Justice: Procès de home-jacking: «Excuse-moi, madame»

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JusticeProcès de home-jacking: «Excuse-moi, madame»

Les quatre agresseurs d'une Russe comparaissent depuis hier matin devant une Cour criminelle, à Nyon (VD). Ils affirment avoir agi au hasard et stressé à cause d'elle.

par
Evelyne Emeri
Les accusés, encadrés par deux agents de transfert et sept policiers vaudois, ne sont pas des saints.

Les accusés, encadrés par deux agents de transfert et sept policiers vaudois, ne sont pas des saints.

Christian Bonzon

Il est 08 h 30. Une femme attend, appuyée contre le mur de l'entrée du Tribunal de Nyon. Rougis par les larmes, ses yeux débordent. Un fourgon carcéral se gare non loin. Elle attend son fils de 25 ans. Il est le premier des quatre coaccusés à descendre. «Bonjour, Maman», lui glisse-t-il sur le parvis. Scène de tendresse improbable, quelques minutes avant l'ouverture d'une audience criminelle à cinq juges. La maman baisse la tête, muette d'incompréhension. Et file.

Ils nient tout repérage

La transition est folle. Parce que ces quatre Kosovars, encadrés par deux agents de transfert et sept policiers vaudois, ne sont pas des saints. Leurs casiers sont chargés ici et ailleurs en Europe. Et le sera davantage d'ici la fin de cette semaine. Principalement prévenus de brigandage qualifié (vol avec violence et menace sur la vie) et de séquestration, le quatuor s'est, à des degrés variés, fourvoyé en répondant aux questions du président de céans, Daniel Stoll, et de la procureure, Elodie Bonjour.

Sur les échanges de SMS qui parlent de voitures pour commettre le cambriolage du 29 avril 2016 en plein après-midi à Mont-sur-Rolle (VD), la Cour aura droit à une soi-disant dette entre deux des quatre complices. Toujours s'agissant d'éventuels actes préparatoires, ils n'auraient fait aucun repérage et auraient agi au hasard. Le revolver? Un des comparses se l'est procuré «pas cher» pour tirer à un mariage, une tradition au Kosovo. Les gants en latex achetés à la Migros de Rolle? «Je pensais qu'on allait juste voler, réplique le conducteur du van «emprunté», Je ne savais rien des coffres-forts.» Sur le comment ils ont pénétré dans l'appartement où se trouvait Tatiana*, un vrai festival: par le garage souterrain, également en crochetant la porte de l'immeuble et enfin celle du logement.

Un bisou sur le front

Puis ces grands moments de solitude pour les accusés qui cherchent désespérément à faire croire qu'ils n'ont pas menacé la résidente russe avec un revolver, mais avec ce même tournevis. Et que, s'ils l'ont attachée au cadre du lit, ils n'ont eu de cesse de s'excuser. L'un d'eux lui aurait même fait un bisou sur le front. Mieux encore, c'est la victime de ce home-jacking qui les a tous effrayés et fait stresser parce qu'elle était chez elle! «Si elle avait crié, on aurait pris la fuite. C'était une situation incroyable.» Le monde à l'envers.

Tatiana, elle, répète pour la xième fois, et sans en changer, le déroulement de son agression («Le Matin» de samedi). La sonnerie, le pistolet - qu'elle décrit parfaitement - pointé dans sa direction, le moment où elle est maîtrisée, paralysée, rivée à son lit et sa requête que ses liens soient desserrés. Ce qui lui permettra de sauter par une fenêtre et de donner l'alerte. Un «Je leur suis reconnaissante d'avoir accepté», lâché par la quinquagénaire, force le respect. Elle qui se reconstruit depuis plus d'un an. Et qui a réellement cru qu'elle allait y passer.

En regardant leur proie droit dans les yeux, tour à tour, les agresseurs de la Moscovite ont martelé «Excuse-moi, Madame. J'ai la honte devant moi.»

Réquisitoire et plaidoiries ce matin.

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