables de s’assurer que le CN travaille rapidement pour rectifier la situation.

Cette nouvelle crise rappelle la fragilité du français dans un océan nord-américain anglophone, et les batailles passées pour défendre son usage et son statut de langue officielle, inclus dans la constitution canadienne depuis 1982.

Mais pour les défenseurs du français, inquiets de l’érosion de la langue de Molière, le gouvernement canadien est loin d’être exemplaire en la matière dans un pays qui compte 8 millions de francophones sur 37 millions de Canadiens.

Trudeau épinglé

«Il y a clairement une hypocrisie de la part de M. Trudeau qui est surtout ému par des dossiers qui ne relèvent pas de sa compétence», dénonce Stéphane Beaulac, professeur de droit à l’Université de Montréal et codirecteur de l’Observatoire national en matière de droits linguistiques.

Ce dernier cite notamment la nomination par M. Trudeau de l’Inuite Mary Simon au poste de gouverneure générale. La nouvelle représentante officielle de la reine Elizabeth II dans le pays, est non-francophone. Originaire du Nunavik (nord du Québec), elle parle anglais et inuktitut. Cette semaine, le Commissaire aux langues officielles a regretté que les événements sur la page Facebook du Premier ministre ne soient pas tous doublés en français.

D’après les récents sondages d’opinion, les Canadiens sont très attachés, à plus de 90%, au bilinguisme qu’ils considèrent comme faisant partie de la culture canadienne mais moins de 20% d’entre eux maîtrisent les deux langues.

(AFP)

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