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Extrême droiteQuarante ans de Front National en France

Le parti d'extrême droite français s'apprête à fêter ses quarante ans d'existence. Retour sur la formation du Front National, issu en partie de néo-fascistes, et de l'émergence de son acteur clé: Jean-Marie Le Pen.

Le 5 octobre 1972: une poignée de mouvements d'extrême droite, dont les néo-fascistes d'Ordre Nouveau, lancent un nouveau parti, le Front national. En pleine traversée du désert, Jean-Marie Le Pen, 44 ans, est désigné président. Il va vite s'imposer comme leader incontesté.

Au tournant des années 60 et 70, l'extrême droite est à genoux. Minée par ses divisions, elle a perdu le combat pour l'Algérie française et ne trouve aucun débouché politique.

"Notre camp est dispersé. Il n'y a pas d'initiative. Et les conséquences sont dramatiques, parce qu'en 68, il n'y a rien pour équilibrer la poussée Cohn-Bendit et compagnie", raconte Jean-Marie Le Pen.

Seuls quelques mouvements émergent. Né en 1969, Ordre Nouveau est l'un des plus en vue, mais ses jeunes militants restent cantonnés à l'activisme, parfois musclé, contre l'extrême gauche.

La croix celtique est de tous les meetings et le mouvement a pour modèle le MSI (Mouvement social italien), héritier direct de la République sociale italienne (RSI) fondée par Mussolini.

"Il faut faire un parti révolutionnaire. Blanc comme notre race, rouge comme notre sang et vert comme notre espérance", lance, à la tribune, l'un des leaders, François Brigneau. Celui-ci s'est distingué en s'engageant dans la Milice, liée à la Gestapo, le 6 juin 1944, jour du Débarquement des Alliés.

La fin d'Ordre Nouveau

Dirigé par Alain Robert, qui n'a pas 30 ans, Ordre Nouveau veut sortir de l'activisme et lance dès 1971 un appel pour un "Front national". Objectif: se doter d'une vitrine politique crédible et moins sulfureuse.

Jean-Marie Le Pen a le profil idéal pour en prendre la tête, car à l'époque, il a déjà une certaine aura dans la mouvance. Plus jeune député de France (1956-1958) dans les rangs poujadistes, il a déjà montré ses talents de tribun à l'Assemblée, et s'est engagé en Algérie et en Indochine.

Mais au début des années 70, il est en pleine traversée du désert et n'a quasiment plus d'activité politique.

L'initiative d'Ordre Nouveau est donc une aubaine, mais Le Pen ne se voit pas autrement que numéro 1. "J'ai alors une quarantaine d'années, et je ne suis pas disposé à m'en laisser compter par des jeunes gens, même si je les trouve, dans l'activité de leur âge, assez sympathiques, malgré leur réputation un peu excessive", dit-il.

"Ordre Nouveau croit pouvoir manipuler Le Pen, parce qu'ils ont les troupes, un peu d'ossature idéologique et quelques figures. Ils pensent pouvoir faire de lui un président de pacotille, une potiche", explique Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite.

Le 5 octobre 1972, le Front national est lancé avec Le Pen pour président. Parmi les six membres du bureau politique figurent Roger Holeindre, qui revendique des actes de résistance et a frayé avec l'OAS, mais aussi François Brigneau et Pierre Bousquet, qui fut engagé dans la division Charlemagne, celle des Waffen SS français.

"C'est le rassemblement des patriotes français de ce temps-là", justifie Jean-Marie Le Pen. "Et leurs engagements n'avaient pas été contraires à la morale, puisqu'ils ne se sont pas engagés pour s'enrichir", ajoute-t-il.

Le FN se choisit une flamme tricolore pour symbole, directement venue du MSI italien. Mais les législatives de mars 1973 sont un échec cuisant et provoquent des tensions au sein d'Ordre Nouveau.

Montée de Le Pen

Pour rassurer la base militante, ces dirigeants prévoient un meeting musclé en juin 1973. Le mot d'ordre: "Halte à l'immigration sauvage". La soirée dégénère en affrontements violents avec l'extrême gauche. Résultat, le gouvernement dissout Ordre Nouveau et la Ligue communiste.

En difficulté, les leaders d'Ordre Nouveau reviennent vers Le Pen, mais leurs desiderata sont jugés exorbitants. Un procès aura même lieu pour savoir qui détient le nom "Front national". Le Pen obtient gain de cause, comme 25 ans plus tard face à Bruno Mégret.

Désormais seul maître à bord, il se lance dans la course à la présidentielle de 1974, mais, sans troupes et sans moyens, il n'atteint que 0,74%. Le parti végètera dix ans avant de percer en 1983.

(AFP)

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