23.08.2018 à 08:35

NeuchâtelPolicière fauchée: «J’ai pensé que j’allais mourir»

Une conductrice endormie au volant a fauché une enquêteuse il y a six mois au Locle (NE). Dans un témoignage, cette dernière raconte sa souffrance.

par
Vincent Donzé
Le Locle (NE), photo d'illustration.

Le Locle (NE), photo d'illustration.

KEYSTONE GAETAN BALLY

Son témoignage à Arcinfo est anonyme, mais la policière fauchée par une voiture l’hiver dernier au Locle (NE) raconte son drame pour, dit-elle, sauver quelqu’un d’autre: «Si pour x raison, on ne se sent pas de prendre le volant, il faut éviter de le faire», avertit cette agente.

La fonctionnaire renversée dans la nuit de 23 au 24 février évoque «un grand miracle». Fauchée par une chauffarde endormie au volant, cette policière de 38 ans est mère d’une fillette de 6 ans et demi. Il y a six mois, son pronostic vital était engagé. Aujourd’hui, elle se déplace avec des béquilles. Retrouver le travail sur le terrain avec une mobilité réduite ne sera pas une mince affaire.

«Tout avait été fait dans les règles»

La nuit de l’accident, l’agente participait à une enquête sur une affaire d’agressions sur des chauffeurs de taxi. «C’était la fin d’un contrôle de routine, entre la rue des Jeanneret et le début de la montée sur le centre sportif, raconte-t-elle. Le piéton s’était montré très coopératif. Tout avait été fait dans les règles, notre voiture avec les feux de panne placée sur la chaussée et sous le lampadaire, le moteur allumé, etc. Dans ces cas-là, on s’arrange pour avoir un œil sur le trafic. Mais c’est en me tournant pour redonner ses affaires à la personne contrôlée que c’est arrivé».

Ses jambes ont été prises en tenaille entre la voiture de police et celle de la conductrice endormie. «La douleur était indescriptible. Mon collègue m’a immédiatement porté secours. Il m’avait allongée et par réflexe, j’ai voulu me relever en prenant appui sur mes mains. Et là rien ne s’est passé, c’était tout mou. J’ai vu ma jambe droite, au milieu du tibia, partir à l’équerre sur l’extérieur. J’ai pensé que j’allais mourir. Que je ne reverrais plus ma fille. Et que si je m’en sortais, mes jambes étaient mortes de toute façon. La personne que nous venions de contrôler m’a tenu la main en attendant l’ambulance. Et la dame qui m’a percutée m’a surélevé la tête», a raconté l’agente à Arcinfo.

«Je n’en suis pas au stade du pardon»

Un psychologue de la police neuchâteloise l’a soutenue à l’hôpital de l’Ile, à Berne, où elle a séjourné cinq semaines avant son transfert à la Clinique romande de réadaptation à Sion. «Au début, je ne pouvais voir ma petite que le samedi. Ensuite j’ai pu rentrer le week-end avec un transport handicap», dit-elle.

La policière a subi quatre opérations, pour un total de 13 heures au bloc pour sa seule jambe droite. Le haut du tibia était en miettes: «Ils ont pris la partie supérieure de mon péroné pour le greffer à la place. Et comme il manquait de la matière à ma jambe, ils m’ont aussi ouvert dans le dos pour prendre un bout de muscle du grand dorsal et envelopper l’os. Ils ont prélevé de la peau sur mes cuisses pour en mettre partout où il en manquait», rapporte la victime.

Trois opérations pourraient encore être programmées. En veut-elle à la conductrice qui lui a envoyé des fleurs et une gentille lettre? «Je n’en suis pas au stade du pardon, je suis fâchée, c’est clair... Une partie de ma vie est détruite et chamboulée. Pour l’instant, je ne pense pas trop à cette dame et je me concentre sur ma rééducation», conclut-elle.

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