Bienne - Presque égorgé, il n’est pas indemnisé par la justice
Publié

BiennePresque égorgé, il n’est pas indemnisé par la justice

Son agresseur n’était pas radicalisé, mais schizophrène: comme le prévenu est sans argent, la victime n’obtient pas les 30 000 francs demandés.

par
Vincent Donzé
Une fine cicatrice derrière l’oreille droite témoigne de la sauvagerie de l’agresseur schizophrène.

Une fine cicatrice derrière l’oreille droite témoigne de la sauvagerie de l’agresseur schizophrène.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Poignardé par-derrière alors qu’il ressortait de la Migros avec deux litres de lait achetés pour une amie, Markus a été poignardé sans raison le 27 novembre 2019, à Bienne. Lacéré derrière une oreille, cet aîné jovial et robuste de 77 ans n’a pas perdu connaissance, «C’était rouge partout», confiait-il au matin.ch, six semaines après l’agression. Son agresseur albanais de 55 ans a été jugé par contumace, mais aucune indemnité ne sera versée à la victime.

Après avoir poignardé Markus, en lui laissant une balafre longue de 28 centimètres, l’agresseur s’était enfui à vélo jusqu’à la place Centrale, pour gesticuler, insulter et frapper le personnel et la clientèle du magasin Manor. Un acharnement retenu contre lui par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland, lequel a ordonné une mesure thérapeutique stationnaire dans une institution psychiatrique, selon le «Bieler Tagblatt».

Des démons

D’emblée, il était davantage question de démence que de radicalisation: «Aucun indice ne laisse présupposer un acte d’origine extrémiste», indiquait la police cantonale bernoise. L’agresseur qui voyait des démons a été chassé par des clients du restaurant Migros, qui ont balancé des chaises sur lui.

Plaqué au sol chez Manor par le service de sécurité, l’agresseur a été placé en détention préventive. Pendant sa détention, il a refusé les analyses comme les médicaments. Mercredi dernier, il a refusé de quitter sa cellule pour comparaître devant ses juges. Sa schizophrénie «clairement prononcée» au moment du crime est avérée, selon le psychiatre légiste cité comme expert.

L’agression s’était déroulée le 28 novembre 2019 à la Migros du quartier de la place de la Croix, à Bienne.

L’agression s’était déroulée le 28 novembre 2019 à la Migros du quartier de la place de la Croix, à Bienne.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Markus avait perdu une quantité non négligeable de sang. Hospitalisé à l’Hôpital de l’Île à Berne, il en était ressorti avec sur le cou une longue et fine cicatrice, réparée par 45 points de suture. En situation de léger handicap mental, il demandait une indemnité de 30 000 francs, qui lui a été refusée.

Selon le «Bieler Tagblatt», la présidente du tribunal a justifié ce refus par le fait que les auteurs incapables de discernement ne peuvent être condamnés à payer des indemnités que s’ils possèdent de l’argent ou des biens, ce qui n’est pas le cas du prévenu albanais.

Par Bellelay

Le parcours chaotique de l’immigré entré en Suisse avec ses parents en 1991 est passé par la clinique psychiatrique de Bellelay, dans le Jura bernois, alors qu’il ne parlait pas français. À sa sortie, désorienté, il n’a pas trouvé le chemin du retour et a passé deux jours à l’arrêt de bus…

«Je n’ai rien vu venir, lorsque la lame m’a coupé au cou en remontant vers une oreille», témoignait le rescapé placé en institution, dans un appartement protégé. «Je n’avais jamais vu mon agresseur auparavant», précisait-il. Lui en veut-il? «Non, je ne suis fâché contre personne. Je ne veux pas y penser. Ce qui m’importe, c’est oublier et aller de l’avant», a affirmé cet aîné plein d’entrain, amateur de trains électriques.

Votre opinion