Procès: «Quand je pète un plomb, c'est violent»

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Procès«Quand je pète un plomb, c'est violent»

Un agriculteur vaudois de 51 ans, qui a reconnu avoir serré le cou d'une ex-compagne et de son propre fils, est accusé par deux autres femmes de faits similaires. Il encourt 3 ans de prison, dont 9 mois ferme.

par
Benjamin Pillard
Incarcéré durant quatre mois en 2016, ce père de quatre enfants est arrivé libre au Tribunal de Nyon, hier, aux côtés de sa nouvelle amie.

Incarcéré durant quatre mois en 2016, ce père de quatre enfants est arrivé libre au Tribunal de Nyon, hier, aux côtés de sa nouvelle amie.

Christian Bonzon

«Il m'a emmenée dans la grange par la force, en me portant sur son épaule…» Alexandra*, Vaudoise de 38 ans, avait bien cru retrouver l'amour en la personne de François*, un agriculteur dépressif alors âgé de 49 ans. Trois mois plus tard, cette mère de deux enfants a été la cible d'un déchaînement de violence inouï…

La nuit était tropicale en ce mardi d'été 2016. La trentenaire accuse son compagnon de l'avoir littéralement lancée dans le hangar agricole de son exploitation (située entre Cossonay et Morges), peu avant minuit, tout en prenant soin d'en fermer la porte. François admet avoir ensuite frappé sur des machines et une dalle en béton avec une masse. «J'ai tapé à droite, à gauche pour lui faire comprendre que j'étais fâché», a concédé hier ce père de quatre enfants, au Tribunal de Nyon.

«Les coups tombaient très proches de moi et résonnaient dans le hangar, je fermais les yeux, tétanisée, en espérant chaque fois ne pas être touchée…» a témoigné Alexandra, des trémolos dans la voix. Une scène de folie interrompue in extremis par la mère du paysan – également domiciliée sur le domaine – alors que le quadragénaire aurait levé la masse en direction de sa compagne.

Doigt dans l'œil salvateur

La tension montera d'un cran la nuit suivante, lorsque la trentenaire décidera de quitter le lit pour aller fumer une cigarette devant la ferme. Nue sous une couverture, assise sur une table, la frêle Alexandra aurait été saisie à la gorge par François, qui lui aurait ensuite frappé la tête contre le plan en bois massif, puis donné un coup de coude dans le ventre. Avant de lui serrer de nouveau le cou. «Je n'avais vraiment plus de force et manquais d'oxygène, mes enfants sont apparus en vision… J'ai eu peur de ne plus les voir grandir, a témoigné la mère de famille. J'ai alors mis mon doigt dans son œil, ce qui nous a fait tomber de la table…»

L'agriculteur concède être «tombé sur elle» à cet endroit, après que le couple s'est «foutu sur la figure». Mais le quadragénaire – aussi nu que sa compagne – n'aurait fait que l'empoigner avec la couverture, «au niveau des épaules», pour mieux la traîner jusqu'à l'intérieur de la ferme. «Comme j'entendais aboyer un de ses chiens, qui ont tendance à fuguer, je suis allé le chercher au giratoire», a complété François. Un répit précieux qui a permis à Alexandra de se réfugier chez des voisins. Apprenant qu'il était recherché, le cogneur s'est rendu de lui-même à la police.

«Quand je pète un plomb, c'est violent, mais, en venant de la terre, on n'a peut-être pas la même réaction que d'autres», a tenté de justifier le paysan, jugé capable de récidiver. Et qui ne nie pas avoir serré le cou d'une ex-amie, ainsi que de son propre fils, alors âgé de 15 ans. Une autre femme a en tout cas déposé une plainte contre lui pour un cou serré, en lien avec un incident survenu en janvier 2016. La plaignante, que l'homme rencontrait pour la première fois, sur son champ, lui reprochait de ne pas s'occuper d'un veau en détresse qui venait de naître.

Déjà incarcéré durant quatre mois, l'accusé encourt une peine de 3 ans de prison, dont 9 mois ferme. Verdict lundi.

* Prénoms d'emprunt

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