18.10.2020 à 21:50

ÉlectionsLuis Arce donné gagnant de la présidentielle en Bolivie

Dauphin d’Evo Morales, Luis Arce récolterait dès le premier tour 52,4% des voix, selon un sondage de sortie des urnes diffusé par une chaîne privée.

Image d’illustration.

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AFP

Luis Arce, le candidat de la gauche et dauphin de l’ancien chef de l’État Evo Morales, a remporté dimanche la présidentielle en Bolivie dès le premier tour avec 52,4% des voix, selon un sondage de sortie des urnes diffusé par la chaîne privée Unitel. L’ancien ministre de l’Économie devance de plus de 20 points son principal rival, le centriste Carlos Mesa (31,5% des voix), et assure le retour au pouvoir du Mouvement vers le socialisme (MAS) après la démission en novembre 2019 d’Evo Morales, accusé par l’opposition de fraude électorale.

L’autorité électorale en Bolivie a appelé dimanche soir les électeurs à la «patience» face à l’extrême lenteur de la divulgation des résultats de l’élection présidentielle, un scrutin qui s’est déroulé dans le calme après une année de grave crise politique.

«Pour une élection tant délicate pour le futur du pays, nous devons privilégier la certitude concernant les résultats électoraux», a déclaré le président du Tribunal suprême électoral (TSE), Salvador Romero, lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision. Tout en saluant la bonne tenue du scrutin, «une journée réussie pour la démocratie bolivienne», Salvador Romero a rappelé «que le décompte officiel se fait avec l’arrivée des procès-verbaux» dans les tribunaux électoraux départementaux et que «cela prend du temps».

«Ne pas provoquer de violences»

À 23H00 locales (05H00 en Suisse), plus de cinq heures après la fermeture des bureaux de vote, les résultats étaient connus pour à peine 1,7% d’entre eux. Auparavant, la présidente par intérim, Jeanine Añez, avait déjà demandé aux électeurs de faire preuve de «patience» et de «ne pas provoquer de violences», assurant que les résultats seraient «crédibles». Le gouvernement avait indiqué plus tôt que le scrutin s’était déroulé «dans la tranquillité dans tout le pays», mis à part quelques incidents isolés.

La lenteur de la diffusion des résultats résulte de la décision samedi du tribunal électoral de ne pas utiliser un décompte rapide via des photos des procès-verbaux envoyées depuis les bureaux de vote permettant d’avoir des résultats préliminaires, mais de privilégier un décompte manuel complet dans les centres départementaux, pour éviter les tensions. Le président du TSE a toutefois indiqué dans son allocution que les médias étaient autorisés à diffuser des sondages à la sortie des urnes, ce qui n’avait pas encore été fait.

Le protocole sanitaire lié à la pandémie de coronavirus, imposant notamment une distanciation physique, a néanmoins ralenti le processus de vote, certains électeurs ayant dû parfois patienter plus de deux heures pour accomplir leur devoir de citoyen, selon un journaliste de l’AFP.

Arce et Mesa favoris

Pour la première fois depuis 20 ans, Evo Morales (2006-2019), emblématique dirigeant de la gauche sud-américaine, n’est pas candidat à la présidence. Le 10 novembre 2019, il avait démissionné en pleine crise politique, accusé de fraude par l’opposition, alors qu’il briguait un quatrième mandat. Son dauphin et ex-ministre de l’Économie, Luis Arce, 57 ans, candidat pour le Mouvement vers le socialisme (MAS), et son principal rival, l’ex-président centriste Carlos Mesa, 67 ans, sont les favoris parmi six candidats.

Cependant les résultats ne devraient pas être connus rapidement: le tribunal électoral a fait savoir samedi que, pour éviter de générer des tensions, aucun résultat préliminaire ne serait divulgué. «Nous n’aurons pas le résultat officiel et final dimanche soir. Nous allons nous donner quelques heures de plus, et il est important que les citoyens fassent preuve de patience car le résultat sera fiable, quoique un peu plus lent», a justifié son président, Salvador Romero.

Cette suspension de dernière minute «n’est pas très judicieuse» car «cela pourrait générer des doutes» sur les résultats, a estimé Luis Arce, après avoir voté dans une école de La Paz. «Ce n’est pas idéal, mais nous comprenons que (le tribunal électoral) a choisi cette voie pour garantir la sûreté absolue du vote et surtout le décompte officiel» des voix, a réagi Carlos Mesa, qui a voté un quartier résidentiel de la capitale.

Second tour en vue

Selon les derniers sondages, Luis Arce arrive en tête des intentions de vote au premier tour, mais ne devrait pas échapper à un second tour, prévu le 29 novembre.

Quelque 7,3 millions de Boliviens sont appelés à élire leur président, mais aussi leur vice-président, et à renouveler l’ensemble du Parlement, actuellement dominé par le MAS. De nombreux Boliviens craignent toutefois une répétition des violences qui avaient fait 36 morts l’an dernier. Ils se sont rués ces derniers jours dans les commerces pour s’approvisionner en nourriture, gaz et essence. «Je ne sais vraiment pas ce qu’il va se passer, j’ai peur que cela soit encore pire», a confié à l’AFP Virginia Luna, 41 ans.

«Ces élections ouvrent un nouveau cycle pour l’histoire politique du pays, la fin du cycle de gouvernement d’Evo Morales et de la crise politique», estime le politologue Carlos Cordero, de l’Université Mayor de San Andrés (UMSA).

De facto, ce scrutin mettra fin au gouvernement intérimaire dirigé par la conservatrice Jeanine Áñez. Elle a retiré sa candidature face aux fortes critiques sur sa gestion de la pandémie, qui a fait plus de 8400 morts dans ce pays de 11 millions d’habitants.

Observateurs

Pour assurer la transparence du scrutin, la composition du tribunal électoral a été renouvelée. Des observateurs ont été dépêchés par l’Organisation des États américains (OEA), l’Union européenne, l’Union des organisations électorales d’Amérique (UNIORE) et la Fondation Carter. L’ONU, l’UE et l’Église catholique ont appelé à un vote «pacifique» et au respect des résultats.

Depuis l’Argentine où il est réfugié, Evo Morales, qui ne pouvait pas se représenter, a lui-même lancé dimanche un appel pour que «le résultat des élections soit respecté par tous». «Il est très important que tous les Boliviens et tous les partis politiques attendent calmement que chaque vote (…) soit pris en compte», a déclaré Evo Morales. La Constitution déclare vainqueur au premier tour le candidat qui obtient la majorité absolue ou 40% des voix avec un avantage de 10 points sur le second. Sinon un second tour a lieu.

En 2019, le dépouillement avait été suspendu pendant plus de 20 heures. À sa reprise, Evo Morales avait été déclaré vainqueur dès le premier tour. L’opposition avait dénoncé des fraudes et des heurts avaient eu lieu entre partisans et détracteurs du MAS dans plusieurs villes du pays. Lâché par la police et l’armée, Evo Morales avait finalement démissionné, avant de fuir au Mexique puis en Argentine.

(AFP/NXP)

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