Pesticides - Pour battre les villes, le camp du non compte sur les cantons
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PesticidesPour battre les villes, le camp du non compte sur les cantons

Au soir du 13 juin, le décompte des cantons ruraux défavorables aux initiatives contre les pesticides pourrait faire la différence. En Suisse romande, le Valais, Fribourg et Jura pourraient en être.

par
Eric Felley
Deux fois oui, deux fois non, et parfois une fois oui et une fois non…

Deux fois oui, deux fois non, et parfois une fois oui et une fois non…

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L’incendie d’un char dans la nuit de dimanche à lundi à Villars-le-Grand (VD), a relancé la campagne autour des initiatives contre les pesticides. Cet incident malheureux, mais pour l’instant isolé, montre que l’ambiance peut être assez chaude dans les fiefs agricoles. Les récents sondages de «Tamedia» et de la «SSR» signalent un fort clivage entre les régions urbaines, favorables, et les zones rurales, opposées. Cette situation pourrait provoquer le 13 juin un décompte serré entre les cantons, car les deux initiatives ont besoin de la double majorité.

Le canton de Vaud risque fort d’être dans le camp du oui. Cependant, pour le chef de campagne de Prométerre Grégoire Nappey, l’enjeu est d’aller à la rencontre des gens dans les villes «où la sensibilité est différente, mais cela se passe plutôt bien, le dialogue n’est pas bloqué.» Il est bien conscient que les cités vaudoises à majorité rose-verte vont faire un contrepoids très important aux régions agricoles: «Mais nous devons continuer de montrer que cette situation n’est pas aussi simple que «vie ou poison»… Je constate que de nombreuses personnes en sont au stade des fantasmes. Beaucoup s’imaginent même qu’on peut cultiver sans produits phytosanitaires. Cela demande un gros effort d’expliquer que ce n’est ni tout noir, ni tout blanc».

Nous devons continuer de montrer que cette situation n’est pas aussi simple que «vie ou poison».

Grégoire Nappey, porte-parole de Prométerre

Grégoire Nappey compte sur le vote des cantons: «Il va y avoir des Swing States, des États charnières comme aux élections américaines. En Suisse romande, le Valais, Fribourg et le Jura sont les plus proches du camp du non, pour Neuchâtel, cela reste difficile à dire». Vaud et Genève, par contre, risquent fort d’être dans celui du oui. Les agriculteurs traditionnels espèrent alors que les cantons de la Suisse centrale, Appenzell, Thurgovie, Saint-Gall, Glaris ou Argovie refusent. Le Tessin, par contre, semble assez favorable aux deux initiatives.

Seulement des régions rurales?

Après les sondages qui donnent le oui en tête, Clément Tolusso, porte-parole pour l’initiative en faveur de l’interdiction des pesticides de synthèse, est confiant: «Des cantons vraiment ruraux? s’interroge-t-il, est-ce qu’on en a encore? Je dirais plutôt qu’il existe encore des régions rurales, comme dans le Chablais, des deux côtés du Rhône, dans la vallée de Conches, Lavaux… Même dans des cantons qu’on pourrait qualifier d’agricoles, la façon de vivre a évolué et les mentalités sont devenues aujourd’hui plus urbaines».

Dans certains endroits, il y a une «biominorité» face à une agriculture traditionnelle très forte.

Clément Tolusso, porte-parole pour l’initiative contre les pesticides de synthèse.

Constatant le «grand écart» entre les populations urbaines et campagnardes, Clément Tolusso entend le combler par une visibilité dans les régions rurales avec les organisations paysannes BioSuisse, Demeter, l’Agriculture du Futur et l’Association des petits paysans. Par contre, la campagne pour le oui restera discrète en Valais, où l’association Biovalais a renoncé à soutenir formellement les initiatives. Clément Tolusso le regrette, mais comprend: «Dans certains endroits, il y a une «biominorité» face à une agriculture traditionnelle très forte, c’est notamment le cas en Valais, ou dans le canton de Lucerne. Les paysans se sentent incompris, mais notre initiative n’est pas contre eux, c’est une question de santé publique».

Les «Swing States» contre les multinationales responsables

Pour mémoire, le 29 novembre dernier, les cantons et demi-cantons de Lucerne, Uri, Schwytz, Obwald, Nidwald, Glaris, Zoug, Soleure, Bâle-Campagne, Schaffhouse, les deux Appenzell, Saint-Gall, Grisons, Argovie, Thurgovie et Valais, soit douze cantons et cinq demi-cantons avaient refusé l’initiative pour des multinationales responsables, alors que le peuple avait dit oui à 50,7%.

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