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FootballQuand le ramadan côtoie la performance sportive

Sherif Ashraf, nouvel attaquant égyptien du FC Bienne, va suivre un ramadan «aménagé» alors que la saison de football reprend ses droits ce week-end.

par
Cyrill Pasche
Sherif Ashraf se sent bien à Bienne, où vont bientôt le rejoindre sa femme et son fils.

Sherif Ashraf se sent bien à Bienne, où vont bientôt le rejoindre sa femme et son fils.

Jean-Guy Python

Sherif Ashraf reçoit, mais sur une terrasse du centre-ville. L’international égyptien vient de débarquer à Bienne et cherche encore ses repères dans une cité qu’il découvre à peine. «J’aime le calme qui y règne. J’espère que mon fils pourra grandir dans un pays comme la Suisse, explique ce père de famille de 26 ans qui a dû laisser – temporairement – au pays son épouse et son garçon de tout juste 10 mois. L’air y est bon, il n’y a pas trop de pollution, et les gens ne fument pas autant qu’en Egypte…»

Les contraintes du ramadan

Sherif Ashraf a aussi laissé derrière lui un climat de tension politique oppressant entre révolte populaire et soulèvement militaire. «C’est dur à vivre, confesse-t-il. Mon pays n’est plus sûr, il est devenu trop instable. Des innocents sont morts. J’espère que mon épouse et mon fils pourront me rejoindre rapidement ici, dans un endroit sûr…»

Alors que le championnat de Challenge League reprend ses droits ce week-end, l’attaquant formé à Al Ahly sait que le temps presse et qu’il devra convaincre d’entrée.

Musulman pratiquant – il prie cinq fois par jour et jusqu’à onze fois durant le ramadan –, il se sent tiraillé entre les attentes sportives placées en lui et ses croyances religieuses alors que le ramadan vient de débuter. Un mélange qui ne fait pas forcément bon ménage. «Le Coran accorde l’autorisation à ses voyageurs de faire en sorte qu’ils disposent de suffisamment d’énergie, image-t-il. En tant que sportif professionnel, quelqu’un tout là-haut me donne le droit de ne pas appliquer aussi strictement les règles du ramadan si j’en ressens la nécessité. Nous autres les voyageurs, les footballeurs, bénéficions en quelque sorte d’une dérogation suprême. Mais j’aimerais jeûner, vraiment. Je pense que je vais le faire, mais uniquement les jours où je ne m’entraîne pas ou qu’aucun match n’a lieu…»

En Egypte par le passé, mais aussi la saison dernière en Finlande, l’Egyptien avait strictement suivi les principes du ramadan en pleine saison de football. Ni repas ni boissons entre le lever et le coucher du soleil. «Mais c’était trop dur, reconnaît-il. Il n’est pas possible de donner les 100% sur un terrain de football si on se prive d’aliments et d’eau durant la journée. Lorsque j’évoluais dans le championnat égyptien, ce n’était toutefois pas la même chose car les rencontres étaient programmées très tard le soir. Nous pouvions manger et reprendre des forces avant d’entrer sur le terrain. Ici, en Europe en été, le soleil se couche trop tard et les matches ont lieu trop tôt…»

Une carrière en Europe

Reste que le FC Bienne a frappé fort sur le marché des transferts en s’attachant les services de l’international égyptien – trois sélections, dont la dernière remonte au mois de janvier contre la Côte d’Ivoire de Didier Drogba en amical – pour la saison à venir. «J’ai formé un duo avec Mohamed Salah (ndlr: FC Bâle) en sélection. C’est mon ami.»

Sherif Ashraf, le fidèle, ne le cache pas: Bienne n’est qu’une étape vers quelque chose de plus grand. Comme la Super League, par exemple, ou un club plus coté à l’étranger. «Je veux faire carrière en Europe, dit-il. Je crois très fort en moi, mais à la fin c’est le terrain qui rendra son verdict.» Une éventualité qui devrait satisfaire tant le FC Bienne que son nouvel attaquant égyptien. Pour autant qu’il devienne un nouveau Mohamed Salah…

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