Commentaire: Pour grandir, Celestini doit être plus fort que son ego
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CommentairePour grandir, Celestini doit être plus fort que son ego

L’histoire d’amour entre le Vaudois et Lugano a tourné court, comme elle s’était déjà mal terminée à Lausanne. Victime d'être une tronche, l'homme doit apprendre de ses échecs.

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Sport-Center
Dimanche, Fabio Celestini quittait la pelouse du Cornaredo après la défaite de Lugano contre Saint-Gall (1-3). Le lendemain, il était remercié.

Dimanche, Fabio Celestini quittait la pelouse du Cornaredo après la défaite de Lugano contre Saint-Gall (1-3). Le lendemain, il était remercié.

Keystone

Depuis ce lundi, Fabio Celestini (43 ans) n’est plus l’entraîneur du FC Lugano, un club équipe qu’il avait conduit en Europa League au printemps dernier. Ce faisant, le Vaudois est devenu le premier coach de Super League viré cette saison – il aura fallu attendre la douzième journée pour cela.

Le couperet aurait pu très bien tomber à Sion ou à Thoune mais il s’est abattu au Cornaredo, où Celestini n’a pas résisté à l’enchaînement de résultats négatifs faisant du club tessinois, relégué aujourd’hui en position de barragiste, un candidat tout désigné à la culbute. Après avoir plusieurs fois retardé l’inéluctable, le président Renzetti s’est cette fois résolu à l’évidence en se séparant d’un entraîneur dont il avait prolongé en mai dernier le contrat de deux saisons supplémentaires. Au Tessin, l'avenir s'écrira avec Maurizio Jacobacci qui, limogé treize mois plus tôt de la place qu'il occupait à Tourbillon, retrouve ainsi un banc de Super League. En dépit d'un chèque conséquent, on imagine le Vaudois profondément blessé dans son orgueil.

Entre Celestini et Lugano, qu’il avait brillamment sauvé la saison passée, la (courte) histoire d’amour a ainsi très mal fini. Comme elle s’était déjà mal terminée en son temps à la Pontaise, après que son coach ait pourtant offert une promotion et un style de jeu à un Lausanne-Sport longtemps flamboyant avant de s’éteindre progressivement. Cela devient une constante: à trop vouloir disputer des marathons à la vitesse d’un coureur de 400m, Celestini peine à tenir la distance, ses équipes s’essoufflent et les solutions s’amenuisent.

Décalage entre les intentions et la réalité

Voici six semaines déjà, au sortir de l’élimination en Coupe de Suisse à Lausanne, l’homme ne semblait pas comprendre ce qui lui était arrivé. Comme s’il existait un décalage entre ses idées (toujours très généreuses) et la froide réalité que lui renvoyaient ses joueurs. Un décalage qui avait également été perceptible au printemps 2018 à la Pontaise, quand Celestini avait fini par perdre le contrôle de «son» LS.

Si le technicien, trop entier pour accepter la moindre compromission, a forcément ses torts, il faut pourtant apprécier Fabio Celestini pour ce qu’il est. Quand bien même celui-ci, difficile d’accès et prompt à snober les interlocuteurs qui ne lui conviennent pas, est parfois compliqué à suivre. Compliqué mais passionnant. Passionnant mais très peu enclin à se remettre en question lorsque les circonstances l’exigeraient. Parce qu’il ne se complaît pas dans la tiédeur et la mièvrerie. Parce qu’il exige de ses joueurs un degré d’exigences aussi élevé que celui qu’il s’impose à lui-même.

Footballeur, on aurait aimé jouer dans une équipe dirigée par Fabio Celestini. En tant que journaliste, on a adoré chacun de nos rendez-vous professionnels avec lui – c’est la garantie de moments d’échange toujours passionnants à vivre.

Sans doute l’ancien international, à force de se croire mal aimé sinon persécuté, souffre-t-il d’un problème d’ego de nature à se retourner contre lui. Ces derniers temps, le désormais ex-entraîneur de Lugano confessait volontiers avoir pourtant changé, s’être ouvert à d’autres horizons afin de s’aérer l’esprit – manifestement pas assez pour trouver le juste milieu. La vérité, c’est que l’homme, victime d'être une tronche, est certainement moins libre dans sa tête qu’il n’y paraît. Lorsqu’il aura réussi à briser les chaînes de la liberté qui l'étouffe, Fabio Celestini deviendra un entraîneur de fond, prêt à tenir la distance.

Pour grandir de ses échecs, il doit «simplement» (comme si c'était aisé) se montrer plus fort que son ego. Accepter en cela que l’image qu’il dégage est très éloignée de celle, déformée, qu’il perçoit.

Soyons au moins sûr d’une chose: parmi tous les techniciens sur le marché, il ne sera pas le dernier à retrouver un banc.

Nicolas Jacquier

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