80 morts en 2013: Procès-fleuve pour l’un des pires drames ferroviaires d’Espagne 

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80 morts en 2013 Procès-fleuve pour l’un des pires drames ferroviaires d’Espagne 

La justice espagnole va commencer ce mercredi à analyser les causes de l'accident de train de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, qui avait fait 80 morts.

Un procès-fleuve pour «réparer une douleur insupportable»: neuf ans après l’accident de train de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui a fait 80 morts en 2013, la justice espagnole va commencer mercredi à examiner les défaillances ayant conduit à ce terrible drame ferroviaire.

Prévu jusqu’au 10 février, ce procès va voir défiler durant quatre mois plus de 600 témoins, experts et survivants dans un centre culturel de cette ville de Galice (nord-ouest), exceptionnellement transformé en salle d’audience au vu du grand nombre de parties présentes. Notamment les familles des victimes. Maria Ángeles Prado a perdu sa fille de 21 ans et sa nièce dans l’accident. «Aujourd’hui, nous nous sentons fatigués, tristes et en colère, avec l’envie que ce cauchemar s’arrête. Nous voulons savoir enfin tout ce qui a dysfonctionné» a-t-elle confié à l’AFP avant l’audience. 

Vérité réclamée

Des débats attendus avec impatience par les familles des victimes, qui réclament depuis des années la «vérité» sur les circonstances et les responsabilités de cette catastrophe ferroviaire, la plus meurtrière en Espagne depuis 1944. Deux personnes ont été renvoyées devant le tribunal pour leur rôle dans ce déraillement: le conducteur du train, Francisco Garzon, et l’ancien directeur de la sécurité de l’Adif (le gestionnaire du réseau ferroviaire espagnol), Andrés Cortabitarte. 

Quatre ans de prison ont été requis par le parquet contre chacun des deux hommes, accusés d’«homicide résultant d’une grave négligence professionnelle». Le montant des dommages et intérêts réclamés par les victimes s’élève à près de 58 millions d'euros, selon le tribunal. 

Vitesse excessive

Le 24 juillet 2013 au soir, le train à grande vitesse Alvia 04155 en provenance de Madrid avait brutalement déraillé peu avant son arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle, avant de s’encastrer dans un mur d’enceinte situé à quatre kilomètres de la ville. Au total, 80 personnes avaient trouvé la mort dans l’accident, dont 68 Espagnols, deux Français, deux Italiens, deux Américains et plusieurs Latino-américains. Plus de 140 personnes avaient également été blessées, souvent gravement.

L’enquête avait rapidement mis en évidence une vitesse excessive: le train de la Renfe, compagnie de chemin de fer espagnole, roulait à 179 km/h lorsqu’il a déraillé, alors que la vitesse sur cette portion ferroviaire était limitée à 80 km/h. 

«Risque prévisible»

Le conducteur du train, qui se trouvait au téléphone avec le contrôleur du train juste avant l’accident, a fait preuve «d’imprudence» et de «négligence», ont ainsi estimé les magistrats. Cet homme, âgé de 52 ans au moment de l’accident, a demandé «pardon» aux victimes un an après le drame.

L’ancien responsable de l’Adif est lui mis en cause pour n’avoir pas réalisé d’étude de risques sur le virage concerné, dépourvu de systèmes de signalisation, d’alerte et de freinage automatique. «Il existait un risque prévisible» qui aurait dû être pris en compte, ont insisté les magistrats.

«Colère» et «indignation» 

Pour les familles des victimes, l’ouverture de ce procès est un soulagement. Mais la lenteur de la justice – qui n’avait inculpé dans un premier temps que le conducteur du train – et l’absence de responsables politiques sur les bancs des accusés sont vécues avec amertume.

«Enfin il va y avoir un procès mais nous ressentons de la douleur, de la colère et de l’indignation face à l’attitude des institutions», a assuré mardi sur la radio locale, Radio Galega, Jesus Domínguez de l’association de victimes Alvia 04155, en regrettant que «seul le conducteur» ait «demandé pardon».

L’association dénonce depuis plusieurs années les «manquements» de l’Etat et la «lenteur» de la justice espagnole, accusée d’avoir laissé de côté la question des responsabilités politiques dans l’accident. Elle accuse notamment l’ancienne ministre de l’Équipement et des Transports Ana Pastor, membre du Parti populaire (droite), d’avoir fait pression sur Bruxelles pour empêcher la publication d’un rapport critique vis-à-vis de Madrid. 

«Nous avons un sentiment doux-amer car ce procès arrive près de 10 ans» après les faits et donc trop tard «pour certaines personnes, qui sont depuis malheureusement décédées», a aussi regretté Jesus Domínguez, jugeant difficile dans ces conditions de «tourner la page».

«Éviter que ça ne se reproduise»

«Personne ne va me rendre ma fille, mais je vais continuer de lutter jusqu’à connaître la vérité», a promis de son côté dans une lettre publiée sur internet, Asuncion Ferreiro, mère de l’une des victimes, Laura, décédée à l’âge de 21 ans. «Il faut éviter qu’un drame de cette ampleur ne se reproduise», a-t-elle ajouté, disant vouloir mener ce combat «pour toutes les familles qui, après presque 10 ans, attendent toujours une vérité qui puisse réparer la douleur insupportable» née de cette tragédie.

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(AFP)

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