USA: Pour Trump, c'est «America First», sauf pour les fleurs
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USAPour Trump, c'est «America First», sauf pour les fleurs

Les horticulteurs américains reprochent au président de fleurir la Maison Blanche avec des produits étrangers.

par
Michel Pralong
Pour les horticulteurs américains, si le public savait que les fleurs de la Maison Blanche sont colombiennes et équatoriennes, il serait choqué.

Pour les horticulteurs américains, si le public savait que les fleurs de la Maison Blanche sont colombiennes et équatoriennes, il serait choqué.

AFP/DPA PICTURE-ALLIANCE

Cela a été le credo de la campagne de Donald Trump et, encore aujourd'hui, le président américain continuer à marteler qu'avec lui, c'est «America first», soit l'Amérique d'abord. D'ailleurs, lors des dîners officiels organisés à la Maison Blanche, ce sont des plats et des vins américains qui sont privilégiés. «Mais alors, pourquoi pas les fleurs?» a demandé le Certified American Grown, le lobby des horticulteurs américains.

Le «National Journal», qui rapporte la nouvelle, rappelle que l'industrie florale était autrefois importante aux États-Unis. Mais, pour lutter contre les guérillas communistes en Colombie, l'Agence américaine pour le développement international a, en 1961, commencé à aider ce pays à développer sa propre industrie florale. Quatre ans plus tard, la Colombie exportait ses fleurs aux États-Unis.

80% de fleurs étrangères

Une nouveau préjudice a été causé aux horticulteurs américains en 1991. C'est cette fois pour lutter contre l'influence des cartels de la drogue dans certains pays que le Congrès américain a alors exempté de taxes d'importation certains produits, dont les fleurs, venant de Bolivie, d'Équateur, du Pérou et de Colombie. Résultat: aujourd'hui aux États-Unis, plus de 80% des fleurs coupées vendues (un marché qui pèse 26 milliards) sont cultivées à l'étranger.

Pour lutter contre cette tendance, les horticulteurs du pays ont donc créé en 2014 le Certified American Grow, lobby qui incite les gens à privilégier les fleurs du pays, notamment via la mise en place d'un label qui garantit que les fleurs sont produites localement. Avec comme argument qu'elles sont plus fraîches et cultivées selon des méthodes plus durables que dans d'autres pays.

Des fleurs américaines pour François Hollande

Le lobby est ainsi parvenu à convaincre en 2015 deux démocrates californiens, Dianne Feinstein et Barbara Boxer, de présenter une résolution au Sénat demandant d'encourager l'achat de fleurs locales (surtout californiennes), notamment lors de la Fête des mères où les Américains dépensent plus de 2 milliards en fleurs. Résolution qui a été acceptée.

Restait alors à atteindre le sommet de l'État. Krysta Harden, ministre de l'Agriculture de Barack Obama, avait réussi à persuader le président de ne prendre que des fleurs américaines pour décorer la Maison Blanche lors du dîner donné en 2014 en l'honneur du président français François Hollande. Un effort qui toutefois ne s'était pas répété.

Les horticulteurs américains étaient donc plutôt optimistes avec l'arrivée de Donald Trump et de son fameux «L'Amérique d'abord». Pour Kasey Cronquist, qui est à la tête à la fois du Certified American Grown et de la Commission californienne des fleurs coupées, l'utilisation de fleurs américaines à la Maison Blanche aurait dû être une évidence pour ce président-là. Sauf que les horticulteurs américains n'ont pu obtenir jusqu'ici qu'un rendez-vous avec le chargé des relations publiques de la Maison-Blanche, qui s'est contenté de leur dire qu'il allait étudier l'idée.

Un cadeau pour Melania Trump

Pour plaider leur cause, les horticulteurs ont donc offert les fleurs pour le dîner annuel des épouses des membres du Congrès donné en l'honneur de Melania Trump et qui a lieu ce mardi 14 mai. Kasey Cronquist sait que l'épouse du président n'a pas la responsabilité du choix des fleurs de la Maison Blanche, mais il espère qu'elle appréciera celles offertes, en concluant: ««Je pense que si davantage de citoyens savaient que la Maison Blanche arbore des fleurs colombiennes et équatoriennes, ils seraient choqués.»

Donald Trump va-t-il finir par faire une fleur aux horticulteurs américains?

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