Téléphonie: Près de 3000 antennes 5G activées en Suisse
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TéléphoniePrès de 3000 antennes 5G activées en Suisse

Malgré les résistances ou les moratoires cantonaux, les opérateurs continuent d’activer leurs antennes 5G en Suisse. Mais pour l’instant, peu de gens ont des appareils permettant de recevoir le signal.

par
Eric Felley
Cette antenne de 4G et 5G se trouve sur la commune de Tavernes dans le canton de Vaud. À terme, la Suisse doit compter jusqu’à 26 500 antennes pour assurer une couverture similaire à la 4G.

Cette antenne de 4G et 5G se trouve sur la commune de Tavernes dans le canton de Vaud. À terme, la Suisse doit compter jusqu’à 26 500 antennes pour assurer une couverture similaire à la 4G.

Getty Images/iStockphoto

C’est un chiffre qui grimpe toutes les semaines ou presque. Le nombre d’antennes 5G activées en Suisse va bientôt atteindre 3000. Le journaliste Valentin Tombez de la «RTS» publie sur Twitter, sans autre forme de commentaires, la croissance des antennes activées grâce à un lien qu’il a créé avec le site de l’Office fédéral de la communication (OFCOM).

À la même époque l’année dernière, il y en avait environ 300. Si ces 3000 antennes sont activées, sont-elles pour autant utilisées? À ce sujet, l’OFCOM précise: «Les opérateurs sont obligés de nous annoncer régulièrement leurs antennes qui sont en service, donc activées et fonctionnelles. Nous ne disposons par contre pas d’informations sur le taux d’utilisation des antennes». L’office ne dispose pas plus d’estimation sur la proportion des personnes qui utilisent déjà la 5G en Suisse.

Swisscom: une minorité d’utilisateurs

En février 2019, trois opérateurs ont acheté à la Confédération des concessions pour 380 millions de francs: Swisscom, Sunrise et Salt. Chez Swisscom, le porte-parole Christian Neuhaus précise: «Nous avons actuellement 745 antennes 5G, version complète, en service, dans 348 localités». Y a-t-il parmi leurs clients des personnes qui utilisent déjà couramment la 5G? «Nous ne communiquons pas de chiffres, mais il s’agit évidemment d’une minorité».

Le porte-parole ajoute: «Nous avons déployé en fin d’année passée une version de base de la 5G. Elle couvre environ 90% de la population. La version de base utilise des fréquences attribuées depuis longtemps à la téléphonie mobile qui servent progressivement à la 5G. Celles-ci permettent la couverture de zone avec un débit de données pouvant atteindre 1Gbit/s. À cela s’ajoute la fréquence (3,5 GHz) libérée l’année dernière, qui était utilisée auparavant pour les reportages TV. On en a besoin pour la version complète».

Depuis l’année dernière, la résistance d’une bonne partie de l’opinion publique au passage de la 4G à la 5G a pris de court le monde politique, notamment la Berne fédérale, qui a octroyé les concessions. Sous pression, notamment à cause des doutes sur les effets de la 5G et du rayonnement non ionisant sur la santé, le Parlement a refusé d’assouplir les valeurs limites. Dans la foulée, les cantons de Genève et Vaud ont déclaré un moratoire. Le Conseil fédéral attend un nouveau rapport pour fin 2021. Tout cela contrarie l’avancement souhaité par les opérateurs.

Sunrise et sa Highspeed 5G

Mais pour Sunrise, qui a placé la première antenne 5G à l’été 2018, pas question d’atermoyer. L’opérateur propose une carte sur son site, où l’on peut constater que son offre de 5G est déjà bien en place. «Sunrise fournit actuellement plus de 595 villes ou places avec la Highspeed 5G (dans les bandes de 3,5 GHz) avec des vitesses de connexion Internet allant jusqu’à 2 Gbit/s, explique son service de presse. La liste des localités montre les villes et les lieux dont la couverture de la population par la Highspeed 5 g est supérieure à 80%». Sunrise veut aussi «couvrir 90% de la population par la Basic 5G dans les bandes les plus basses (700 MHz) d’ici le troisième trimestre».

Genève, réaction en étapes

Si l’on pointe la carte de Sunrise sur le canton de Genève, on remarque que l’opérateur couvre quasi intégralement son territoire par la 5G. Comment expliquer cette situation, alors que les autorités genevoises ont décidé un moratoire de 3 ans? Pour Lucie Baillon, cheffe du secteur entreprises, rayonnements non ionisants à l’État de Genève, cette situation est due la réaction en étapes des autorités genevoises au développement de la 5G.

«Depuis avril 2019, précise-t-elle, le Département du territoire a suspendu toutes les requêtes en autorisation de construire pour l’extension du réseau de téléphonie mobile, en application du principe de précaution et dans l’attente de la part des autorités fédérales de toutes les données utiles pour assurer pleinement sa mission d’exécution de l'Ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI). Cette suspension provisoire a pour but de figer le rayonnement non ionisant autorisé dans l’environnement tel qu’il existait à cette date, et répond en cela aux préoccupations exprimées».

Une loi plus ferme depuis le 4 juillet

Les antennes sont soumises à la loi sur les autorisations de construire. Avant la décision du moratoire, elle s’appliquait aux nouvelles antennes ou aux sites actuels qui subissent des modifications importantes: «En cas de modification mineure, note-t-elle, il n’y avait pas d’obligation pour les opérateurs de déposer une demande d’autorisation de construire. Ces changements mineurs, sans impact sur le rayonnement non ionisant autorisé dans l’environnement, ont permis aux opérateurs d’afficher plusieurs antennes fonctionnant en 5G sur Genève».

