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footPrésidence de la Fifa: Platini, un destin contrarié (PAPIER D'ANGLE)

Par Philippe GRELARD

Paris, 8 oct 2015 (AFP) - Petit-fils de modestes immigrés italiens devenu triple Ballon d'Or, puis patron de l'UEFA, il avait tout pour être le patron du foot mondial.

Mais le destin de Michel Platini est désormais contrarié par sa suspension de 90 jours prononcée par la commission d'éthique de la Fifa.

Un boulevard se dessinait devant lui pour succéder à Joseph Blatter, président démissionnaire de la Fédération internationale. Mais sa suspension change la perspective. Pendant cette sanction, le Français de 60 ans ne peut exercer aucune activité liée au foot au niveau national ou international.

L'instance disciplinaire de la Fifa a réagi à son audition fin septembre par la justice suisse "en qualité de personne appelée à donner des renseignements" (c'est-à-dire témoin assisté) au sujet des 2 M CHF (1,8 M EUR) perçus de la part de Blatter (entendu lui comme prévenu).

Selon la justice suisse, ce paiement au bénéfice de l'ex-triple Ballon d'Or, effectué en février 2011, s'est fait "au préjudice de la Fifa, prétendument pour des travaux effectués entre janvier 1999 et juin 2002". Et voilà comment un nouvel épisode des relations entre Platini et Blatter, son ex-mentor devenu ennemi intime, a conduit à la suspension de ces deux patrons du foot mondial pour la même durée, le même jour ce jeudi.

Platini s'était expliqué en exclusivité auprès de l'AFP le 29 septembre: "M. Blatter m'avait informé au début de mon travail de conseiller (1998-2002) qu'il ne serait pas possible de payer l'intégralité de mes émoluments immédiatement, notamment à cause de la situation financière de la Fifa à ce moment. N'ayant jamais douté que ce qui m'était dû me serait versé en temps opportun, je n'ai pas cherché à obtenir ce paiement rapidement et j'ai quelque peu laissé de côté cet aspect des choses, pour finalement demander à la Fifa le solde de ma rémunération en 2011."

Pour l'heure, la candidature de l'ancienne star de la Juventus n'est pas encore morte. Le stratège révélé à Nancy a d'ailleurs fait déposer ce jeudi matin ses parrainages nécessaires pour être candidat le 26 février, date de l'élection. Et sa candidature "n'est pas automatiquement écartée, la commission électorale décidera", a en effet précisé la commission d'éthique, interrogée par l'AFP.

Le Français, qui peut théoriquement contester sa suspension devant la commission de recours de la Fifa puis devant le Tribunal arbitral du sport, devra en tout état de cause surmonter un autre obstacle: celui de la commission électorale de la Fifa, qui a le pouvoir de déclarer inéligible un candidat en vertu de plusieurs critères, dont celui de l'intégrité.

Or quelle commission mène cette enquête d'intégrité ? La commission d'éthique, qui vient de le suspendre. "D'un point de vue légal, Platini peut encore se présenter, confirme une source proche de la Fifa. Mais il doit passer le test d'intégrité de la Commission d'éthique gérée par ceux qui viennent de le suspendre..."

Comme le meneur de jeu qu'il était sur le terrain, Platini avait anticipé sa suspension jeudi, dévoilant sa ligne de défense dans un communiqué transmis quelques minutes avant l'annonce de la sanction.

L'ex-astre des Verts accuse "une source officielle de la Fifa" d'être à l'origine d'une "fuite délibérée" dans la presse mercredi sur une recommandation de suspension à son encontre de 90 jours, pour nuire à son image.

En clair, si un membre du comité d'éthique a parlé à la presse, il a enfreint le code d'éthique qui interdit ce genre de publicité avant officialisation de la sanction. Platini, soulignant sa "disposition à collaborer dans le respect des règles de procédure les plus strictes", accuse ainsi: "La Fifa les a quant à elle clairement bafouées".

Cela suffira-t-il à sauver sa candidature ? Jusqu'ici son parcours était incroyable. Joueur, il a élevé le coup franc au rang d'art. Avec à la clé un Euro-1984 gagné en France, auquel son nom reste indissolublement attaché.

Taxé de "romantique" par ses détracteurs quand il a pris la tête de l'UEFA en 2007, Platini s'était imposé en homme d'action: élimination du G14, ce syndicat des clubs riches aux velléités de ligue fermée, ouverture de la Ligue des champions aux petites nations, instauration du fair-play financier, ce frein à l'endettement des formations européennes.

Et maintenant ? Platini va jouer sur un autre terrain: "Il reviendra à une justice sereine, indépendante et impartiale de faire la lumière sur les faits qui ont valu à la commission d'éthique de la Fifa d'ouvrir une procédure d'instruction".

pgr/nip/pyv

(AFP)

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