Actualisé 13.03.2019 à 14:18

ProjetPubs bilingues à Bienne: «c'est absurde, limite stupide»

Un règlement municipal en préparation exige les deux langues officielles sur les réclames. Le commentaire critique de l’Association Suisse des Annonceurs (ASA) énerve les francophones...

par
Vincent Donzé
Une annonce en allemand seulement: ce local commercial est-il uniquement destiné à un locataire alémanique?

Une annonce en allemand seulement: ce local commercial est-il uniquement destiné à un locataire alémanique?

DR

À Biel/Bienne, seule ville suisse officiellement bilingue, les autorités ont décidé de rendre les publicités obligatoirement bilingues. Cette disposition, que les autorités veulent inscrire dans le nouveau règlement municipal, est claire: «À l’avenir, toutes les réclames situées dans le domaine public devront en principe être rédigées dans les deux langues officielles».

Réaction de Roland Ehrler, directeur l'Association Suisse des Annonceurs (ASA) et natif de Bienne, interrogé par le «Bieler Tagblatt»: «Un telle réglementation est absurde, limite stupide». Ah bon?

Cadre positif

Selon Roland Ehrler, «les communes devraient créer un cadre positif pour l'économie au lieu de sanctionner les annonceurs». Selon lui, le bilinguisme obligatoire rate la cible. Cet annonceur se voit dans un village d'irréductibles Gaulois qui édictent leurs propres règles...

Le représentant des grands annonceurs plaide pour la liberté de communiquer: «Si vous achetez un espace publicitaire à Bienne, c'est pour y placer ce que vous voulez», dit-il en substance.

Affiche en turc

Qui paie commande, au mépris de la minorité? «Une entreprise peut vouloir une affiche en turc pour toucher son public cible», indique Roland Ehrler, pour qui la liberté économique prime sur la politique.

Le problème, vu de Bienne, c'est que pour les campagnes nationales, les annonceurs ont leur siège à Zurich, Bâle ou Berne. Bienne leur apparaît comme une ville alémanique, alors que 42% de ses 56 000 habitants sont francophones.

Just do it

Selon Roland Ehrler, Bienne n'obtiendra pas un affichage taillé à sa mesure: son poids commercial est jugé trop faible. Pire: les grandes marques internationales font déjà de la publicité en anglais: «Le «Just Do It» de Nike sera-t-il interdit à Bienne?» s'interroge le directeur des annonceurs, toujours dans le «Bieler Tagblatt».

L’idée qu’une publicité doit être bilingue lui paraît déconnectée de la réalité. Le risque, selon lui, c'est que Bienne soit snobé par les grandes marques, ce qui vaudrait une perte des recettes publicitaires. Selon Roland Ehrler, le principe selon lequel chacun parle sa langue à Bienne devrait valoir pour les publicitaires.

Liberté économique

Une phrase qui fâche? «Qui dit minorité pense trop vite discrimination». Une autre? «La liberté économique dans l'espace public passe avant le bilinguisme».

La réaction du publicitaire intéresse Virgine Borel, directrice à Bienne du Forum du bilinguisme: «Le rôle de pionnier de la Ville en matière linguistique se confirme, mais cela ne se passe pas sans faire grincer des dents», constate-t-elle.

«Les autorités de la Villes s'affirment en matière de bilinguisme et veulent faire entendre raison aux annonceurs», applaudit Virginie Borel.

Commentaire de Pascal Oberholzer, animateur du groupement «Défense des francophones de Bienne»: «Les loups sortent de la forêt, preuve qu'un bilinguisme pro-actif dérangent certaines personnes à Bienne», dit-il en prônant une «ouverture d'esprit».

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