Mais le canton a durci le ton. Le 27 février 2020, son Grand Conseil a voté une modification de la loi sur les constructions, «qui obligent désormais les opérateurs à déposer une demande d’autorisation de construire également pour tous ces changements mineurs, y compris les changements de logiciels». Cette loi est entrée en vigueur le 4 juillet dernier et elle fait l’objet d’un recours par les opérateurs qui doit être tranché par la justice.

Les opérateurs n’ont pas chômé avant cette date: entre le 1er janvier et le 4 juillet 2020, ils ont déposé 214 demandes de modification sur les antennes existantes pour des modifications mineures sur des sites autorisés. Enfin certains sites avaient des autorisations de construire avant le moratoire d’avril 2019 et les opérateurs ont pu les faire valoir.

Cela dit, Lucie Baillon précise que l’usage de la 5G «dépend aussi de la façon dont les téléphones sont équipés pour décoder le signal 5G. C’est la technologie du téléphone récepteur qui est déterminante. Une région peut avoir beaucoup d’antennes activées, mais s’il n’y a pas de téléphones qui les utilisent, le rayonnement est nettement diminué». Et pour l’instant, encore très peu d’utilisateurs ont des appareils décodant la 5G. «On ne peut pas mettre à jour son appareil pour la 5G, il faut en acquérir un adapté à cette technologie», précise-t-elle. Sur le marché, on trouve aujourd’hui une dizaine de modèles pour des prix autour de 1000 francs et plus selon les performances, ainsi qu’une majoration d’environ 10 francs par mois pour l’abonnement.

Vaud: prudence, prudence…

Dans le canton de Vaud, le moratoire sur les antennes 5G se veut un peu moins sévère qu’à Genève. Les modifications mineures d’installations existantes qui n’induisaient pas d’augmentation du rayonnement dans les lieux à utilisation sensible sont autorisées. Mais «les communes sont encouragées à mettre ces cas à l’enquête publique», explique Marco Danesi, porte-parole de la Direction générale de l’environnement. Par lieu sensible, on entend les logements, les places de travail, les écoles ou encore les crèches. Sont autorisés aussi des transferts de puissance sur les mêmes bandes de fréquence pour des installations existantes. Par contre, les nouvelles installations et les modifications notables d’installation existantes sont actuellement «mises entre parenthèses». Le canton poursuit des discussions au niveau de la Confédération sur cette problématique et tient à «maintenir le dialogue ouvert avec les opérateurs».


Cinq initiatives pour contrer la 5G

Depuis l’année dernière, cinq initiatives populaires ont été lancées en Suisse pour contrer la 5G. Dans un rapport sur la question, le think thank Avenir Suisse constate à regret: «Le pays n’avait encore jamais vu autant d’initiatives en compétition pour faire obstacle à une nouvelle technologie». Ces initiatives, qui sont en cours de récolte de signatures, ont des objectifs divers: une téléphonie mobile respectueuse de la santé et économe en énergie, la responsabilité civile des opérateurs, l’interdiction ou le moratoire sur certaines ondes, la réduction de l’exposition de la population aux rayonnements ou enfin l’instauration d’une forme d’autonomie communale en matière de téléphonie mobile.

La population devant le fait accompli?

Alors que le monde politique semble anesthésié par cette résistance à la 5G, les opérateurs continuent d’activer leurs antennes. Cherchent-ils à mettre la population devant le fait accompli? Christian Neuhaus conteste: «L’attribution des licences est assortie d’une obligation d’utilisation, donc de couverture. Ce qui est plus important, c’est que nous construisons aujourd’hui les réseaux pour demain. La consommation de données de nos clientes et clients monte à pic. Au cours des sept dernières années, le volume de données a été multiplié par 40. Notre mission est de nous assurer que, l’année prochaine et la suivante aussi, le réseau et, partant, la société et l’économie continueront à tourner. Et que des parties de la Suisse ne se retrouveront pas subitement coincées dans un embouteillage sur le réseau mobile».

Salt: moratoires contraires au droit fédéral

Dans ce contexte, l’opérateur Salt, lui, se fait plus discret. Son service de presse précise qu’il est en train de déployer son réseau 5G: «Les tests sont en cours de finalisation et le lancement aura lieu dans un avenir proche». Salt est toutefois déterminé à relever le défi: «Nous avons acheté ces fréquences lors de la vente aux enchères en 2019 et il n’y a pas d’effet suspensif provenant d’initiatives dont l’issue est incertaine. La loi en vigueur doit être respectée jusqu’à ce qu’elle soit adaptée. Par ailleurs, les moratoires dans les cantons mentionnés sont contraires au droit fédéral».

La numérisation en danger?

Chez Sunrise, le CEO André Krause regrette que les opérateurs soient freinés: «Avec sa dernière décision de ne pas modifier les valeurs limites pour les rayonnements non ionisants et le retard des directives d’exécution pour la manipulation des antennes adaptatives, le Conseil fédéral continue de compliquer le déploiement de la 5G. Cette décision aura pour effet d’empirer la qualité des réseaux suisses et de mettre la numérisation en danger.» Même son de cloche chez Christian Neuhaus: «Le régime environnemental plus strict qu’ailleurs qui s’applique en Suisse empêche un déploiement plus rapide de la version complète de la 5G».

Aujourd’hui, avec ses 3000 antennes activées, le réseau 5G en Suisse est encore loin du compte. D’après le rapport de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), comme les ondes de la 5G ont une portée plus limitée, il sera nécessaire de construire environ 26 500 nouvelles antennes pour obtenir une couverture similaire à la 4G. De quoi tisser et alimenter un débat passionné et passionnant.

Selon la carte de l’OFCOM, la couverture actuelle de la 5G en Suisse.

Selon la carte de l’OFCOM, la couverture actuelle de la 5G en Suisse.

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