Ski alpin: Pourquoi la Norvège mène la «guerre du slalom» face à la Suisse?

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Ski alpinPourquoi la Norvège mène la «guerre du slalom» face à la Suisse?

Avant le slalom nocturne de Schladming, ce mardi dès 17h45, deux Norvégiens devancent un binôme suisse au classement de la discipline. Qu’ont-ils de plus que nos skieurs? 

par
Sylvain Bolt
(Schladming)
A Adelboden, Lucas Braathen (à dr.) et Atle Lie McGrath avaient réalisé un doublé en slalom.

A Adelboden, Lucas Braathen (à dr.) et Atle Lie McGrath avaient réalisé un doublé en slalom.

AFP

Seuls trois slalomeurs se sont imposés cet hiver: le Suisse Daniel Yule (deux fois) et les Norvégiens Henrik Kristoffersen (deux fois) et Lucas Braathen (deux fois). Au niveau des podiums, les Scandinaves devancent aussi les Helvètes: 8 à 4. La «guerre du slalom» à laquelle se livrent les deux nations se traduit au classement de la discipline. Après six slaloms disputés sur dix, le phénomène Braathen (370 points) devance de cinq points son compatriote Henrik Kristoffersen, détenteur du globe de slalom. Derrière le duo scandinave? Les Helvètes Daniel Yule (334 points) et Loïc Meillard (262). 

Avec le surdoué Atle Lie McGrath, 22 ans, la Norvège possède un autre grand espoir en technique, capable de se mêler au globe de cristal lorsque la maîtrise de sa fougue lui amènera de la constance. «Nous avons une belle émulation dans notre équipe, mais les Norvégiens arrivent encore à pousser un peu plus loin, observe Daniel Yule, le seul à avoir battu les Norvégiens cette saison. Surtout, ils ont des talents assez exceptionnels. Henrik, ce n’est pas nouveau. Mais McGrath et Braathen, on risque malheureusement de les avoir sur le dos encore quelques années.»

«Leur grande force, c’est qu’ils n’ont vraiment aucun doute, ils skient toujours à 120% et prennent tous les risques.»

Loïc Meillard, deux podiums en slalom cet hiver

Troisième à Val d’Isère et privé du succès par Kristoffersen à Wengen, Loïc Meillard tourne toujours autour de sa première victoire en slalom. «Je ne pense pas que les Norvégiens aient forcément quelque chose en plus que nous, sourit le skieur d’Hérémence. Leur grande force, c’est qu’ils n’ont vraiment aucun doute, ils skient toujours à 120% et prennent tous les risques. McGrath, par exemple, sort trois fois en début de saison, puis il termine deuxième à Adelboden. Les skieurs capables d’un tel exploit se comptent sur les doigts d’une main.»

Daniel Yule a remporté dimanche sa sixième victoire en Coupe du monde, à Kitzbühel.

Daniel Yule a remporté dimanche sa sixième victoire en Coupe du monde, à Kitzbühel.

AFP

«C’est vrai, leur mentalité est impressionnante, ce sont des bêtes de courses qui attaquent la ligne de pente, confirme Ramon Zenhäusern, troisième meilleur slalomeur suisse. Depuis tout jeunes, ils semblent faire tout juste!» La Suisse et la Norvège partagent de nombreuses sessions d’entraînement depuis le début de la saison et ont eu l’occasion de beaucoup s’observer. 

Entraînements nocturnes 

«C’est une génération qui a grandi ensemble et les potes Braathen-McGrath ont la même mentalité à l’entraînement qu’en course, raconte Julien Vuiginer, l’un des coaches des slalomeurs suisses. On a vu Braathen casser des bâtons à l’entraînement parce qu’il s’énervait de ne pas être assez rapide. Ces jeunes se tirent la bourre et Alexander Steen Olsen, qui a deux ans de moins, est en train de prendre le même wagon!» 

Meilleur slalomeur suisse de l’histoire avec six succès, Daniel Yule évoque cette émulation dont il a aussi bénéficié au sein de sa génération 1992-93 (Aerni, Zenhäusern, Rochat). «C’est probablement ce qui est arrivé en Norvège, mais si un nouveau Norvégien pointe le bout de son nez dans deux ou trois ans, il va falloir voir d’un peu plus près ce qu’ils font avec la relève là-haut.»

«Les Norvégiens ont plusieurs pistes d’entraînements avec de la lumière, ce qui leur permet de pousser l’entraînement à fond après l’école.»

Julien Vuignier, entraîneur des slalomeurs suisses

Pour son coach, l’explication du succès norvégien dans la discipline pourrait aussi être culturelle. «Les Norvégiens excellent sur les parties faciles, car ils ont appris à skier sur des pistes plus plates, souligne le coach valaisan. Ils grandissent autour du slalom en raison de la topographie de leurs pistes, qui sont aussi plus courtes que les nôtres. Et puis chez eux, ils ont plusieurs pistes d’entraînement avec de la lumière, ce qui leur permet de pousser l’entraînement à fond après l’école.»

Cette semaine, le duel Meillard-Braathen a émerveillé l’entraîneur valaisan lors d’un entraînement à Hinterreit, près de Schladming. «Les deux réalisaient chacun leur tour le meilleur chrono, sourit-il. C’était magnifique!» Dans l’ambiance électrique de la nuit de Schladming, ce mardi soir, les deux nations vont se livrer une nouvelle bataille dans la forêt de piquets serrés devant près de 40’000 spectateurs.  Avant la célèbre «Nightrace», les trois meilleurs slalomeurs du monde se tiennent en 36 points.

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