Cyclisme: Pourquoi ils ne peuvent pas «mettre la flèche»
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CyclismePourquoi ils ne peuvent pas «mettre la flèche»

De nombreux cyclistes plus que quarantenaires continuent à écumer les pelotons autour du globe. Qu’est-ce qui peut bien les motiver? Eléments de réponses avec des Romands aux trajectoires bien différentes.

par
Robin Carrel
L’Italien Davide Rebellin, en 2016, alors sous des couleurs polonaises.

L’Italien Davide Rebellin, en 2016, alors sous des couleurs polonaises.

AFP

Avec les progrès de la médecine, des entraînements, de la nutrition et de tout ce qui peut accompagner les sportifs du XXIe siècle lors de leurs longues carrières, il n’est plus rare de voir des athlètes continuer sur la voie du professionnalisme au-delà de la quarantaine. Au hockey, Jaromir Jagr (48 ans) ou Zdeno Chara (43 ans) jouent avec des hommes qui pourraient être leurs enfants. Dans le football, la légende Kazuyoshi Miura (53 ans) veut gratter des contrats jusqu’à la soixantaine. Un sauteur à skis comme Simon Ammann est quant à lui toujours en quête du saut parfait à 39 ans et rêve des JO de Pékin.

Dans le monde de la petite reine, ils sont aussi nombreux à refuser de mettre la flèche et pas la wallonne. Alejandro Valverde est encore extrêmement compétitif à 40 ans - il a été champion du monde en 2018, d'Espagne en 2019, après avoir notamment gagné la Vuelta en 2009 -, mais c’est un peu moins le cas de Francisco Mancebo - meilleur jeune du Tour de France en 2000 et aujourd'hui dans l'équipe Matrix Powertag -, d’Oscar Sevilla - meilleur jeune du Tour 2001 et aujourd'hui au sein de la formation Medellín - (44 ans tous les deux), ou encore de l’increvable Davide Rebellin, 49 ans, rare auteur du triplé Amstel Gold Race - Flèche wallonne - Liège-Bastogne-Liège il y a 16 ans, et qui vient de repartir pour un tour au sein de l’Académie de cyclisme du… Cambodge. Mais qu’est-ce qui peut bien les faire se lever le matin et surtout enfourcher leur bicyclette après le café bien serré réglementaire?

En Suisse romande, le public connaît parfaitement les anciens pros que sont Richard Chassot et Daniel Atienza. Les deux anciens cyclistes ont pour point commun d’être devenus consultants pour la RTS après la fin de leur carrière, mais ils ont aussi eu un après sport pro totalement différent, même si ces «premières retraites» ont commencé dans les assurances. Le premier s’est mué en organisateur du Tour de Romandie et de quantité d’autres événements. Le second est resté un sportif de pointe, enchaînant les entraînements et les marathons à côté de son travail de tous les jours.

«Je sortirais Valverde de ces cas spéciaux, sourit Atienza, qui connaît bien tous ces coureurs et avait même été compagnon de chambrée de Rebellin. Mais s’ils ont tous un point commun, c’est la passion du sport et le besoin de l’adrénaline de la compétition. Comme moi… Sevilla, Mancebo ou Rebellin ne font plus ça pour l’argent, car ils ne peuvent que vivoter dans les structures dans lesquelles ils évoluent. Leur objectif n’est plus financier. Ce sont plutôt des globe-trotters. Dire que quand je suis passé professionnel à la Polti en 1997, Rebellin était mon leader et il était déjà vieux (ndlr: il va entamer en 2021 sa 29e saison dans les pelotons professionnels). C’est incroyable! Je dirais que comme tous les sportifs, ces coureurs ont l’angoisse de l’après, de devoir tout reprendre à zéro. Alors ils repoussent l’échéance, même si ce sont des passionnés. J’ai encore des contacts avec eux via les réseaux sociaux et il faut voir comme ils s’entraînent: c’est incroyable. Ils ont la motivation de juniors! De jeunes pros pourraient prendre exemple sur eux.»

«C’est très personnel comme choix. Il est évident que le sport de très haut niveau, c’est une drogue dans pas mal de sens du terme, analyse quant à lui Chassot. C’est une drogue de la dépense physique, mais aussi et surtout une dépendance d’appartenir à un petit monde. Quand tu es dans les pelotons, tu es sorti de la ‘vraie vie’ assez longtemps. C’est un environnement où tu existes vraiment. Concernant Valverde, il a encore des résultats. Mais pour les autres, quelles sont leurs alternatives? C’est dur d’en sortir et de retrouver ailleurs des habitudes, une vie sociale et la reconnaissance du public, en plus dans la période qu’on traverse. D’ailleurs, beaucoup se reconvertissent dans ce milieu, un monde qu’ils connaissent. D’autres le quittent et se lancent dans de nouveaux défis sportifs comme Daniel Atienza ou Laurent Jalabert. Bernard Hinault, lui, il avait vite dit stop et était passé à autre chose.»

Danilo Wyss (à gauche) sur le Tour Down Under il y a six ans.

Danilo Wyss (à gauche) sur le Tour Down Under il y a six ans.

