25.08.2020 à 09:16

AnalysePourquoi la Suisse est si conciliante avec la Chine

Des agents chinois surveillent des Chinois en Suisse? Qu’à cela ne tienne… L’accord de libre-échange entré en vigueur en 2014 entre la Suisse et la Chine ne saurait être remis en cause pour si peu.

par
Eric Felley
Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine, les autorités fédérales ne se risquent pas à froisser Pékin.

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine, les autorités fédérales ne se risquent pas à froisser Pékin.

IStockphoto

La presse dominicale a révélé que la Confédération était en train de négocier la prolongation d’un accord permettant à des agents de sécurité chinois d’opérer en Suisse pour «surveiller» leurs ressortissants. En 2019, il y avait 16 612 ressortissants de la République populaire de Chine au bénéfice d’un permis de résidence permanent en Suisse, selon les chiffres du Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Ce chiffre a doublé en dix ans. Ils sont principalement installés dans les cantons de Zurich, Vaud et Genève.

Les services de sécurité chinois peuvent enquêter en Suisse depuis 2015 pour déterminer la nationalité et l’identité de leurs ressortissants. Leurs agents spéciaux, sans statut officiel apparemment, peuvent enquêter ou mener des interrogatoires. Par ailleurs, ils aident le SEM en cas de rapatriement. Des voix de gauche s’élèvent aujourd’hui au sein de la Commission de politique extérieure du Conseil national contre la prolongation cet accord, dénoncé aussi par Amnesty International.

Ne pas fâcher la Chine

Si ces révélations ont fait réagir à gauche, la droite helvétique est restée bien silencieuse. La raison en est assez simple: la Chine représente de formidables opportunités pour l’exportation des produits suisses dans l’horlogerie, la métallurgie, l’industrie pharmaceutique ou l’agriculture. L’accord de libre-échange entré en vigueur le 1er juillet 2014 est salué par EconomieSuisse, car il doit permettre à terme de réduire les droits de douane pour les produits suisses en Chine à hauteur de plusieurs centaines de millions de francs. Contrairement à la politique américaine de Donald Trump, à Berne, le mot d’ordre des milieux économiques est de ne pas fâcher la Chine.

Ce sont donc les socialistes suisses qui ont la Chine communiste dans leur viseur. Ils ont aussi déposé une motion en décembre dernier pour que la Suisse fasse pression, afin que la Chine cesse sa politique de répression dans la région du Xinjiang et la politique d’internement et de travaux forcés contre la minorité ouïghoure, à la suite de deux recommandations émises lors de la 40e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en février-mars 2019. Sans résultat, la motion demande: «Le Conseil fédéral est chargé de geler l’application des clauses préférentielles convenues dans le cadre de l’accord de libre-échange, au cas où les recommandations évoquées ci-dessus ne seraient pas intégralement mises en œuvre.»

«Il ne serait pas judicieux d’établir un lien…»

Le Conseil fédéral a répondu en février dernier: «Sur le plan multilatéral, la Suisse, seule ou avec d’autres États, a soulevé à diverses occasions la question de la situation des Ouïghours du Xinjiang et exigé la fermeture des camps d’internement. Sur le plan bilatéral, la Suisse mène un dialogue de haut niveau avec la Chine sur le thème du travail et de l’emploi, au titre de l’accord de coopération conclu dans ce domaine parallèlement à l’accord de libre-échange Suisse-Chine.»

Mais, car il y a toujours un « mais »: «Le Conseil fédéral estime cependant qu’il ne serait pas judicieux d’établir un lien direct entre les recommandations du Conseil des droits de l’homme et les concessions douanières octroyées dans le cadre de l’accord de libre-échange conclu avec la Chine».

Et d’ajouter: «L’accord en question ne prévoit aucune possibilité de suspendre partiellement ou entièrement son application, pour quelque raison que ce soit; seule est prévue la possibilité de le résilier dans sa totalité. Or, le Conseil fédéral doute qu’une telle mesure puisse entraîner une amélioration de la situation des Ouïghours. En outre, une résiliation de l’accord n’empêcherait pas l’importation en Suisse d’éventuelles marchandises issues du travail forcé, au tarif douanier normal».

Quant aux agents chinois qui surveillent leurs ressortissants en Suisse, il y a fort à parier que le Conseil fédéral reconduise leur autorisation, pour les mêmes raisons impérieuses de sauvegarder l’accord de libre-échange dans son intégralité et les avantages douaniers escomptés.

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45 commentaires
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Chris Debrabant

26.08.2020 à 09:57

Pourquoi ? Parce que ce n'est pas l'Union Européenne en déliquescence qui va garnir notre assiette ! Et puis, nous avons choisi la G5 Huwaie ! Malgré les pressions de Big Brother : ça mérite récompense...

Marre

26.08.2020 à 08:50

Le Saint Fric! voilà la Suisse, tout frétillante de pouvoir remplir sa BNS qui, en fin de compte, n'aide que les riches! corruption totale des deux côtés avec ce besoin pathologique de s'enrichir à n'importe quel prix.

Jack

26.08.2020 à 04:09

Tant que l'on peut vendre nos breloques...