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Ski alpin«Pourvu que Didier tire un bon numéro»

Marlise et Francis Cuche, les parents de Didier, seront samedi à Wengen. Aux Bugnenets, on se tient tous les pouces pour enfin voir triompher l'enfant du pays.

par
Christian Maillard

«Au Pâquier, le champion, c'est Didier». C'est écrit à l'entrée du village, à côté d'une magnifique fresque du crack. «Quand il est devenu champion du monde, on a écrit une chanson pour lui», raconte Frédérique Moratel, l'une des institutrices de ce petit coin du Val-de-Ruz, situé à quelques lacets enneigés des Bugnenets-Savagnières.

Ce hameau est désormais connu mondialement sur le cirque blanc depuis que Didier Cuche est devenu le meilleur descendeur de la planète. A table, à l'étage de la Bonne Auberge, Francis Cuche, le patron, esquisse un rictus, conscient qu'un succès sur le Lauberhorn ne se commande pas. «Là-bas, les organisateurs veulent toujours montrer de belles images à la télé, avec du soleil. Du coup, la piste chauffe.» De nombreux trophées, dont ceux de Kitzbühel, garnissent la pièce, mais il manque surtout celui que tout Suisse rêve de remporter: «Trois fois deuxième…» Marlise, la maman, philosophe et touche du bois.

«Pourvu que Didier tire un bon numéro de dossard, que la piste reste assez dure lorsqu'il s'élancera», soupire, à ses côtés, le papa. Comme d'habitude, les parents se trouveront, samedi, dans l'aire d'arrivée du Laub'. Pour la dernière fois, la larme au coin de l'œil? «Même nous, on ne le sait pas», assure sa mère, qui comprend mieux que personne la vie en couleur de son fiston. Le père se marre: «Un jour, quand il avait 16?ans, je lui avais dit qu'avec son apprentissage ce serait bien qu'il arrête. Mais la manière dont il m'a regardé, j'ai compris que je ne devais plus évoquer ce sujet sensible avec lui.» Aujourd'hui, les Cuche sont heureux du travail de titan effectué par Didier, le chemin de gloire parcouru. «Il est avant tout notre fils et il est resté le même pendant toutes ces années», renchérit Marlise, un drapeau neuchâtelois dans les bras et une image de Didier quand il avait 12?ans, engagé dans un GP Ovo.

«Il mériterait de gagner»

«Ah oui, il mériterait de gagner une fois à Wengen, mais c'est la course d'un jour où l'erreur est fatale.» Responsable des dameurs du Chasseral, Roland Wälti, qui préfère Kitzbühel, espère, lui aussi, un tracé béton pour son pote de classe, d'enfance, avec lequel il n'a pas fait, précise-t-il, que de skier.

Une statue en bois du Neuchâtelois le plus connu de la planète est enfouie dans la neige en face du service du feu du Pâquier. La région est fière de son champion. Un diplôme dans le bureau communal rappelle que la commune l'a élevé au rang de citoyen d'honneur. «Nous, on le soutient toute l'année», s'exclame l'administratrice Mireille Beltrame. «On va tous se tenir les pouces pour samedi, poursuit Frédéric Cuche, qui n'a aucun lien de parenté avec le crack des Bugnenets. C'est une référence pour nos enfants.» Et Nathan, 7?ans, de lâcher, devant l'ancienne classe d'école au Pâquier du champion: «Moi, un jour, j'aimerais skier comme Didier.» Dans ses rêves, il réussit un grand numéro à Wengen.

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