15.06.2018 à 05:26

Crash du minibusPortugais tués: les fautifs restent libres

Le conducteur du fourgon, où étaient entassées les douze victimes portugaises de Suisse romande, et le voyagiste improvisé ont écopé de 3 et 4 ans de prison ferme. Qu'ils purgeront plus tard.

par
Evelyne Emeri
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L'oncle (veste rouge) et son neveu sur le banc des accusés mercredi au tribunal de Moulins (F). En organisant ce voyage avec un minibus surchargé, ils ont tué douze compatriotes portugais, âgés de 7 à 62 ans. Tous vivaient dans les cantons de Fribourg et Vaud.

L'oncle (veste rouge) et son neveu sur le banc des accusés mercredi au tribunal de Moulins (F). En organisant ce voyage avec un minibus surchargé, ils ont tué douze compatriotes portugais, âgés de 7 à 62 ans. Tous vivaient dans les cantons de Fribourg et Vaud.

Thierry Zoccolan/AFP
Les douze victimes du crash.

Les douze victimes du crash.

DR
Le conducteur, 19 ans au moment des faits, avait obtenu son permis un an avant le crash.

Le conducteur, 19 ans au moment des faits, avait obtenu son permis un an avant le crash.

DR

Ils seront convoqués ultérieurement. Et purgeront leur peine en France ou au Portugal. Cela nous a été confirmé par les avocats des deux condamnés, Me Antoine Jauvat et Me Antoine Portal, qui ne recourront pas contre le jugement de mercredi. La désinvolture de l’accusation, représentée par la procureure Emmanuelle Fredon, et du Tribunal de Moulins (F), surprend. Non pas tant s’agissant de la quotité de la condamnation des deux Portugais de 22 et 44 ans – le neveu et l’oncle ont été reconnus coupables d’homicide involontaire avec circonstances aggravantes – mais bien de l’absence d’arrestation immédiate, dite «à la barre», au vu de la gravité et de l’hypersensibilité de l’affaire.

À quand l’exécution de peine?

Quelques semaines après l’effroyable crash du 24 mars 2016 à Montbeugny (F), la libération des prévenus – en particulier celle du jeune conducteur –, avait ulcéré le procureur de l’époque, Pierre Gagnoud. Ce dernier s’y était fermement opposé, alléguant le risque de fuite, de concertation, de changement de version, voire de subornation de témoins. Un succès de courte durée pour le parquet, finalement débouté par la Chambre d’appel. Les coaccusés avaient été relaxés et placés sous contrôle judiciaire. Le chauffeur du Mercedes Sprinter avait rejoint des cousins en région parisienne. Son propriétaire, voyagiste autoproclamé, avait quitté le village de Villarsel-le-Gibloux (FR), près de Romont, d’où il organisait son trafic, pour rentrer au Portugal. Aujourd’hui, ce goût amer revient comme un boomerang au sein des familles des victimes.

Les deux fautifs ont écopé de 3 et 4 ans ferme pour avoir tué douze fois en organisant de manière illicite un transport entre Romont et le nord-est du Portugal (région de Guarda). Ils s’en sortent plutôt bien. Et pas la moindre requête de mandat de dépôt à leur encontre. Le fourgon blanc comptait douze places au lieu des six réglementaires. Une vieille banquette, sans ceinture de sécurité, avait été rajoutée et sommairement fixée pour ce trajet de quelque 1700 km. Le choc frontal avec un poids lourd italien sur la RN79 (Mâcon-Moulins) – le fameux tronçon accidentogène du département de l’Allier – n’avait laissé aucune chance aux douze passagers, y compris à une enfant, voyageant sur les genoux de ses parents. Le conducteur du minibus, qui circulait sans permis ad hoc, en avait réchappé.

La perpétuité pour les familles

Depuis plus de deux ans, les proches des défunts attendaient le procès de la bétaillère insécure, le procès du faux low cost à 200 euros l’aller-retour. Eux ont pris perpète une veille de Vendredi-Saint. Ils ne se sont pas déplacés pour l’audience, à Moulins. Deux avocats portugais les représentaient. Une procédure civile pour tenter d’obtenir des indemnités a été engagée sur territoire lusophone. Les personnes endeuillées y vivent. Ce sont elles qui se réjouissaient de la venue des leurs, expatriés en Suisse romande, pour les fêtes de Pâques.

Si les deux responsables de ce carnage ne se sont pas défilés aux débats, ils n’ont pas pour autant exprimé de réelles excuses ou regrets, excepté celui de s’être «fait confiance mutuellement». Le neveu a invoqué l’endormissement. S’il ne peut contester avoir été au volant, il dit être incapable de se souvenir de ce dépassement irresponsable sur la rectiligne, tristement célèbre, avant de s’encastrer dans le camion italien. Quant à son oncle, son activité n’a jamais été référencée au Registre du commerce. Il a violé toutes les autorisations d’exploitation et obligations de sécurité. Leurs sanctions sont assorties d’un retrait de permis durant cinq ans.

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