AFP

Danilo Wyss, 35 ans et en fin de contrat avec l'équipe NTT, vient de passer son premier hiver sans contrat et est actuellement dans ce dilemme. «C'est vrai, je suis en plein là-dedans. Je n'ai encore rien signé pour 2021, dit le Staviaco-Urbigène. Mais je comprends totalement ceux qui veulent continuer un maximum. Tant qu'ils ont du plaisir et un bon niveau, pourquoi ne pas continuer? C'est ça la vraie question. Moi, au milieu de la trentaine, je sens que j'ai envie de continuer dans le métier. Après, ça peut changer très vite selon mon niveau...»

«Moi j’aime le sport et j’ai besoin de cette activité quotidienne pour mon équilibre personnel. J’aime la compétition, avoue Atienza. Au début, quand on arrête, on se pose plein de questions. Comment ça va être perçu de s’aligner sur le Tour du Pays de Vaud et d’autres épreuves de course à pied, par exemple? Aujourd’hui je suis au-dessus de tout ça. J’aime encore le vélo, mais je ne referai pas de course. J’adore courir et si la santé suit, peut-être qu’à 60 ou 70 ans, je mettrai toujours un dossard. C’est mon trip et j’adore ça. Courir contre moi-même, ça m’est resté. C’est un équilibre qui m’a permis de faire le deuil et je ne ressens aucune frustration. J’ai trouvé cet ‘à côté’ que sont le marathon et la course. Ca me permet de me fixer des objectifs. Des fois, en pleine épreuve, en plein dépassement de moi-même, j’ai des flash-backs et je visualise le passage de grands cols. Je revis cette bonne souffrance.»

Richard Chassot donne le départ de l’étape du Tour de Romandie entre Moutier et Porrentruy en 2015

Richard Chassot donne le départ de l’étape du Tour de Romandie entre Moutier et Porrentruy en 2015

AFP

Chassot, lui, a choisi une autre route: «Ma vision à moi, c’est qu’il faut essayer de voir plusieurs choses dans la vie et engranger un maximum d’expériences possibles. Je ne veux pas faire les choses à moitié, que ce soit dans le sport ou ailleurs. Le marathon, la course, ça ne m’inspirait pas et j’ai mis cette énergie dans mes nouveaux jobs. Rebellin et compagnie, ce sont des caractères extrêmes et il faut en avoir pour faire du cyclisme à haut niveau. J’ai eu la chance de ne pas me retrouver dans une situation de manque, où je ne savais pas quoi faire de mes journées. J’ai d’abord été assureur, ensuite on m’a proposé autre chose. Il y a des formations à faire, des nouveaux challenges…»

Si les deux Romands ont réussi à passer à autre chose, la peur du vide, forcément, peut attaquer ceux qui ont passé la majorité de leur vie à pédaler et vite abandonné les bans d’école pour chevaucher leur fidèle destrier. «Dans le sport d’aujourd’hui, on peut prolonger un peu le plaisir, enchaîne le boss du Tour de Romandie. Mais normalement, on n’est plus pro à 35 ans, ou alors c’est le début de la fin. Derrière, il te reste 30 ans de travail et ça peut faire peur. Une carrière dans la petite reine, finalement, ce n’est que 10 à 15 ans sur une vie. Moi, j’ai entre guillemets eu la chance de savoir très vite que je devrai bosser (rires)! Quand tu as fait carrière dans le vélo ou dans le sport, douze heures au bureau, ça ne fatigue pas physiquement, mais mentalement. Il manque l’adrénaline, les émotions, les gens autour qui applaudissent…»

Daniel Atienza s’arrache sur un contre-la-montre du Tour d’Italie 2005.

Daniel Atienza s’arrache sur un contre-la-montre du Tour d’Italie 2005.

AFP

«L'après, il peut faire peur, je l'ai ressenti un peu cet hiver, continue Wyss. Je n'avais encore jamais été confronté à ça, à la nécessité de reconversion. Ce n'est pas simple à gérer, ça peut être un épisode difficile et faire peur à certains. J'ai une famille et ce serait un grand changement pour elle si je n'avais plus ce rythme de vie de sportif pro. Aujourd'hui, quasiment tout tourne autour de moi, de mes plannings d'entraînement et de course. On est organisés comme ça. Que va-t-il se passer quand je ne serai plus dans les pelotons? Le plus important, quel que soit l'âge, c'est la passion et le plaisir de faire du sport avec les meilleurs du monde. Ensuite, je me vois continuer à me dépenser, pour le plaisir. Sûrement à vélo, mais aussi m'essayer à d'autres sports. Surtout continuer à être actif, rien que pour ma santé.» Quitte à retrouver une nouvelle passion, le maître mot des sportifs, finalement.

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6 commentaires
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LCR

16.01.2021, 10:55

Pourquoi les cyclistes professionnels ne peuvent as "mettre la flèche" ? ça on s'en fout. Ce qu'on voudrait c'est que tous les abrutis qui pratiquent le vélo tendent le bras pour indiquer leur changement de direction sur la route.

PhilippeF

16.01.2021, 09:53

"...vite abandonné les bans d’école..." Comme le rédacteur de cet article ? ;-) ;-)

hors sujet de quelque part

16.01.2021, 09:39

ca veut rien dire debrot je suis chat je suis hors sujet et je fais du vèlo en compètition je vais me rendormir souffrir et dormir sur le cire