Actualisé 14.07.2017 à 06:49

Montreux Jazz«Pour un magasin, je serais le client rêvé»

Le disquaire du festival, c’est lui: Philippe Martin, célèbre pour sa caverne d’Ali Baba à Aigle. Portrait.

par
Laurent Flückiger
«Que tu écoutes un disque sur une chaîne à 100 000 fr. ou sur ton téléphone, c'est égal.»

«Que tu écoutes un disque sur une chaîne à 100 000 fr. ou sur ton téléphone, c'est égal.»

Sébastien Anex

Les festivaliers ont forcément vu son repère dans le hall principal, ou ses trois stands à la sortie des salles de concert payantes. Le disquaire du Montreux Jazz, c’est lui: Philippe Martin, 54 ans, de retour ici depuis quatre ans, après une première expérience entre 1993 et 1998. Et il fait de nombreux heureux, car il a tout! D’ailleurs, si on l’avait laissé faire, la photo ci-contre ne serait probablement pas encore réalisée. Le disquaire voulait poser avec tous ses «Live at Montreux» autour de lui. Il en a 250… «Claude Nobs me disait que même lui n’en avait pas autant. Il doit m’en manquer une trentaine», raconte-t-il. Dans son magasin à Aigle, DCM, bien connu des amateurs de musique comme étant «la caverne d’Ali Baba», il a 100 fois plus de vinyles. Et tout autant de CD.

La flambée de prix

Oui, des CD! «C’est ce que je vends le plus au Stravinski. Au Lab, où la programmation attire plus de jeunes, c’est davantage des vinyles.» Philippe Martin se fait un point d’honneur à proposer l’entier de la discographie des artistes qui sont programmés. La mode du retour du 33 tours? Ça le fait sourire. «Je suis un défenseur de la culture avant d’être un défenseur du support. Que tu écoutes un disque sur une chaîne à 100 000 fr. ou sur ton téléphone, c’est égal. L’important c’est que tu t’intéresses. Après, il faut prendre le temps d’écouter, comme si tu regardais un film attentivement.» Par contre, la flambée des prix des disques sur Internet l’agace. «Ils sont chers parce que les gens veulent les vendre cher, mais ça ne repose sur plus rien de tangible. Moi, je suis le seul à ne pas faire du commerce en ligne. Je préfère mourir avec tous mes disques dans mon magasin plutôt que de participer à ce trading de la musique.»

C’est en 1981 que Philippe Martin vient au festival pour la première fois, pour le concert de Mike Oldfield au Casino. Puis, il découvre les Blues Brothers, John McLaughlin, Paco de Lucía. «J’ai commencé par écouter Led Zeppelin mais j’ai toujours été ouvert en musique, se décrit-il. Je serais un bon client pour un magasin de disques!» Le sien, DCM, à Aigle, c’est son paternel, ex-comptable chez Disques Vogue, qui l’ouvre en 1981. L’année suivante, Philippe quitte son job d’employé de bureau pour s’y consacrer entièrement – son père sera à ses côtés jusqu’en 2004. «Depuis gamin, mon rêve c’est d’être musicien ou d’avoir un magasin. Aujourd’hui, je peux dire que je suis meilleur comme disquaire!»

«Le business a changé»

À l’époque, il fournit le magasin du Casino en tant que distributeur. Alors, au déménagement du festival en 1993, on lui propose de monter un stand de disques au Centre de Congrès. «Claude Nobs s’occupait du moindre détail, se souvient Philippe Martin. Il s’arrêtait vers moi et on discutait durant des heures. Les musiciens aussi. Mais ça, ça a changé, le business a changé.» Même si, cette année, Tash Sultana est passée au stand, sans que personne ne la reconnaisse. Sam Smith et Woodkid, aussi. Max Richter, lui, est l’un des rares à avoir fait une séance de dédicace.

Il y a environ vingt ans, c’est le batteur Denis Chambers, venu au Jazz en trio avec John McLaughlin, qui s’y arrête après son soundcheck et pointe du doigt son propre CD, totalement abasourdi. «Je ne l’ai pas reconnu. Il me dit que c’est son disque et que c’est la première fois qu’il le voit ailleurs qu’au Japon. Du coup, je lui demande un service: me faire dédicacer une photographie de John que j’avais avec moi. Il me laisse tout son matériel, part à l’hôtel et revient avec la photo. Moi, j’étais surtout content pour lui.»

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