Portrait - Priya Ragu: «Les artistes suisses peuvent percer à l’international»
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PortraitPriya Ragu: «Les artistes suisses peuvent percer à l’international»

La Saint-Galloise a donné jeudi son premier concert au Montreux Jazz Festival. Elle a déjà conquis la Grande-Bretagne avec sa musique qui mélange hip-hop et sonorités de son pays d’origine, le Sri Lanka.

par
Fabio Dell'Anna
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Priya Ragu a joué sur la Scène du Lac et a donné un showcase dans le Grand Hall le 8 juillet dernier.

Priya Ragu a joué sur la Scène du Lac et a donné un showcase dans le Grand Hall le 8 juillet dernier.

Montreux Jazz
 Priya Ragu entourée de ses deux choristes sur la Scène du Lac au Montreux Jazz Festival.

Priya Ragu entourée de ses deux choristes sur la Scène du Lac au Montreux Jazz Festival.

Sébastien Anex
Priya Ragu a dévoilé en primeur son nouveau single «Kamali» au public du Montreux Jazz.

Priya Ragu a dévoilé en primeur son nouveau single «Kamali» au public du Montreux Jazz.

Sébastien Anex

Le R’n’B a rarement été aussi savoureux. Priya Ragu arrive de Saint-Gall et nous a servi un concert délicieux, jeudi 8 juillet sur la Scène du Lac au Montreux Jazz. Pendant quarante minutes, la chanteuse de 35 ans a présenté ses titres mêlant hip-hop et sonorités de son pays d’origine, le Sri Lanka. «Ce style est arrivé très naturellement. Au départ, je faisais du R’n’B très années 90. Mon frère m’a fait écouter un beat indien et on a mélangé les deux mondes. Je me demandais si ça plairait aux radios d’ici vu que je chante parfois en tamoul et on entend aussi des mantras», nous explique Priya Ragu. Et ça plaît.

Jeudi, heureuse d’être à Montreux, elle a décidé d’offrir un cadeau au public en interprétant pour la première fois sa dernière chanson, «Kamali». Derrière les machines, son grand frère, Japhna Gold, est venu sur le devant de la scène pour raper le couplet. Le concert a alors pris une dimension festive, avec des spectateurs qui resteront debout jusqu’à sa fin. En tout, elle aura chanté six titres dont le fameux «Good love 2.0». «Je ne serai pas ici sans ce morceau», confie-t-elle.

Plus qu’un single, il s’agit d’un véritable tube sorti l’automne dernier. En effet, ce titre accompagne même les joueurs du jeu vidéo de football «FIFA 21» au moment de composer leur équipe virtuelle. De quoi projeter la Suissesse de 35 ans jusqu’alors inconnue vers les hautes sphères de l’industrie musicale, avec la signature d’un contrat chez Warner Angleterre. Le «New York Times» la repère aussi et en fait l’un de ses coups de cœur. «Toutes les portes se sont ouvertes en même temps. J’ai eu de la chance. Je me souviens que mon manager m’a appelé pour me dire que le «New York Times» m’avait mentionnée. J’ai crié: «Quoi?!» Je me faisais les ongles à Zurich et soudainement cette bombe m’a fait comprendre que les choses devenaient sérieuses.»

Pourtant, elle n’a jamais songé qu’elle pourrait faire de sa passion son métier, même si la musique a toujours fait partie de sa vie. Elle a 8 ans à peine lorsqu’elle chante dans le groupe de son père. Ils animent alors des mariages au sein de la communauté sri lankaise suisse. Privée de fêtes durant l’adolescence, elle s’enferme dans sa chambre et écoute énormément Alicia Keys ou Brandy. Un jour, son frère, membre d’un groupe de rap local, lui demande de le rejoindre sur scène. Alerté par un passage dans son journal intime, son papa lui interdit de s’y rendre. Elle comprend la décision et s’y plie. «Mes parents sont partis de rien. Ils ont multiplié les jobs dans un pays où ils ne connaissaient personne et ne parlaient pas la langue. Ça demande beaucoup de courage. Je peux concevoir qu’ils me voyaient poursuivre une autre carrière», explique-t-elle. Priya Ragu termine un diplôme en comptabilité et commence à travailler chez Swiss en aéronautique.

Elle part à New York sans le dire à ses parents

«Mon job était sympa. Mais je pensais constamment à la musique et j’ai eu plusieurs conversations avec des gens qui me répétaient: «C’est impossible de percer en tant qu’artiste suisse.» Challenging peut-être, mais impossible non. Nous n’avons pas beaucoup d’exemples à donner, mais j’ai voulu me prouver que je pouvais le faire.» Elle quitte son travail, s’envole pour New York en prétextant un voyage d’affaires à ses parents et commence à composer ses propres chansons.

Malgré les kilomètres qui les séparent, Priya Ragu écrit à son frère pour l’aider à se développer artistiquement. Via des messages audio, son style s’affine. Il rappelle parfois un peu M.I.A., avec qui elle rêve de collaborer. Les premiers sons voient le jour. Elle revient en Suisse, plus précisément à Zurich et continue de composer. Soudainement le succès est venu. Le duo part tourner le clip du morceau «Lighthouse» en Inde en 2019. Un ami, qui travaillait auparavant pour VH1, recommande leur vidéo. Finalement, la chaîne de télévision la met immédiatement en rotation intensive. L’édition indienne du magazine «Rolling Stone» parle du morceau, la BBC prend le relais et le diffuse régulièrement. Non pas une mais vingt maisons de disques frappent à sa porte! La prochaine étape, pour Priya Ragu, c’est la sortie de son premier album en septembre prochain. «Aujourd’hui, j’ai toujours du mal à imaginer ce qui se passe», commente-t-elle.

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