09.12.2019 à 19:41

FranceProcès «exceptionnel» de 31 «gilets jaunes»

Le péage de Narbonne Sud avait été saccagé lors d'une manifestation de «gilets jaunes». Trois femmes et 28 hommes sont jugés pour les violences.

Le même péage avait été incendié deux semaines plus tard.

Le même péage avait été incendié deux semaines plus tard.

AFP

Les dérapages d'un «déchaînement» collectif et le «traumatisme» des gendarmes ont dominé lundi l'ouverture à Narbonne du procès de 31 prévenus. Ceux-ci sont jugés pour le saccage du péage de Narbonne Sud en marge de l'acte III du mouvement des «gilets jaunes» il y a un an.

«Exceptionnel», selon l'un des avocats de la défense, Me Stéphane Cabée, le procès devant le tribunal correctionnel doit durer dix jours, réunissant 35 avocats dont beaucoup commis d'office, et 48 parties civiles, en majorité des gendarmes et la société Vinci.

A la mesure d'«un phénomène exceptionnel au regard de la brutalité déployée» selon le Colonel Marc Gonnet, commandant du groupement de gendarmerie de l'Aude. Evacués avant le pillage et l'incendie de leurs locaux du peloton autoroutier, les militaires «ont assez mal vécu de devoir se retirer face à cette horde de barbares déchaînés», ajoute-t-il.

Saluant la «dignité» des militaires, qui ont choisi de se retirer «pour éviter un drame», le général Jean-Valéry Lettermann évoque un «traumatisme collectif» mais aussi «intime» pour chacun.

Effet de groupe

Avec quelque 200 manifestants sur place, «l'effet de groupe, certes a engendré un passage à l'acte, mais c'est aussi cet effet de groupe qui a fait que pour les gendarmes c'était une situation intenable» relève Me Sébastien Cauneille, qui représente une trentaine de gendarmes.

Diffusées à l'audience, des dizaines de vidéos - dont beaucoup postées sur les réseaux sociaux - montrent des manifestants céder, dans une ambiance de liesse, à la tentation du chaos, paradant avec des tenues des gendarmes volées, bombardant de projectiles incendiaires locaux et véhicules.

Tous nés entre les années 80 et 90, les trois femmes et 28 hommes présents - dont deux en détention provisoire - doivent répondre notamment de «violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique», «destruction volontaire de biens» et vols et recels.

Jugés «pour l'exemple»?

Présent au tribunal avec une dizaine de «gilets jaunes» pour soutenir les prévenus, Patrick Rensin, un ancien routier de 58 ans évoque un «effet de meute». «Qu'il y ait des sanctions c'est normal, mais je ne voudrais pas que ce procès finisse comme un procès politique», ajoute-t-il.

Un des avocats de la défense, Me Armand Adido, exprime la «crainte que les personnes impliquées soient jugées ou condamnées pour faire l'exemple».

Rejointe par tous ses collègues, une des avocates de la défense, Me Marion Blondeau, a pointé une «procédure hors norme» pour justifier une demande de nullité partielle. Elle dénonce des actes d'investigation menés après la clôture de l'instruction, sous les applaudissements d'une partie de la salle.

Peines variables

Les peines encourues sont très variables selon les prévenus, mais certains risquent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et des amendes de plusieurs milliers d'euros. Un 32e mis en cause, mineur, sera jugé séparément et ultérieurement.

Les violences, dans la nuit du 1er au 2 décembre, concluaient une journée tendue de manifestations de «gilets jaunes», notamment à Paris avec des scènes de guérilla urbaine autour des Champs-Élysées.

Le même péage, dans un département très frappé par le chômage et la pauvreté et une région de forte mobilisation des «gilets jaunes», avait été incendié deux semaines plus tard, également en marge d'une manifestation. Quatre hommes ont été condamnés pour ces faits à deux ans de prison dont douze mois avec sursis.

(ats)

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