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SantéPrès de neuf noyades sur dix pourraient être évitées

Durant l'été, les morts se sont succédé dans les rivières et les fleuves suisses

par
Benoît Perrier. Avec la collaboration de www.planetesante.ch

Une plate-forme amarrée au large secouée par des basses electro, un homme qui faisait, selon des témoins, la fête depuis trois jours, sans doute sous l'emprise de l'alcool. Le 18 août dernier aux Bains des Pâquis, à Genève, le résultat de cette addition a été une noyade. Selon l'OMS, les noyades représentent chaque année dans le monde 0,7% des décès par traumatisme. On estime par ailleurs que six noyades sur dix ont lieu à moins de trois mètres d'un refuge. En eaux vives (lac ou rivière), la majorité de ces accidents est le fruit d'une imprudence.

«Une noyade est un processus qui conduit à l'immersion des voies respiratoires, ce qui provoque une asphyxie», explique le Dr Marc Niquille, médecin adjoint responsable de la Brigade sanitaire cantonale à Genève, avant d'ajouter qu'elle est souvent la conséquence, chez les adultes, d'une «sous-évaluation des risques». Du côté des sauveteurs, Jean-Daniel Bossy, chef des plongeurs de la Police de la navigation à Genève, explique que les causes principales des accidents sont «la méconnaissance du site et le fait, s'il s'agit d'une rivière, de lutter contre le courant plutôt que de travailler avec lui». Car, reprend le Dr Marc Niquille, les noyades sont fréquemment provoquées par l'épuisement, et pas seulement à cause de la natation elle-même. «L'énergie consommée par un corps plongé dans l'eau est très importante, même si celle-ci est à 28 degrés, souligne-t-il. Du coup, nager plus de quinze minutes est déjà long pour une personne non entraînée.» Or les nageurs – en particulier les hommes entre 15 et 30 ans – ont tendance à ne pas prendre en compte cette dépense d'énergie accrue et à surestimer leurs capacités. Car contrairement aux baignades en piscine, se baigner dans un courant est particulièrement traître. Avant de nager dans une rivière, il faut «l'analyser», explique Jean-Daniel Bossy: observer les courants et déterminer les lieux où il est possible de sortir. Si on ne connaît pas le terrain ou si on ne sait pas déterminer les dangers, mieux vaut s'abstenir. Mais prendre les meilleures précautions n'exclut pas à coup sûr une défaillance. C'est pourquoi, rappellent les sauveteurs, le premier commandement est de ne jamais nager seul.

L'alcool souvent en cause

L'épuisement et la méconnaissance du terrain pourraient cependant n'être que les arbres qui cachent la forêt. Des examens ont révélé que sur trois victimes de noyades (mortelles ou non), deux avaient absorbé de l'alcool avant de se baigner, explique le docteur Niquille, même si d'autres études modèrent ce chiffre à une sur trois. Si bien que les spécialistes de la prévention recommandent sans réserve de «ne jamais se baigner après avoir bu». Il n'existe pourtant pas de lien absolu, détaille le médecin: l'alcool ne tuera pas toute personne qui se baigne, mais il augmente significativement le risque de se noyer.

Deux raisons sont avancées. La première est psychologique: l'alcool perturbe l'appréciation des risques et conduit à des actions hasardeuses qui n'auraient pas été entreprises à jeun. La seconde est physiologique: l'alcool a un effet vasodilatateur. Il «ouvre» les vaisseaux sanguins, ce qui favorise la perte de chaleur et un éventuel choc thermique. Le phénomène est amplifié quand il est associé à un repas lourd: une partie du flux sanguin est dirigée vers les organes de la digestion, et cela affaiblit la lutte contre le froid et la capacité de nager.

Quand le froid s'en mêle

La différence entre la chaleur à la surface de la peau et la température de l'eau – choc termique – est une autre cause fréquente de noyade. Lors d'une immersion subite dans de l'eau froide (moins de 25 degrés), le corps subit une brusque surcharge du travail cardiaque et les muscles qui servent à respirer prennent le dessus sur ceux utilisés pour nager. Incapable de se maintenir à la surface, l'individu peut couler à pic. Plus cet écart de température est élevé, plus s'accroît le risque de choc thermique. Il faut donc entrer progressivement dans l'eau, surtout après avoir lézardé au soleil. Par ailleurs, si l'on peut se baigner sans danger après avoir mangé modérément, il est recommandé d'attendre quelques heures après un repas gras et arrosé. Que faire lorsqu'on est témoin d'une noyade? Appeler les secours (144) et essayer de sortir la victime de l'eau. Attention, rappelle Jean-Daniel Bossy, si l'on n'est pas absolument sûr de ses capacités, mieux vaut rester soi-même au sec pour éviter de causer deux noyades. Un bon réflexe est alors de tenter de guider la victime vers le bord si elle peut encore nager ou de lui tendre une perche pour la ramener vers le bord. Si la personne est emportée par le courant, il faut la suivre depuis la rive tout en restant en contact avec les secours.

Des décès évitables

Si, une fois sortie de l'eau, la victime ne donne pas de signe de vie ou respire anormalement, voire pas du tout, il faut commencer des compressions thoraciques (deux par seconde au milieu du thorax) jusqu'à l'arrivée des secours. Si elle est consciente et répond, la placer en position latérale de sécurité (sur le côté, bouche tournée vers le bas, tête légèrement inclinée vers l'arrière).

En résumé, une grande prudence s'impose pour la baignade, spécialement en dehors des piscines – il existe des formations de baignades en eaux vives. Selon les spécialistes, plus de 85% noyades pourraient être évitées grâce à ces mesures de prévention.

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