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MotocrossQuand Ben Thévenaz se livre

Dimanche, sur le terrain des Rogneux, à Bullet (VD), Benoît «Ben» Thévenaz organise sa onzième «Charity Race». But de l’opération: réunir de l’argent pour continuer d’aider la vie de personnes à mobilité réduite.

par
Jean-Claude Schertenleib
Benoît Thévenaz: «J’entends un grand «CRAAAAC», qui fait vibrer toute mon âme, tout mon cœur, ma tête, mon corps et puis…»

Benoît Thévenaz: «J’entends un grand «CRAAAAC», qui fait vibrer toute mon âme, tout mon cœur, ma tête, mon corps et puis…»

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«J’entends un grand «CRAAAAC», qui fait vibrer toute mon âme, tout mon cœur, ma tête, mon corps et puis… Plus rien. Le vide. Un black-out complet, le trou noir. L’impact entre mon corps et la mousse est si violent que ça siffle entre mes oreilles. Le choc me coupe immédiatement la respiration. J’ai les yeux fermés. Je ne sais plus comment faire pour reprendre mon souffle. Pourtant, reprendre son souffle, c’est un acte anodin, on n’y prête jamais attention au quotidien, pas pour un acte si naturel; mais là, je n’y parviens pas. Je n’y parviens plus. Je suffoque, j’essaie, mais rien ne fonctionne. Plus aucun muscle de mon corps ne se contracte afin de ramener du sang au cœur. J'ai déjà eu de nombreuses chutes dans ma vie, avec le souffle coupé. Mais celle-ci est différente. Le temps sans oxygène est tellement long. Ma vie défile devant moi. Et si c’était ça, la fin? Je le sens, je vais mourir...»

Le 9 juillet 2005, dans le cadre du Supercross d’Yverdon, Benoît Thévenaz, plus récent représentant d’une dynastie de crossmen de Bullet, profite d’un bac à mousse pour s’offrir quelques instants de fun avec son BMX. Une réception compliquée, ce grand «CRAAAAC» dont il parle dans le premier chapitre de son livre, une nouvelle vie commence pour le jeune homme, qui venait de décider de passer «pro», de consacrer tout son temps à sa passion, le motocross. Son avenir était empli de soleil, voici, ce sont encore ses propres mots: «Un black-out complet, le trou noir...»

À rire et à pleurer

Seize ans ont passé. Seize années commencées dans la douleur, poursuivies dans la patience – la médecine ne cesse de progresser pour ceux qui souffrent de lésions de la moelle épinière, de nouvelles pistes sont régulièrement étudiées – et qui, aujourd’hui, sont celles de la victoire: la victoire sur lui-même, mariée à la volonté d’aider celles et ceux qui ont connu, qui connaissent, de tels problèmes.

Cette vie, ce combat, c’est, depuis ce week-end, le premier tome d’une autobiographie qui prendra la forme d’un triptyque. Benoît Thévenaz a commencé à (se) raconter depuis plusieurs années, il a effacé certains passages qui ne lui plaisaient pas, en a ajouté d’autres. Il écrit sans fard, sans retenue, avec les mots qui sont aussi ceux de son âge. Et comme il a choisi une formule originale, avec d’incessantes coupures de rythme – on suit ainsi en parallèle sa vie depuis l’accident de juillet 2005 et ses frasques de l’enfance et de l’adolescence -, on passe du rire aux larmes.

Avec parfois même l’envie d’envoyer une bonne paire de baffes au gamin qui en a fait voir des vertes et des pas mûres à ses parents et à ses professeurs. Ce rythme – un chapitre actuel, le suivant parlant du passé plus lointain – procure au lecteur des sensations forcément particulières; on le laisse ainsi «au coin» parce qu’il a réussi à faire exploser des boules puantes dans sa salle de classe et on le retrouve en tournant la page, immobile dans son lit du centre de Nottwil.

La couverture du premier tome de l’histoire de Benoît Thévenaz.

La couverture du premier tome de l’histoire de Benoît Thévenaz.

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Le premier tome de son histoire nous mène jusqu’à son retour à la maison. Le deuxième, à paraître en fin d’année, parlera de sa reconstruction. Le troisième, prévu pour 2022, racontera ses victoires, ses accomplissements – notamment la création du Max Régénération Center, à Bullet, qui permet un entraînement adapté et très poussé -, mais aussi ses nombreuses autres activités, ses recherches permanentes, son rôle à la tête du «Rogneux Wheels Park».

La Charity Race

Et la «Charity Race», onzième du nom. L’idée, on l’a dit plus haut: récolter de l’argent pour ensuite le faire fructifier en poursuivant la recherche scientifique, mais aussi en le redistribuant. Ainsi, l’an dernier, un autre pilote vaudois – Kilian Auberson – et le Français Brian Moreau, tous les deux touchés à la moelle épinière, ont reçu une aide financière; le centre de régénération a aussi gagné un caisson hyperbare, qui permet une meilleure récupération.

Tous les douze mois, les pilotes de motocross jouent le jeu. Des stars internationales offrent qui un maillot dédicacé, qui un casque ou des posters pour une grande tombola; ceux qui ne sont pas engagés – le MXGP de la République Tchèque est programmé ce week-end – viennent rouler. Pour leur plaisir, pour Ben, pour la bonne cause. Ainsi le Valaisan Nicolas Bender, actuel dauphin de Valentin Guillod au classement intermédiaire du championnat de Suisse «open», ainsi le Fribourgeois Alan Schafer, Cyril Scheiwiler, Franco Betschart, Loris Freidig et tant d’autres.

«La blessure du guerrier», tome 1 de l’autobiographie de Ben Thévenaz. Prix officiel: 24 fr. En vente sur le site: www.benoit-thevenaz.ch et/ou par mail: jice12@outlook.com.

XIe Charity Race. Dimanche 25 juillet, au Rogneux Wheels Park, à Bullet (VD). Essais dès 7 h 30, courses dès 10 h 15.

L’affiche de la 11e Charity Race, qui aura ce week-end à Bullet (VD).

L’affiche de la 11e Charity Race, qui aura ce week-end à Bullet (VD).

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