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Assurance-maladiePrimes 2013: une année de répit

Hormis pour les jeunes adultes et les Jurassiens, les primes augmenteront peu l'an prochain. Mais les socialistes restent très critiques face au système.

par
Eric Felley

Pour sa première annonce de primes d'assurance-maladie, Alain Berset, le chef du Département fédéral de l'intérieur (DFI), a connu hier une conférence de presse très calme. Avec une moyenne à la hausse de 1,5% pour la prime adulte de base, l'année 2013 se présente comme une année de répit pour le budget des ménages. C'est un peu moins que l'augmentation 2012 de 2,2%. Si l'on tient compte des assurés qui ont des modèles avec franchise ou un médecin de famille, la hausse ne serait que de 1,2%, selon les calculs de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP).

15 francs de moins par enfant

Le Fribourgeois se permet le luxe d'annoncer une petite baisse de 1,4% pour les enfants. Par contre, les jeunes adultes voient leurs primes prendre de nouveau l'ascenseur de 2,9% (après une hausse de 4,4% en 2012). Si ces chiffres ne provoquent pas de contestation, ils ne suscitent pas non plus l'enthousiasme dans le camp du conseiller fédéral. Pour Jean-François Steiert (PS/FR), la baisse de la prime pour les enfants est insignifiante: «1,4% en moins sur une prime moyenne de 90 francs, cela fait 15 francs par an. Ce n'est pas cela qui va soulager les familles. Par contre, les augmentations pour les jeunes adultes entre 19 et 25 ans sont plus sensibles. Aujourd'hui, ils paient un milliard de plus qu'ils ne coûtent réellement. C'est la solidarité, mais cela charge énormément les familles avec des jeunes aux études.»

Si les jeunes adultes sont à ce point sollicités depuis deux ans, c'est que, de «bons risques», ils ont passé au statut de «mauvais risques» à cause de la compensation des risques entre les caisses. Au point que l'OFSP constate: «Les coûts de ce groupe d'assurés correspondent pour l'assureur à ceux des adultes. Plusieurs assureurs ont donc abaissé les rabais qu'ils leur octroyaient.»

«Jeunes adultes pris au piège»

C'est justement ce type d'opération qui fait bondir le conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS), président de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS): «Les jeunes adultes sont aujourd'hui pris au piège du dumping fait par les caisses pour les attirer. D'une manière générale, ces chiffres sont du bluff et les problèmes systémiques demeurent.»

Le Valaisan a fait ses calculs visant à démontrer l'incohérence actuelle: «A Genève, selon les assureurs, la prime adulte la plus basse est de 359 francs et la plus haute 572 francs, soit une différence de 59%! Dans le canton de Vaud, elle est de 57% et en Valais de 47%. Cela crée de vrais problèmes d'inégalités chez les assurés. On constate par ailleurs que le Jura est augmenté cette fois de 3,2%, soit le double de la moyenne nationale, sans explication.»

Le ministre jurassien de la Santé, Michel Thentz, en a une et il est fâché: «Nous avons souffert de la débâcle du problème de la caisse EGK et de la fuite de ses assurés. Sans ce problème, on serait à 1,7% d'augmentation. Ce système où les assurés passent d'une caisse à l'autre n'est plus crédible. De plus, les chiffres des assureurs ne correspondent pas à ceux de l'OFSP. Encore une fois, cette situation plaide en faveur de la caisse unique et de plus de transparence.»

La caisse unique en 2015

La caisse unique, Alain Berset est bien obligé d'y penser. L'initiative a été déposée en mai dernier: «Le Conseil fédéral a une année pour préparer son message, explique-t-il, puis elle passera devant les Chambres. Au plus tôt, le peuple votera en 2015. Je souhaite que l'on profite de cette occasion pour une réflexion sur le fond. C'est l'occasion de faire un travail sérieux et argumenté.» D'ici là, il veut améliorer le système actuel: «Le système de primes doit être plus compréhensible et transparent. Aujourd'hui, la LAMal génère 287 000 primes différentes possibles. Cette situation crée de la bureaucratie et on doit absolument la simplifier.»

Voilà pour les primes. Restent les coûts. En 2013, ils devraient augmenter de 2,8%. Alain Berset veut que la Confédération puisse réguler d'une certaine façon le secteur ambulatoire (20% de la facture globale), dont les coûts augmentent plus rapidement que le stationnaire. Il veut également un retour à une politique dans l'installation des nouveaux cabinets de médecins.

«Laissez-moi gouverner!»

Enfin, le chef du DFI entend continuer à agir sur le prix des médicaments: 240 millions de francs d'économie en 2013, 480 millions en 2014 et 720 millions en 2015. Mais, le matin même, la droite du Conseil national a voté une motion qui réduit sa marge de manœuvre face aux groupes pharmaceutiques qui n'apprécient pas sa politique de baisse. Dès lors, le combat s'annonce rude pour le ministre socialiste, qui a plaidé en vain devant la Chambre du peuple: «Laissez-moi gouverner!»

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