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ValaisProvins ou le crépuscule d'une coopérative «too big to fail»

La coopérative Provins en Valais, la plus grande cave de Suisse, est au bord du collapse. Les vignerons impayés appellent au secours avant de faire faillite. Un d'entre eux a connu une fin tragique.

par
lematin.ch
La Fédération des caves coopératives valaisannes a été fondée en 1930 avant de s'appeler Provins en 1937. A l'époque, des problèmes d'écoulement de la production valaisanne étaient déjà à l'origine de sa création.

La Fédération des caves coopératives valaisannes a été fondée en 1930 avant de s'appeler Provins en 1937. A l'époque, des problèmes d'écoulement de la production valaisanne étaient déjà à l'origine de sa création.

Olivier Maire, Keystone

«Nous a quittés brutalement le mardi 25 février.» C'est par cette précision laconique que la famille d'un vigneron d'Ardon, a signalé dans «Le Nouvelliste» le décès d'un homme, qui laisse trois enfants à charge et des familles en deuil. Dans les milieux viti-vinicoles de la région, ils se dit qu'il a mis fin à ses jours, parce qu'il avait des problèmes financiers, notamment en lien avec les retards de paiement de ses vendanges par la cave Provins.

Les derniers biens en gage

Certes, un suicide a des causes multiples, mais le monde paysan est touché par cette histoire tragique. Le quotidien valaisan relate ce mardi la situation alarmante de quatre autres vignerons professionnels, qui connaissaient le vigneron décédé avec qui ils cherchaient des solutions pour faire survivre leurs exploitations. Ils se retrouvent, eux, avec 1,7 million de francs d'arriérés. La coopérative a versé seulement la semaine dernière le solde de la vendange 2018 (avec une retenue de 10%) et a commencé à payer celle de 2019 avec un premier acompte de 20 centimes par kilo. Pour cela, Provins a dû mettre en gage ces« derniers biens immobiliers», ce qui n'est guère bon signe.

3200 sociétaires

«Too big to fail», c'est ce qu'on dit parfois en Valais quand on parle de la cave Provins et ses 3200 sociétaires pour 800 hectares de vignes, qui se partagent bon an mal an quelque 23 millions de francs de recettes de vendanges. Aujourd'hui, cette vénérable institution de 90 ans, trop grande pour tomber, pourrait bien tomber quand même, car elle est à sec.

Plus de poids

La Fédération des caves coopératives valaisannes est née en 1930 et est devenue Provins en 1937. A l'époque, les stocks encombraient les caves, les vins étrangers inondaient le marché et les crus valaisans ne trouvaient plus d’acheteurs dans une Suisse qui tirait la langue à cause de la crise. Les producteurs décidèrent alors, avec le soutien des autorités de l'époque, dont le fameux conseiller d'Etat Maurice Troillet, de créer cette entité qui leur donnerait un poids plus grand face aux acheteurs. Actuellement la production de Provins représente 10% de la production suisse et 20% de la production valaisanne.

L'histoire se répète

L'histoire se répète... En 2020, les stocks encombrent les caves, les consommateurs préfèrent les vins étrangers ou boivent moins de vin. Cependant, la structure coopérative de la cave et le pouvoir de ses sociétaires ne sont plus adaptés à la situation. Les quatre fournisseurs qui tentent de se battre pour éviter leur faillite et celle de Provins le savent. Ils défendent la stratégie du conseil de passer à une société anonyme, mais pour cela il faut convaincre les deux-tiers des sociétaires.

Le silence de l'Etat du Valais

Une assemblée extraordinaire devait décider le 27 février de créer cette société anonyme pour trouver de l'argent frais, mais elle a été repoussé à une date inconnue, «avant l'été», dit-on. Ce qui étonne, pour l'instant, c'est le silence des autorités cantonales, qui semblent regarder le bateau Provins couler. Sans doute que des contacts ont lieu en coulisses, mais il ne faudrait pas froisser les autres caves qui sont dans une situation plus saine... D'aucuns parlent enfin d'une solution de reprise avec la coopérative Fenaco.

Eric Felley

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