27.03.2018 à 08:57

Pour le lanceur d'alerte, Facebook doit être «réparé»

Réseaux sociaux

Christopher Wylie, qui a révélé le siphonnage de données Facebook par Cambridge Analytica, accuse son ex-employeur d'avoir manipulé la présidentielle américaine.

par
Christine Talos
Christopher Wylie, l'homme par qui tout a commencé.

Christopher Wylie, l'homme par qui tout a commencé.

Keystone

Accusé de ne pas protéger suffisamment les données de ses utilisateurs et malgré de nouvelles excuses, Facebook se débattait toujours mardi dans le scandale Cambridge Analytica (CA), qui lui a déjà fait perdre des dizaines de milliards en Bourse. L'affaire a été révélée par le lanceur d'alerte Christopher Wylie. Cet ancien employé de «CA» est revenu sur l'affaire devant plusieurs médias internationaux, dont le journal Le Temps.

Le Canadien, qui est entré dans Cambridge Analytica en 2013 pour remplacer son prédécesseur tué mystérieusement au Kenya, a quitté l'entreprise fin 2014. Il raconte comment il a peu à peu compris que son entreprise aspirait les données personnelles des gens sur le réseau social et que le véritable patron de la firme était Steve Bannon, l'ex-conseiller de Donald Trump qui a joué un rôle crucial dans la campagne présidentielle.

Un quiz très populaire

Il explique qu'un neuroscientifique de CA avait mis au point un petit quiz très populaire, qui servait à établir le profil psychologique des joueurs. Une application qui lui donnait l'autorisation de télécharger toutes leurs données ainsi que celles de tous leurs amis sur Facebook. Cambridge Analytica a ainsi pu récupéré les données de 50 millions d'utilisateurs, surtout aux USA. But: pouvoir cibler de façon précise des sous-groupes de personnes en fonction de leur profil psychologique.

C'est peu après qu'intervient Steve Bannon. L'homme souhaite développer l'«alt-right» américaine, ou droite alternative, soit une partie de l'extrême droite, réactionnaire et croyant aux théories du complot. En 2013, il est placé aux commandes du conseil d'administration de la société par Robert Mercer, un milliardaire américain qui a fait fortune grâce aux algorithmes utilisés sur les marchés financiers, explique Le Temps.

C'est plus tard que Donald Trump embauche Cambridge Analytica pour sa campagne numérique présidentielle. «Nous avons conçu un algorithme qui a montré les grandes villes où il y avait la plus grande concentration d'électeurs à convaincre», avait expliqué Matt Oczkowski, un responsable de Cambridge Analytica. L'examen de données a permis de générer des milliers de messages différents, ciblant les électeurs en fonction de leurs profils sur les réseaux sociaux comme Facebook, Snapchat ou encore la radio Pandora.

Christopher Wylie en est donc persuadé: les agissements de son ex-employeur ont influencé de manière déterminante les résultats de l'élection présidentielle. «C’est comme le dopage. Si un athlète gagne les JO en se dopant, on peut toujours dire qu’il aurait gagné même sans se doper. Reste qu’on lui enlève quand même sa médaille...»

Facebook doit être réparé Selon le Canadien, l'affaire qu'il a révélée a des similitudes avec celle mise à jour par Edward Snowden en 2013. Ce dernier avait démontré que les agences d'espionnage se servaient d'Internet pour surveiller massivement les citoyens. Mais il y a une différence de taille: les agences peuvent être encadrées, contrairement aux entreprises privées comme Facebook, relève-t-il.

Christopher Wylie ne veut pas pour autant la mort de Facebook, ni même l'interdiction de l'utilisation des données privées. «Il faut réparer Facebook, pas l’effacer», dit-il. Il souhaite donc que les réseaux sociaux soient régulés comme des entreprises d’utilité publique, explique-t-il en citant l'exemple les fournisseurs d’électricité ou d’eau. Car pour lui, «il est devenu impossible de vivre sans ces plateformes».

Pour lui, son idée est applicable concrètement. Facebook et Google sont pleins de gens intelligents qui savent comment repérer si du micro-ciblage ou des manipulations ont lieu. Les plateformes pourraient dire par exemple: attention, ceci est une publicité, vous avez été visé et voilà qui paie pour ça.»

Crucial pour le Brexit

Christopher Wylie a également accusé Cambridge Analytica d'avoir joué un «rôle crucial» dans le Brexit.

Les Britanniques auraient-ils approuvé le Brexit en 2016 sans Cambridge Analytica? «Non, ils ont joué un rôle crucial, j'en suis sûr», a déclaré l'ex-directeur de recherche de Cambridge Analytica, selon des propos publiés mardi par le quotidien français Libération, qui a interviewé dimanche M. Wylie en compagnie d'autres journaux parmi lesquels Le Temps, Le Monde, Die Welt,El Pais et La Repubblica.

Dans cet entretien, le lanceur d'alerte affirme qu'Aggregate IQ (AIQ), une entreprise canadienne liée à Cambridge Analytica, a travaillé avec cette dernière afin d'aider la campagne en faveur de la sortie de l'UE «Leave.EU» à contourner son plafond de dépenses. Il estime que «sans AggregateIQ, le camp du 'Leave' n'aurait pas pu gagner le référendum, qui s'est joué à moins de 2% des votes».

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