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CyclismePrudhomme: «Une façon de courir tout à fait nouvelle»

Le directeur du Tour de France dresse un bilan plus que positif de l’édition 2022. Il s’en est est expliqué avant la dernière étape, ce dimanche à Paris (départ à 16h30).

Christian Prudhomme pose un regard très positif sur l’édition 2022 du Tour de France.

Christian Prudhomme pose un regard très positif sur l’édition 2022 du Tour de France.

AFP

Le Tour de France a été marqué par une «façon de courir tout à fait nouvelle», souligne dans un entretien à l’AFP son directeur Christian Prudhomme, à l’heure de dresser le bilan de l’édition 2022. «Cela ne débranche plus, c’est très impressionnant.»

Quel sentiment domine à la fin du Tour?

Celui d’avoir vécu un Tour de France où il s’est quasiment passé quelque chose de fort tous les jours depuis le départ, et la ferveur exceptionnelle du Danemark. Avec une étape folle au col du Granon, l’une des plus belles étapes de montagne que j’aie pu voir depuis trente ans.

Un virage a-t-il été pris dans la manière de courir?

Cela ne débranche plus, c’est très impressionnant et ça se voit sur la moyenne générale du Tour de France avec des attaques très tôt, très loin. On sentait depuis quelques années que les étapes dites de transition disparaissaient. Là, c’est encore plus fort, il se passe quelque chose dans toutes les étapes, une première heure courue à très grande vitesse, avec souvent des favoris et des équipiers de favoris dans les échappées, une façon de courir tout à fait nouvelle.

Quelles conséquences en tirez-vous pour les parcours des prochains Tours?

C’est trop tôt pour le dire. On ne sait jamais ce qui va se passer un an plus tard. Tout dépend des coureurs qui sont au départ. Cette année, on avait une première semaine tracée pour les puncheurs avec trois noms. Finalement, plus que jamais on a eu Wout van Aert, mais Mathieu van der Poel n’était que l’ombre de lui-même et malheureusement Julian Alaphilippe n’était pas là du tout. Et pourtant, on a eu une première semaine absolument folle. A Longwy, on imaginait Tadej Pogacar encore plus fort que l’année dernière, écrasant le Tour de France, et puis ce n’est pas ce qui s’est passé.

«C’était une étape folle au col du Granon, l’une des plus belles étapes de montagne que j’aie pu voir depuis trente ans.»

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France

Au vu de la dureté de la course, envisagez-vous un Tour un peu moins difficile les années prochaines?

La difficulté du Tour de France est liée en partie au parcours, mais l’autre partie, peut-être un peu plus importante que la première, est la manière dont les coureurs font la course. On a un peloton fatigué mais ça roule à 50 km/h chaque première heure de chaque étape. Je me méfie toujours des coups de barre à droite ou à gauche très rapides. Depuis quinze ans, on travaille pour essayer de donner le parcours le plus intéressant possible. Ces dernières années, ça a marché, parfois ça ne marche pas comme en 2012 ou en 2018, mais la philosophie du parcours reste la même.

Est-il excessif de dire que le grand homme du Tour est d’abord le maillot vert Wout van Aert?

Je pense que c’est un peu excessif, même si Wout van Aert est exceptionnel. Jusqu’où peut-il aller? Un Wout van Aert inspiré, avec Julian Alaphilippe et Mathieu van der Poel en première semaine du Tour de France, peuvent, on le sait aujourd’hui, créer des écarts qui compteraient quinze jours plus tard. Il est un élément essentiel du Tour, comme Tadej Pogacar que je trouve grandi dans la défaite. Il n’a cessé d’attaquer, pour le plaisir du jeu, du vélo.

«Wout van Aert est un élément essentiel du Tour, comme Tadej Pogacar que je trouve grandi dans la défaite.»

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France

Pogacar a-t-il magnifié la victoire de Vingegaard?

Sans aucun doute. Au soir du Granon, j’ai vu son visage sur le podium. Il était exactement le même que la veille. Nos équipes m’ont rapporté que quand il croisait les cadets et juniors qui font les premiers ou derniers kilomètres des étapes, il avait toujours un mot pour eux, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les champions. On dit souvent: «Dis-moi qui tu as battu, je te dirai qui tu es». La réponse pour Vingegaard est assez satisfaisante et c’est grâce à Pogacar.

On a très peu parlé de dopage cette année sur le Tour...

La lutte contre la triche sous toutes ses formes doit toujours continuer, ne jamais être relâchée. Dans le cyclisme, on pose la question qu’on ne poserait pas dans d’autres disciplines. Il faut rester évidemment attentif. Mais je ne doute pas que l’Union cycliste internationale (UCI) le soit.

(AFP)

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