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RécitPour quelques heures avec les Red Hot Chili Peppers

Juste avant la sortie du nouveau disque du groupe, on a rencontré leur guitariste Josh Klinghoffer au Greenfield Festival.

par
Caroline Piccinin

Interlaken vers 17h, l'orage est menaçant, mais après m'être paumée pour trouver le bureau des accréditations et au bout d'une trotte de 25 minutes (le site est gigantesque), c'est sèche que j'arrive dans la zone médias du festival. La boss de Warner Music Suisse m'attend pour me faire écouter «The Getaway» avant mon interview avec Josh Klinghoffer, guitariste des Red Hot Chili Peppers. Le groupe donne une interview par membre, soit 4 fois 15 minutes. A l'écoute de ce 11e album studio, je reconnais évidemment immédiatement la voix de Kiedis et le son de la basse de Flea, mais la touche Rick Rubin, qui bossait avec eux depuis les débuts des années 1990, a disparu au profit d'un genre plus chill-out. Ce disque est une succession de titres lents, presque des ballades avec «The Longest Wave» ou «Goodbye Angels», parfois psychédéliques «The Hunter» ou «Dreams of a Samurai»: La «faute» à Danger Mouse et à Nigel Godrich, un Anglais surtout connu pour son travail avec le groupe anglais Radiohead. Certains titres – ça me coûte de l'admettre – sont un poil soporifiques à l'image de «Sick Love». On retiendra néanmoins les excellents «Detroit» et «This Ticonderoga» qui balancent plus.

J'entre en backstage

Il est 18 h 55, il a commencé à pleuvoir. Dans cinq minutes j'ai rendez-vous avec Josh, «rookie» du groupe puisqu'il ne joue avec eux que depuis 2009. Quand on m'avait signifié auparavant que je parlerais avec lui et pas un des trois autres membres «historiques», je m'étais dit que sa place au sein du collectif était tout sauf évidente. J'entre en back­stage avec les autres journalistes, dont deux arrivent haletants: oui, c'est vraiment loin les accréditations! Tout le monde semble surexcité et il y a de quoi: on parle là d'un des plus «gros» groupes du monde. Quatre loges sont préparées, avec sur la porte de chacune d'elles le nom de l'interviewé. Une pour Anthony (leader et chanteur), une pour Flea (bassiste mythique qui se pointera en pyjama), une pour Chad (batteur du groupe depuis 1999 et sosie de Will Ferrell) et enfin une pour Josh. Je rentre dans celle-ci, comme on me l'a demandé. Un bodyguard vient voir si rien de suspicieux ne traîne et me demande de décliner mon identité. «Bonjour je suis Caroline, je travaille au «Matin» et je suis là pour interviewer Josh.» Il me toise du haut de ses deux mètres (et presque autant de large!) et me dit: «OK, Josh arrive.»

Josh arrive

On se pose sur un canapé et on parle de ce nouvel album. Le guitariste raconte: «On a commencé à travailler ces chansons en 2014. Quand on était prêts à enregistrer, Flea s'est cassé le coude, ça nous a mis en pause pour neuf mois, mais, à part ça, on ne s'arrête jamais de bosser.» J'aborde le fait que pour moi cet album sonne un peu tranquille dans sa globalité, Josh concède: «Oui, j'aurais aimé qu'il y ait plus de chansons énergiques, mais c'est venu comme c'est venu… Et c'était génial de faire ce disque avec Brian (ndlr: le prénom du producteur Danger Mouse). Je le connais depuis longtemps et c'est trop bon de bosser avec des potes.» Je rebondis également sur Nigel Godrich, est-ce que la touche «psyché Pink Floyd» vient de lui? «Peut-être, en tout cas sur «Dreams of a Samurai» il y a effectivement bien une référence à Pink Floyd avec les chœurs et le piano», explique Josh. Quant à son implication créative à lui, sur cet album, il confie avoir écrit quelques titres, mais ne semble pas vouloir en dire plus… J'insiste pour qu'il m'en dise plus. «OK, je n'aime pas ça parce que c'est un travail de groupe, mais j'ai bossé sur trois titres», concédera-t-il un peu embarrassé. (Ndlr: «The Longest Waves», «Goodbye Angels» et «Detroit»). A cet instant, je me demande si ce garçon un peu mal à l'aise ne suivrait pas des consignes et ne serait pas un peu muselé? Bref, je reviens sur le disque et lui demande ses moments favoris: «J'adore le solo de trompette de Flea sur «The Hunter» et j'aime la fin de «Goodbye Angels», quand ça monte en puissance et que ça explose.» On papote sur ce qui fait que l'on est un Red Hot, d'après le guitariste de 36 ans, les bons ingrédients sont le degré de liberté personnelle et les goûts musicaux. Tiens, quelle était sa chanson préférée du groupe avant d'en faire partie? Il répond du tac au tac: «Sikamikanico» la face B de «Blood Sugar Sex Magik» et accessoirement la BO de «Wayne's World». Tu devrais l'écouter si tu la connais pas!» On rit.

On rira aussi sur la sécurité du groupe qui toque à la porte après les 15 minutes imparties juste après que Josh a terminé de griffonner le post-it que je lui tendais. «Hey, tu veux venir sur scène pendant le concert?» me demande le guitariste. Je lui réponds: «Of course.» Il briefe son chef sécu et ce dernier viendra me coller deux minutes plus tard un «guest» sur la cuisse sous le regard amusé de Flea qui sort de son entretien.

Je grimpe sur le côté de la scène

Il est 19 h et des poussières. Il ne pleut plus seulement, ce sont carrément des seaux d'eau qui tombent du ciel. Je reste lâchement dans le coin médias-VIP à partager anecdotes et rafraîchissements avec les autres chanceux, secs comme moi. L'heure vient enfin de se rendre en bas à gauche de la scène, je fonce. A 21 h 25, je grimpe avec un petit groupe de privilégiés et vois apparaître sous mes yeux une marée de festivaliers détrempés. Les Red Hot arrivent sur scène. C'est l'émeute. Le concert est un «best of». C'est efficace et ça fait plaisir. Flea est à peine à 3 mètres, je suis toujours sèche et le regarde faire le show. Je reçois des plectres, chante faux sur les hits et sautille en regardant Josh avec une sympathie que je n'éprouvais pas encore ce matin-là.

Un moment magique qui restera gravé dans ma mémoire. Je finirai tout de même par être mouillée quand je descendrai dans la foule rejoindre mes potes afin de partager nos points de vue sur ce concert. Oui, c'était «hot»! Et tant pis si «The Getaway» s'annonce un peu plus tiède.

«Dark Necessities»

«The Getaway»

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