Covid: «Macron devrait descendre de son Olympe»
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Vaccination obligatoire«On risque de mettre la société dans un état de tension incroyable»

Le président de l’Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, réagit vivement au chantage à l’emploi annoncé par Emmanuel Macron. Il «déconseille» toute velléité de ce genre en Suisse.

par
Eric Felley
Pour Pierre-Yves Maillard, en faisant du chantage au vaccin avec le personnel de santé, Emmanuel Macron risque de le regrette au retour de l’hiver

Pour Pierre-Yves Maillard, en faisant du chantage au vaccin avec le personnel de santé, Emmanuel Macron risque de le regrette au retour de l’hiver

Sébastien Anex

Anciennement chef de la Santé du canton de Vaud, aujourd’hui conseiller national et président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard (PS/VD) réagit aux annonces du président français Emmanuel Macron, notamment au chantage à l’emploi pour le personnel de santé, qui ne veut pas se faire vacciner.

Les annonces de M. Macron vous ont-elles surpris par leur caractère comminatoire pour le personnel de santé?

Quand les sondages indiquent une option, ce président a tendance à les imposer avec autoritarisme. Mais il n’est pas exclu que M. Macron doive supplier bientôt les personnes qu’il vise aujourd’hui de revenir travailler. Si on estime que 5% du personnel de santé décident d’arrêter ce métier plutôt que de se faire vacciner, il sera confronté cet hiver à un problème d’effectifs. En France et dans de nombreux pays, les hôpitaux ont déjà été asséchés depuis des années, le personnel travaille en sous-effectif avec des heures supplémentaires et des vacances supprimées… Il y a quelques mois encore, des soignants «cas contact» ne devaient pas observer la quarantaine et devaient aller travailler. Il y a un flux tendu permanent. En mettant cette pression sur le personnel, il court le risque de devoir se déjuger très vite.

Est-ce qu’en Suisse, un tel chantage à l’emploi serait imaginable?

Je le déconseille. Le monde n’a pas commencé il y a 18 mois… La question s’est déjà posée en Suisse avec la vaccination contre la grippe du personnel de santé dans les hôpitaux. On a retourné la question dans tous les sens. Finalement, pendant l’hiver, celles et ceux qui ne voulaient pas se faire vacciner devaient mettre un masque. Jamais il n’a été question de licencier quelqu’un. Lorsque nous étions en situation de crise à cause de la grippe, nous étions bien contents d’avoir des personnes qui venaient travailler. La vaccination obligatoire est une option de dernier recours pour certains cas très spécifiques. En principe, il faut inspirer de la confiance.

Le chantage d’Emmanuel Macron vous paraît donc complètement déplacé?

Le président français devrait descendre de son Olympe. En Suisse la démocratie directe équilibre les choses. Les opposants au pass sanitaire ont déposé un référendum avec 180 000 signatures. Cela montre qu’il faut gérer les contraintes liées au pass sanitaire avec beaucoup de doigté. Dans cette crise, il ne faut pas abandonner tous les principes qui nous guident en société. Je soutiens la vaccination, personnellement je l’ai fait. Mais, depuis le début de cette pandémie, on ressent une ambiguïté sous-jacente: est-ce qu’on veut éviter le débordement du système de santé et l’excès de mortalité? Ou est-ce qu’on veut à tout prix éradiquer totalement ce virus? Ceux qui veulent suivre la seconde option mettront la société dans un état de tension incroyable.

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