Insolite: Quand les policiers rockent

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InsoliteQuand les policiers rockent

La police de Lausanne espère séduire les citoyens et renforcer leur sécurité grâce à un groupe de six rockeurs. Qui se produisait pour la première fois en public hier à Chailly.

par
Laurent Grabet
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Pour la première fois hier, à Lausanne, 117 s'est produit en public. Une assistance pas seulement composée de policiers.

Pour la première fois hier, à Lausanne, 117 s'est produit en public. Une assistance pas seulement composée de policiers.

Darrin Vanselow
Fils de musicien, ce fan de Led Zep' et de Pink Floyd – qui fut mécano, délégué au CICR, chauffeur de poids lourd international ou conducteur de chien stups à la douane – rêve de «représenter la police lausannoise avec son groupe dans d'autres cantons voire d'autres pays»! Motocycliste à l'unité de circulation, ce sergent-major est le plus gradé du groupe.

Fils de musicien, ce fan de Led Zep' et de Pink Floyd – qui fut mécano, délégué au CICR, chauffeur de poids lourd international ou conducteur de chien stups à la douane – rêve de «représenter la police lausannoise avec son groupe dans d'autres cantons voire d'autres pays»! Motocycliste à l'unité de circulation, ce sergent-major est le plus gradé du groupe.

Darrin Vanselow
Dix ans de piano classique et quelques années passées au chœur d'enfants du Conservatoire ont donné à cette Lausannoise l'envie de pousser la chansonnette au sein d'un groupe, dans le cadre de son école de police, puis avec ses amis de 117. «On veut faire ressortir davantage le côté humain des policiers», confesse l'agente de police secours.

Dix ans de piano classique et quelques années passées au chœur d'enfants du Conservatoire ont donné à cette Lausannoise l'envie de pousser la chansonnette au sein d'un groupe, dans le cadre de son école de police, puis avec ses amis de 117. «On veut faire ressortir davantage le côté humain des policiers», confesse l'agente de police secours.

Darrin Vanselow

Le célèbre riff de «I Love Rock & Roll» s'évanouit en un larsen inspiré et les six musiciens venant de revisiter ainsi le classique de Joan Jett dissertent longuement sur leur performance. En ce samedi après-midi, à l'Hôtel de police de Lausanne, répète un groupe rock pas comme les autres. Aucun de ses six membres ne «fuck the police» ni ne «sho[o] t the sheriff». Encore moins sur scène, où ils se produisent en uniforme, leur pistolet Glock à la ceinture. Et pour cause! Les musiciens de 117 – c'est le nom de cette formation – sont tous des membres de la police lausannoise.

Hier, ils ont joué pour la première fois devant un public pas uniquement composé de collègues. C'était à la fête de quartier de Chailly, à Lausanne. Là, leur répertoire, ratissant de Muse à Daft Punk en passant par le Prix Nobel Bob Dylan, a séduit. «Entre Helder, qui aime l'électro hip-hop, Camille la variété, Yoann le classique ou moi le hard rock, cela n'a pourtant pas été une mince affaire de tomber d'accord sur une setlist», se rappelle en souriant le sergent-major Jean-Marie Pahud, 49 ans, guitariste et leader de ce surprenant combo.

Ils cartonnent sur Facebook

Son groupe est né voici deux ans. C'est Pierre-Alain Raemy, commandant de la police lausannoise, qui les a réunis. Et «Le Matin» n'y est pas pour rien. C'est en effet après avoir découvert dans nos colonnes le portrait de l'agent Joël Murner, dont l'une des compositions tournait alors en boucle sur Option Musique, qu'il s'est mis en tête d'encourager d'autres de ses hommes à former un groupe avec lui. Et ce, même si son corps de police comptait alors déjà, comme de coutume, une chorale et une fanfare.

Le commandant a été bien inspiré car, depuis, le groupe cartonne. La vidéo de l'une de ses prestations, postée sur Facebook, a même enregistré près de 30 000 vues! Il aurait du coup été dommage de garder pareille carte de visite à l'interne. «À en croire les réactions des gens sur les réseaux sociaux, nous contribuons à changer leur regard sur les policiers», relève Camille Pfister, 26 ans, chanteuse et agente à police secours. Et son collègue Yoann Jeanmonod, 25 ans claviériste et policier de proximité, d'acquiescer: «Certains citoyens découvrent que nous sommes des êtres humains comme les autres, avec nos passions et nos talents.»

«Grand bien vous fasse», lui répliqueront certains, mais est-ce bien là la mission de policiers dans une ville où, par exemple, les dealers ne se font pas particulièrement discrets? «Totalement, répond du tac au tac Raphaël Pomey, porte-parole de la police lausannoise, car, outre l'image positive véhiculée, le groupe est en parfaite adéquation avec notre mission de proximité. Leur contact de qualité avec la population favorisera une bonne circulation de l'information et contribuera ainsi à identifier et à résoudre des problèmes sécuritaires.» Sans compter que le groupe, malgré ses deux répétitions mensuelles et ses six à huit concerts annuels, ne coûte pas un centime au citoyen.

De son côté, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois de la Police et «fan» de 117 à ses heures, se félicite du rôle positif joué par le groupe. «Ils montrent que les policiers ont un rôle dans la communauté, qui ne consiste pas seulement à être le bras armé répressif de la loi!» Auront-ils la même longévité que leurs homologues de la police genevoise, lesquels taquinent la guitare depuis 1996? C'est tout le mal qu'on souhaite à ces rockeurs. Quoi qu'il en soit, 117 rêve tout haut d'un premier CD et se produira en attendant dans un centre socio-éducatif à la fin du mois.

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