29.10.2018 à 15:59

NeuchâtelPour lui bloquer son eau, la commune utilise la manière forte!

Un très gros caillou communal empêchait un citoyen de Lignières (NE) d’ouvrir une vanne d'alimentation, en raison d’une facture impayée. Un scénario digne de Lucky Luke. Ou d’Astérix...

par
Vincent Donzé
La commune a bloqué l'accès à la vanne à l'aide d'un gros bloc de pierre.

La commune a bloqué l'accès à la vanne à l'aide d'un gros bloc de pierre.

V.D.

Si la commune avait posé un menhir sur le couvercle de la vanne d’alimentation en eau d’une maison de Lignières (NE), située à l’écart du village, on se serait cru dans une aventure d’Astérix. Mais comme c’est un banal bloc de pierre qui a été posé jeudi dernier, le scénario ne dépareillerait pas dans un Lucky Luke.

À l’origine de l’intervention musclée des autorités locales: un arriéré de 50 francs. «J’ai toujours payé, mon eau: la facture dont il s’agit concerne des frais», précise Michel Marti, menuisier retraité. Face à un contribuable jugé récalcitrant, les autorités ont employé la manière forte, comme l’a relaté Arcinfo samedi.

Factures annexes

Vendredi, Michel Marti a promis à sa compagne d’enterrer ce litige par le versement de 150 francs, une somme qui couvre des factures annexes: 50.- pour les rappels et 100 francs pour deux fermetures de vanne, Michel Marti l'ayant ouverte les 8 et 22 octobre. «Un citoyen n’a pas de droit de manipuler une vanne!», tonne l’administrateur de la commune, Stéphane Bianchini, selon qui le Conseil communal aurait pu porter plainte.

Anticonstitutionnel

Une plainte, Michel Marti envisage aussi d’en déposer une: «Priver un citoyen de son alimentation en eau me paraît être un geste anticonstitutionnel», gronde-t-il. En dépit du paiement effectué en mains propres ce lundi au bureau communal, la hache de guerre n'est pourtant pas enterrée. «L’approvisionnement en eau courante sera rétabli une fois le paiement effectué», assurait pourtant l’administrateur communal Stéphane Bianchini.

Bloc déplacé

Ce que l'administrateur ignorait au moment d'encaisser 150 francs, c'est que le bloc de pierre qui scellait la vanne était déjà déplacé. Par quelle magie? «Un paysan bienveillant a dû intervenir avec son tracteur», suggère malicieusement Michel Marti.

L’origine du conflit, Michel Marti la situe dans un séjour de trois mois à Madagascar, en 2017, suivi d’un séjour hospitalier pour quatre vertèbres cassées. Une période pendant laquelle le courrier s’est accumulé, factures et rappels compris.

Pour l'eau, le retard dans les paiements a occasionné un surcoût de 150 francs, remboursé aux deux tiers. Un ultimatum a été signifié au 3 octobre pour le solde, menace mise à exécution le 8 octobre, lorsque la voire a posé un bloc de pierre sur le couvercle de la vanne.

Far-west

Le Conseil communal a invoqué le règlement communal sur la fourniture d’eau pour justifier la fermeture de la vanne une fois, deux fois, trois fois. Poser un bloc de pierre sur un regard au lieu de mettre le contribuable aux poursuites, ça fait far-west, non? «Si western il y a, c’est la faute de Michel Marti, qui ouvre une vanne sans en avoir le droit!», réplique l’administrateur de la commune neuchâteloise.

Pour ne pas priver un citoyen d'eau potable, la commune de Lignières lui a en livré 60 litres, achetés en grande surface et facturés 9.65 francs. Soit 15 litres par jour dans le respect de l’ordonnance sur la garantie de l’approvisionnement en eau potable... en temps de crise!

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