07.06.2015 à 08:58

AnniversairePolitique genevoise: le MCG fête ses dix ans

Avec des thèmes de prédilection qui séduisent un électorat lassé par les partis traditionnels, le Mouvement citoyen genevois, fondé il y a dix ans, est toujours bien implanté dans la politique du canton.

Cofondateur du parti, Eric Stauffer est la figure emblématique du MCG qui fête ses dix ans.

Cofondateur du parti, Eric Stauffer est la figure emblématique du MCG qui fête ses dix ans.

STEEVE IUNCKER-GOMEZ-ARCHIVES

Il y a dix ans, le 6 juin 2005, le MCG était cofondé à Genève par Eric Stauffer et Georges Letellier. Trois mois plus tard, le parti décrochait neuf sièges au Grand Conseil. Ses détracteurs prédisaient un feu de paille, mais dix ans après, le MCG (Mouvement citoyens genevois) est toujours bien implanté.

Aux dernières élections cantonales d'automne 2013, le MCG obtenait 19,23% des suffrages et décrochait trois sièges de plus au Grand Conseil. Avec 20 sièges, le parti est la deuxième force politique du canton derrière le PLR. Dans la foulée, le MCG réussit à forcer les portes du Conseil d'Etat en y plaçant Mauro Poggia.

Créé par deux ex-UDC qui avaient claqué la porte de leur parti, le MCG a toujours progressé depuis 2005. De neuf sièges cette année-là (7,73% de suffrages), le MCG passe en 2009 à 17 sièges (14,74% des suffrages). En 2011, il fait aussi son entrée au Conseil national avec Mauro Poggia, remplacé ensuite par Roger Golay.

Apogée atteint

Les thèmes de prédilection du MCG séduisent un électorat lassé par les partis traditionnels. Autoproclamé ni de gauche ni de droite, le MCG dénonce l'afflux de travailleurs frontaliers, fustige l'inertie des partis en place face à l'insécurité et critique les magouilles des politiciens.

Selon le politologue Pascal Sciarini, la formule «ni à gauche, ni à droite» ne correspond pas à la réalité. Les votes au Grand Conseil prouvent que le MCG est ancré à droite.

Pour le professeur de l«Université de Genève, le MCG ne s«appuie pas sur un énorme électorat, mais il arrive à le mobiliser. Avec 19,23% au Grand Conseil, il a atteint son apogée, selon M. Sciarini.

Affaiblissement

Le MCG peut compter sur le charismatique Eric Stauffer pour porter ses idées. Le co-fondateur du parti aime faire le show et ne s'en prive pas. Il est au centre de plusieurs esclandres, dont le jet d'un verre d'eau sur un député PLR ou son expulsion de la salle du Grand Conseil par les forces de l«ordre.

Eric Stauffer a largement favorisé l'ascension du MCG. Son départ annoncé de la politique en 2018 ou 2019 affaiblira le parti, selon M. Sciarini. Mais il n«y a pas de risque d«effondrement total, car Eric Stauffer a su s«entourer notamment du président Roger Golay et du vice-président Carlos Medeiros élu dernièrement au perchoir du Conseil municipal de la Ville de Genève.

«Le prix à payer»

L«ascension fulgurante amorcée en 2005 a été freinée ce printemps lors des élections communales. Le parti a perdu des sièges dans les conseils communaux et est bouté par un front républicain hors du seul exécutif où il avait un représentant: Eric Stauffer à Onex.

Ces résultats ont confirmé qu'une des limites du MCG réside dans son incapacité à sceller des alliances pour remporter des élections au système majoritaire. Tous les partis, mis à part l'UDC, refusent de frayer avec le mouvement populiste, dont les dérapages dérangent. Les affiches «Onex commune zéro frontalier» en sont le dernier exemple.

«C«est le prix à payer pour le profil très marqué du MCG qui lui rapporte par ailleurs beaucoup de voix», selon M. Sciarini. Il précise aussi que la faiblesse de l«UDC à Genève a laissé de la place au MCG pour se développer.

Préférence cantonale

Lors de son arrivée sur la scène politique, le MCG a souvent été comparé au parti d'extrême-droite Vigilance qui partageait la même aversion des travailleurs frontaliers jusqu'au début des années 90. Ce parti avait implosé après trente ans d'existence faute de relève et à cause de querelles internes.

Après dix ans d'existence du MCG, la comparaison avec Vigilance ne semble plus pertinente. Le MCG est devenu un parti gouvernemental. Adoré ou détesté, il a réussi à influer sur la politique genevoise - ce que n'est jamais parvenu à faire Vigilance. Il a notamment réussi à imposer la préférence cantonale à l'embauche à l'Etat et dans les entités subventionnées.

(ats)

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