Tension: Qu'ont-ils tous contre la charité?

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TensionQu'ont-ils tous contre la charité?

La dernière sortie de Gérard Depardieu contre les Restos du Cœur illustre la montée d'un discours virulent contre les organisations caritatives. Y compris en Suisse.

par
Raphaël Pomey
AFP

S'il y en a un chez qui l'esprit de Noël ne déchaîne pas des torrents de bienveillance, c'est bien Gérard Depardieu. Voilà une dizaine de jours, dans un entretien accordé à Nice Matin, l'acteur a affirmé «détester» les Restos du Cœur, évoquant une «fumisterie terrible». Plutôt brutal pour l'association d'aide alimentaire, soutenue par de nombreux bénévoles. D'après les explications du géant du septième art, la critique visait moins le «bébé» de Coluche que la supposée inaction des politiques face à la pauvreté. Reste qu'elle s'inscrit dans une suite de propos chocs qui, tout au long de l'année, ont frappé des organisations de bienfaisance.

Un texte antijeune

L'une des affaires les plus emblématiques, et inattendues, a concerné les paroles du nouvel hymne des Enfoirés, «Toute la vie», en février. Jugé condescendant et antijeune, le texte de Jean-Jacques Goldman avait causé une polémique qui avait même fini en pleine page dans le New York Times.

En Suisse, les critiques n'ont pas épargné non plus la Chaîne du Bonheur, qui avait dû revoir sa politique de répartition des dons sous la pression populaire. A propos de cette même Chaîne du Bonheur, le patron de l'UDC, Toni Brunner, avait parlé d'une «grande machine de la compassion» qui lui courait sur les nerfs, sur un chat du Tages-Anzeiger organisé en pleine crise migratoire. Le boss des agrariens avait cependant expliqué qu'il versait des sous à d'autres œuvres de bienfaisance.

Pourquoi tant de haine? Au Téléthon, le responsable communication Thierry Bovay a bien sa petite idée. Il faut dire que son organisation est plutôt bien rompue à l'art de répondre aux critiques, étant régulièrement attaquée par les milieux opposés à l'expérimentation animale. Pour lui, les citoyens sont tout simplement «sursollicités» par le nombre d'associations à l'affût de dons. «Il y a dix ans, le climat économique était également différent. Sortir trois ou quatre fois 50 francs dans l'année était possible, aujourd'hui, le nombre de ménages qui peuvent le faire sans réfléchir a bien changé.» D'où une plus grande curiosité des donateurs. Thierry Bovay juge la transparence capitale pour continuer à bénéficier de la générosité de la population: «Nous avons toujours eu un rapport d'activité disponible. Mais depuis cinq ans nous le mettons en ligne, par exemple.» Et d'énumérer les réunions lors desquelles ses collègues et lui vont expliquer leur action auprès des bénévoles.

Engagé pour la Chaîne du Bonheur, entre autres, l'animateur de la RTS Jean-Marc Richard en a bien conscience, les moyens manquent pour dire aux gens comment l'argent est utilisé. «Du coup, dès qu'il y a un souci, celui-ci se retrouve mis en exergue aux dépens des autres projets qui fonctionnent bien.»

Il voit dans l'attaque de Depardieu, comme dans celle de Toni Brunner, la marque d'un cynisme inquiétant: «Avoir un regard critique est important. Mais, actuellement, la pensée dominante consiste à critiquer la solidarité et la bienveillance. Je m'oppose à cette mode parce que, pour l'instant, dans tout ce que j'ai vu, en Suisse et dans le monde, si 1% des actions ne fonctionnent pas, c'est le maximum.»

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