Pour éviter la prochaine pandémie, plantons des arbres!

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CoronavirusPour éviter la prochaine pandémie, plantons des arbres!

Une scientifique a trouvé le moyen de prédire la propagation de virus par les chauves-souris et comment les prévenir: en fournissant un habitat pour l’hiver à ces animaux.

par
Michel Pralong
Lorsque les renards volants sont proches d’arbres qui fleurissent en hiver, ils vont moins vers les humains et propagent peu leur virus.

Lorsque les renards volants sont proches d’arbres qui fleurissent en hiver, ils vont moins vers les humains et propagent peu leur virus.

Getty Images/iStockphoto

Peggy Eby s’est penchée sur la propagation des pandémies par les renards volants, un type de chauve-souris qui vit en Australie. Cette écologiste de la faune à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney les étudie depuis 25 ans.

Ces chauves-souris hébergent un virus appelé Hendra, qui provoque une infection respiratoire très rare mais mortelle qui tue une personne infectée sur deux. Le virus Hendra, comme le Nipah, le SARS-CoV et le SARS-CoV-2 (le virus qui a causé la pandémie de Covid19) est un virus de chauve-souris qui s’est propagé aux humains. Ces virus atteignent souvent l’homme par l’intermédiaire d’un animal (on a suspecté le pangolin pour le SARS-CoV-2), parfois avec des conséquences mortelles. Comprendre si certaines conditions favorisent ces épidémies pourrait donc être utile pour prévenir les prochaines.

Des épidémies après les sécheresses

Et c’est ce qu’ont fait Peggy Eby et son équipe, qui ont même découvert le moyen de prédire, jusqu’à deux ans à l’avance, les propagations de virus. En fait, on a recensé des épidémies lorsque les chauves-souris subissent un stress alimentaire. Celui-ci survient après une année où El Niño, le phénomène climatique, est fort et provoque des sécheresses en Australie, peut-on lire dans «Nature». Les renards volants vivaient en nomade, se déplaçant massivement d’une forêt à une autre en quête de nourriture. Aujourd’hui, les chauves-souris ont changé de mode de vie et se sont divisées en une multitude de petits groupes, vivant près des zones urbaines et agricoles.

Cela les rapproche donc des humains… et des chevaux. Car c’est via leur urine, leurs excréments et les restes de pulpe mâchée que les renards volants répandent leur virus sur l’herbe que mangent ensuite les chevaux, qui risquent d’être infectés et de contaminer l’homme. Ces pics de contamination ont été repérés suite à des années sèches, les chauves-souris économisant leurs maigres forces en se déplaçant moins et en privilégiant les zones agricoles.

Une exception bizarre en 2020

Les chercheurs ont testé leur modèle qui s’est à chaque fois confirmé… sauf pour 2020. Il y a pourtant eu un fort El Niño en 2018, suivi d’une sécheresse en 2019, mais pas de grosse épidémie de Hendra. En cherchant à comprendre ce qui s’était passé, les scientifiques ont découvert qu’en hiver 2020, une forêt de gommiers rouges a fleuri près de la ville de Gympie, attirant quelque 240 000 chauves-souris. Et de telles floraisons hivernales se sont produites dans diverses régions en 2021 et 2022.

En identifiant le risque de contamination accru par les chauves-souris, les chercheurs ont donc également trouvé la solution: planter des arbres près des lieux où vivent nombreux les renards volants. Ainsi, en restaurant les habitats de ces quelques espèces qui fleurissent en hiver, il y aurait moins de retombées chez les chevaux, et potentiellement chez les humains. Cette méthode pourrait s’appliquer à d’autres chauves-souris et espèces propagatrices de virus. En restaurant leurs habitats «nous pouvons peut-être empêcher la prochaine pandémie», déclare Raina Plowright, écologiste des maladies et coauteur de l’étude à l’Université Cornell à Ithaca, New York.

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