06.10.2020 à 06:59

GrèceProcès d’Aube dorée: l’heure du jugement

Les nazis grecs vont connaître leur sort après un procès de sept ans pour le meurtre d’un rappeur.

Un homme marche à côté d’un logo de la croix gammée nazie lors d’un rassemblement antifasciste devant la Cour d’appel lors du témoignage de l’ancien député et chef du parti Golden Dawn Nikolaos Michaloliakos, le 6 novembre 2019.

Un homme marche à côté d’un logo de la croix gammée nazie lors d’un rassemblement antifasciste devant la Cour d’appel lors du témoignage de l’ancien député et chef du parti Golden Dawn Nikolaos Michaloliakos, le 6 novembre 2019.

AFP/archive

La Cour pénale d’Athènes doit prononcer mercredi, après un procès marathon, un verdict crucial pour la direction et des dizaines de membres du parti néonazi Aube dorée. La formation est accusée d’ «organisation criminelle» et du meurtre d’un rappeur il y a sept ans.

Militant de gauche, le musicien Pavlos Fyssas a été assassiné à l’arme blanche dans la nuit du 18 septembre 2013, à l’âge de 34 ans, devant un café de son quartier de Keratsini, une banlieue de l’ouest d’Athènes. Son assassin qui a avoué le meurtre, membre d’Aube dorée, risque la prison à vie.

Le choc provoqué par ce meurtre, dans une Grèce alors en pleine crise financière, a contraint les autorités à arrêter et à traduire en justice les dirigeants et de nombreux membres du parti. Jusqu’alors cette formation, responsable de nombreuses violences contre migrants et militants de gauche, bénéficiait d’une quasi-impunité.

Le premier ministre Kyriakos Mitsotakis a fustigé samedi dans un article de presse «le passage catastrophique de la formation nazie» dans la vie politique grecque, soulignant l’ «inertie» dont le monde politique a fait preuve devant «ce danger».

Impact au-delà de la Grèce

Niels Muiznieks, directeur en Europe d’Amnesty International, a estimé lundi que «l’impact du verdict de ce procès emblématique» dépasserait «largement les frontières de la Grèce». Il devrait signifier que «les crimes de haine ne seraient plus tolérés».

Composée de trois magistrats, la cour doit également se prononcer sur deux «tentatives d’homicide» impliquant des membres d’Aube dorée: l’une à l’encontre de pêcheurs égyptiens le 12 juin 2012, la seconde visant des membres du syndicat communiste PAME le 12 septembre 2013.

Soixante-huit personnes sont jugées. Une quarantaine d’anciens députés et membres du parti, dont le fondateur et chef d’Aube dorée Nikos Michaloliakos, sont accusés de «direction d’une organisation criminelle» ou d’ «appartenance» à une telle organisation. Ils encourent des peines allant de 5 à 15 ans de prison.

Les autres accusés sont poursuivis pour «appartenance à une organisation criminelle» et/ou pour d’autres chefs relatifs aux affaires jugées. Ce procès-fleuve a vu défiler 153 témoins, des dizaines d’avocats. Le volume du dossier s’élève à 1,5 téraoctet.

Le principal enjeu du verdict «est de savoir si la cour va condamner la direction et les membres du parti pour le crime de ‹constitution et/ou appartenance à une organisation criminelle», explique à l’AFP l’avocat des pêcheurs égyptiens.

En décembre 2019 la procureure a requis leur acquittement en déclarant que la preuve d’une «planification centrale des attaques» attribuées à Aube dorée n’avait pas été apportée et, donc, l’existence d’une «organisation criminelle» n’avait pas été prouvée.

L’opinion a suscité de vives critiques de juristes et d’une grande partie de la société grecque. «Il est juridiquement très difficile pour la cour d’éviter de qualifier ce parti d’organisation criminelle», a estimé Nikos Alivizatos, constitutionnaliste et professeur à l’université d’Athènes.

«Étape clé»

Petite formation depuis les années 1990, Aube dorée a été créée par Nikos Michaloliakos, 62 ans, négationniste et admirateur du national-socialisme. La crise financière de 2010 et la débâcle socio-politique ont profité à Aube dorée, dont certains de ses représentants sont élu en 2012, pour la première fois, au Parlement grec.

A l’époque, des groupes d’hommes en noir sillonnaient les rues d’Athènes, passant à tabac leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant «sang, honneur, Aube dorée».

«Au travers de photographies et de vidéos montrées lors du procès, il a été prouvé qu›Aube dorée a une structure strictement hiérarchique, entraînait ses membres au maniement des armes, avait des ‹milices d’assaut' et utilisait les symboles nazis», comme la svastika, rappelle Kostas Papadakis.

Le parti a progressivement perdu ses électeurs depuis l’arrestation de sa direction. Il renie désormais l’idéologie nazie. Aux dernières législatives de juillet 2019, Aube dorée n’a obtenu aucun député.

(ATS/NXP)

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