27.08.2020 à 17:30

Crise politiquePoutine envisage d’envoyer des forces de l’ordre au Bélarus

Le président russe a affirmé ce jeudi que la Russie était disposée à intervenir au Bélarus si les manifestations qui secouent le pays depuis la réélection controversée d’Alexandre Loukachenko ne s’apaisaient pas.

«Alexandre Grégoriévitch (Loukachenko) m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait», a déclaré jeudi Vladimir Poutine.

«Alexandre Grégoriévitch (Loukachenko) m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait», a déclaré jeudi Vladimir Poutine.

AFP

Vladimir Poutine s’est dit prêt jeudi à déployer des forces chez le voisin bélarusse si la contestation postélectorale devait y dégénérer, tout en appelant les parties à un règlement négocié.

Alexandre Loukachenko, le président bélarusse confronté depuis trois semaines à une vague de protestation d’une ampleur inédite, avait affirmé mi-août avoir reçu une promesse d’«aide» de Moscou pour préserver la sécurité de son pays.

Dans un entretien avec la télévision publique jeudi, Vladimir Poutine a expliqué que la Russie était disposée à intervenir au Bélarus, si nécessaire, dans le cadre d’accords sécuritaires et militaires existants.

«Alexandre Grégoriévitch (Loukachenko) m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait», a-t-il déclaré, ajoutant immédiatement qu’il espérait ne pas avoir y recourir.

À certaines conditions

«Nous avons convenu que je ne l’utiliserai pas jusqu’à ce que la situation soit hors de contrôle et que des éléments extrémistes (…) franchissent certaines limites: qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs», a-t-il expliqué.

Vladimir Poutine a dans la foulée exhorté «tous les participants à ce processus» à «trouver une issue» à la crise.

L’Otan réagit

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a appelé jeudi la Russie à ne pas «s’immiscer» au Bélarus, en proie à un mouvement de contestation inédit depuis l’élection présidentielle du 9 août.

«Personne, la Russie non plus, ne devrait s’immiscer là-bas», a souligné Jens Stoltenberg dans un entretien au site internet du journal allemand Bild. «Le Bélarus est un Etat souverain et indépendant», a-t-il ajouté.

L’opposition dit vouloir dialoguer avec Alexandre Loukachenko, tout en demandant son départ, tandis que le président bélarusse refuse toute négociation, se bornant à évoquer un vague projet de révision constitutionnelle.

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Le président bélarusse Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés, dont un ex-candidat à la présidentielle. (Samedi 10 octobre 2020)

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés, dont un ex-candidat à la présidentielle. (Samedi 10 octobre 2020)

KEYSTONE
La police bélarusse a annoncé avoir procédé à des arrestations et utilisé un canon à eau contre les manifestants à Minsk.

La police bélarusse a annoncé avoir procédé à des arrestations et utilisé un canon à eau contre les manifestants à Minsk.

Keystone
Le mouvement de contestation contre Alexandre Loukachenko rassemble tous les dimanches des dizaines de milliers de personnes malgré la répression.

Le mouvement de contestation contre Alexandre Loukachenko rassemble tous les dimanches des dizaines de milliers de personnes malgré la répression.

KEYSTONE

Celui-ci est confronté à une contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1994. Des manifestations monstres se sont déroulées pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse avec 80% des voix le 9 août, les contestataires estimant que l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, avait gagné.

Poursuites «inacceptables»

Dans la capitale Minsk et dans tout le Bélarus, des rassemblements quotidiens ont lieu malgré les déclarations martiales d’Alexandre Loukachenko, doublées d’une répression.

Les 16 et 23 août, quelque 100’000 personnes ont ainsi défilé contre lui et ses détracteurs espèrent renouveler l’opération dimanche. Les autorités maintiennent néanmoins elles aussi la pression.

Une des principales figures de l’opposition, Maria Kolesnikova, a été convoquée jeudi par les enquêteurs dans le cadre des poursuites déclenchées contre le «conseil de coordination» formé pour promouvoir la transition politique, dont elle est membre.

Comme la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch la veille, Maria Kolesnikova a refusé de répondre à leurs questions: «J’ai exercé mon droit constitutionnel de ne pas témoigner contre moi-même», a-t-elle déclaré aux journalistes.

Poursuites «inacceptables»

Jeudi matin, les ambassadeurs à Minsk de l’Union européenne (UE) et des États membres ont signifié au chef de la diplomatie bélarusse que ces poursuites visant l’opposition étaient «inacceptables» et ont appelé le pouvoir à accepter le dialogue.

La rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Vladimir Makei intervient alors que l’UE doit décider sous peu des sanctions qu’elle compte infliger aux hauts responsables qui auraient eu un rôle dans la répression et les fraudes électorales au Bélarus.

(ATS/NXP)

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