Web: Pour 200 francs, louez un hacker

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WebPour 200 francs, louez un hacker

Un site permet d'engager un pirate. Pénétrer une boîte mail, changer des résultats scolaires ou supprimer des données sont les demandes les plus fréquentes.

par
Fabien Feissli
Des soupçons envers votre mari, de mauvaises notes à l'école ou des photos intimes de vous qui traînent sur le Web? Faites appel à un hacker.

Des soupçons envers votre mari, de mauvaises notes à l'école ou des photos intimes de vous qui traînent sur le Web? Faites appel à un hacker.

Patrick Strattner/Gettyimages

Des soupçons envers votre mari, de mauvaises notes à l'école ou des photos intimes de vous qui traînent sur le Web? Faites appel à un hacker. Ça tombe bien, vous pouvez en louer un sur le site hackerslist.com. L'idée est simple, les Internautes soumettent leurs besoins et des hackers se proposent d'y répondre. La plate-forme n'est censée ne contenir que des tâches légales. Après avoir analysé plus de 6000 demandes, l'avocat américain Jonathan Mayer n'arrive pas à la même conclusion. «La plupart des requêtes sont illégales et les projets aboutis sont le plus souvent criminels», assure-t-il sur son blog.

«Il y a une démocratisation du hacking. Cela permet aux gens de bénéficier de ses avantages», explique Raphaël Poujaud, ingénieur en sécurité informatique chez e-Secure. Il souligne que les demandes formulées, le plus souvent pour casser un code d'accès, sont toutes plus ou moins réalisables. «Un compte Facebook, cela prend 20 minutes. Pour certains e-mails, cela peut prendre une journée. Tout dépend de la plate-forme», détaille-t-il.

L'expert rappelle que «The Hacker's List» n'est que la partie immergée de l'iceberg. «Sur le Deep Web, il y a beaucoup plus de choses à disposition. Vous pouvez aller jusqu'à louer un tueur». Pour lui, les utilisateurs répondent au phénomène de l'offre et de la demande. «Parce qu'ils en ont la possibilité, les gens sont tentés d'essayer. Ils ont sans doute vu ça dans un film et ils se disent, «si pour 50 francs c'est possible, pourquoi pas», précise-t-il.

Des demandes égoïstes

De son côté, le sociologue des technologies de l'information à l'UNIL, Sami Coll, met en avant les finalités égoïstes des requêtes. «On a tous des intérêts personnels à défendre. Si vous regardez les demandes, il n'y a en a pas une qui a une visée collective.» Le sociologue souligne que certains Internautes cherchent à faire supprimer des contenus les concernant. «C'est le droit à l'oubli. On y a tous droit, mais c'est très difficile à appliquer légalement. Les gens sont tentés de faire quelque chose d'illégal pour l'obtenir», détaille-t-il.

Un débat qui intéresse également Nicolas Capt, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies. «Même en matière numérique, vous ne pouvez pas vous faire justice vous-même», précise-t-il. Il rappelle d'ailleurs que le fait d'inciter quelqu'un à commettre un crime informatique à sa place est puni légalement. «En commanditant le délit, vous risquez, au titre de l'instigation, la même peine que celui qui le commet. Dès que l'annonce portant sur une activité illicite est publiée sur un forum de ce type, votre responsabilité est possiblement engagée», explique-t-il. Et l'avocat de préciser que l'accès indu, par exemple en cassant le code, à un compte informatique et la destruction de données sont tous les deux punis de trois ans de prison et d'une peine pécuniaire.

Pour Raphaël Poujaud, le phénomène tient surtout de la poudre aux yeux. D'ailleurs, la faible proportion de requêtes réellement résolues le prouve. «Un hacker n'est pas intéressé à faire une attaque ciblée contre un individu lambda. Il va préférer attaquer de nombreuses personnes au hasard, des gouvernements ou des personnalités», assure-t-il.

Ils cherchent un hacker pour régler leur problème

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