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Qatar 2022Puisque la Suisse ne pouvait pas gagner, elle ne devait pas perdre

Avec son approche avant tout défensive, l’équipe nationale s’est engagée dans un défi d’équilibriste contre le Brésil. En s’inclinant 1-0, le constat est sans appel: elle s’est manquée.

par
Valentin Schnorhk
(Doha)

Parfois, il ne sert à rien de se lamenter ou de se couvrir de regrets. Sans doute qu’après sa défaite 1-0 contre le grand Brésil, la Suisse ne ferait pas fausse route en nourrissant plutôt quelques remords. Y avait-il la place pour faire mieux? Défensivement, pas sûr. Offensivement, probablement.

L’équipe de Suisse peut grimacer: elle visait le nul contre le Brésil, elle repart avec une défaite.

L’équipe de Suisse peut grimacer: elle visait le nul contre le Brésil, elle repart avec une défaite.

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Mais l’équipe nationale s’est-elle vraiment donné les moyens d’arriver à d’autres fins? Elle savait qu’elle était exposée jusqu’à la dernière minute et que tenir le 0-0 était un défi difficilement surmontable. Pas impossible, juste difficile. Et le constat est factuel: elle a échoué devant cette montagne auriverde. Tout cela a beau être tombé en fin de match, avec le magnifique but de Casemiro, cela ne change rien.


Les deux enseignements

  • Quand on ne peut pas gagner, il faut savoir ne pas perdre. Sauf que l’équipe de Suisse s’est inclinée contre le Brésil et cela ne donne aucun crédit au plan qu’elle avait choisi. Au final, Murat Yakin n’a pris aucun point dans ce grand rendez-vous, et la Suisse en ressort avec le sentiment de n’avoir pas forcé son destin.

  • Selon toute vraisemblance, un match nul contre la Serbie vendredi devrait suffire à se qualifier pour les 8es de finale. Un match décisif donc, comme cela pouvait être attendu et anticipé par le staff de l’équipe de Suisse avant le début de ce Mondial. Cela doit s’aborder avec une dose d’ambition, mais un certain calcul: un exercice d’équilibriste. Une chance pour Yakin: ni Elvedi, ni Akanji n’ont écopé du carton jaune qui les aurait privés de ce dernier match.

  • Un but en deux matchs, peu de véritables occasions concrètes: l’équipe de Suisse souffre terriblement de son manque de créativité. Il était criant lundi: seuls Ruben Vargas et Breel Embolo pouvaient faire basculer une action, et peut-être même le match. Face à la constellation de stars brésiliennes, c’est forcément maigre. Mais même pour cette Suisse-là, qui devait certes faire sans Shaqiri, c’est pauvre. Et tant qu’il en restera ainsi, sans élément pour explorer d’autres filières de jeu sur le terrain (ne serait-ce que de la profondeur ou de la percussion, tant qu’à faire), il sera difficile d’avancer.


Le meilleur Suisse: Ricardo Rodriguez

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On l’oublie parfois, mais Ricardo Rodriguez est avant tout un excellent défenseur. Et c’est sans doute pour cela que son meilleur poste est aujourd’hui dans une défense à trois. À quatre, le latéral gauche manque désormais de projection. Cela se ressent trop souvent. Mais dans une rencontre comme celle de lundi, où la Suisse a surtout l’intention de défendre, il est légitime: son placement est juste, son sens du timing aussi.

Sa paire défensive avec Ruben Vargas a été plutôt pertinente, même s’il était difficile de mettre Raphinha complètement dans l’entonnoir. Mais l’ailier droit brésilien a souvent dû prendre du recul, centrer de plus loin. Il n’a pas débordé, et cela rend honneur à la prestation de Rodriguez.


Le moins bon Suisse: Djibril Sow

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La sentence est sévère, parce que Djibril Sow n’est pas vraiment mis en valeur. Aurait-il joué côté droit si Xherdan Shaqiri n’avait pas été blessé? Possible. Mais dans cette position de numéro dix défensif, il peine à trouver son rôle quand la Suisse est en possession du ballon. Il fait quelques courses, certes. Mais lorsqu’il est servi, il peine à donner de la continuité au jeu. Et puis, son manque de spontanéité dans le dernier tiers et même dans la surface s’est payé lorsque l’équipe nationale s’est créé des situations intéressantes en deuxième période.

«Il est encore jeune, il a deux vieux renards derrière lui, s’est marré Granit Xhaka. Je sais ce que c’est, j’étais dans le même cas à l’époque.» Référence à ce poste similaire qu’occupait le capitaine actuel quand il avait Gökhan Inler et Valon Behrami derrière lui. Manière de dire que ce n’est qu’une question de temps avant que Sow puisse véritablement s’exprimer dans sa meilleure position. Sauf qu’en attendant, ce n’est pas vraiment convaincant.


La décla’

«Je crois que, pour la Suisse, le 0-0 était un bon résultat.»

Bruno Guimarães, milieu de terrain du Brésil lucide

Le fait tactique: le contre-pressing

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11e minute: la balle vient d’être récupérée par la Suisse. Djibril Sow est mis immédiatement sous pression, mais il joue en retrait.

11e minute: la balle vient d’être récupérée par la Suisse. Djibril Sow est mis immédiatement sous pression, mais il joue en retrait.

Granit Xhaka reçoit face au jeu, mais il fait exprès de s’orienter vers l’arrière pour ressortir loin de la zone de pression. La Suisse peut enclencher une séquence de possession plus posée, qui l’amènera jusque dans le dernier tiers adverse.

Granit Xhaka reçoit face au jeu, mais il fait exprès de s’orienter vers l’arrière pour ressortir loin de la zone de pression. La Suisse peut enclencher une séquence de possession plus posée, qui l’amènera jusque dans le dernier tiers adverse.

Un peu surprise par le Cameroun lors du premier match, l’équipe de Suisse avait mieux préparé son affaire face au Brésil lundi. Le plan de match, axé sur le comportement défensif, était maîtrisé. Surtout, l’équipe nationale y a ajouté une réflexion autour de la récupération du ballon: comment faire en sorte de ne pas le perdre immédiatement, en raison de l’intense contre-pressing brésilien?

Force est d’admettre que la Suisse est parvenue à ses fins. Un exemple chiffré: le Brésil a mis en moyenne 12,97 secondes pour récupérer le ballon après l’avoir perdu. Contre la Serbie lors de la première journée, elle en mettait moins de neuf secondes. La Seleçao n’a pas changé ses plans, mais la Suisse s’est adaptée en s’attelant à bien gérer le tempo et à ne pas partir à l’abordage.

Ainsi, autant que possible, lorsqu’elle retrouvait la possession du ballon, la Suisse a cherché à sortir de la zone de pression, en jouant régulièrement en retrait. Cela a permis de tuer le contre-pressing adverse et repartir dans de nouvelles séquences de possession, en ne se précipitant pas. Peut-être qu’au final, cela a manqué de spontanéité, mais cela a sans doute évité de plus grosses déconvenues.


La statistique

0,3, comme le total d’Expected Goals que s’est créé la Suisse dans cette rencontre. En six tentatives. Au-delà du très faible total, cela raconte la petitesse de chacune des occasions que l’équipe nationale s’est créées.

Le symbole du manque de concrétisation bien sûr, mais aussi de la difficulté à transformer des situations en frappes. Problème d’ordre collectif? À moins que les bonnes personnes ne soient pas forcément aux bonnes places. Tout un débat.


Une question pour penser l’avenir

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L’équipe de Suisse osera-t-elle jouer la victoire face à la Serbie, sachant qu’un match nul pourrait la qualifier?

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