09.10.2015 à 22:08

Triple lynchage de MadagascarQuatre accusés condamnés aux travaux forcés

Quatre hommes ont été condamnés vendredi à perpétuité pour le lynchage de deux Européens et d'un Malgache sur une île touristique en 2013.

Les victimes avaient été frappées par une foule déchaînée à coups de rondins avant d'être brûlés.

Les victimes avaient été frappées par une foule déchaînée à coups de rondins avant d'être brûlés.

AFP

Trente-sept accusés comparaissaient pour le lynchage d'un touriste français, d'un résident franco-italien et d'un Malgache en octobre 2013. Quatre ont été condamnés à passer le restant de leur vie en prison. Vingt-cinq d'entre eux ont été libérés «au bénéfice du doute» et un a été formellement acquitté. Par ailleurs, un accusé a été condamné à sept ans de travaux forcés et les autres à des peines de prison entre six mois avec sursis et trois ans ferme, pour différents motifs.

Les deux Européens avaient été roués de coups et leurs corps brûlés sur une plage de Nosy Be (nord) par une foule déchaînée qui les accusait d'avoir tué un enfant et les soupçonnait de pratiques pédophiles. Le troisième homme, l'oncle malgache du garçonnet, avait subi le même sort quelques heures plus tard.

Jeudi, l'avocat général, Jean de Dieudonné Andrianaivoson, avait requis une peine maximale de travaux forcés à perpétuité contre 12 des personnes poursuivies pour séquestration et lynchage. Il s'en était remis «à la sagesse de la cour» pour les 25 autres accusés, y compris les deux gendarmes poursuivis pour non assistance à personne en danger.

L'un des deux gendarmes a été libéré au bénéfice du doute, l'autre a écopé de six mois avec sursis.

Ils nient en bloc

Lors du procès, la plupart des accusés ont nié toute implication. L'un des quatre condamnés à perpétuité, qui avait été identifié sur une photo lors du lynchage, a cependant reconnu jeudi avoir «fait partie de ceux qui ont incendié le corps des 'vazahas' (les Occidentaux en malgache)».

Un autre accusé, condamné à sept ans de travaux forcés, a aussi admis à la barre avoir transporté l'un des deux Européens sur sa charrette tirée par un zébu. Mais son avocat avait plaidé l'acquittement, estimant qu'il n'avait pas eu d'autre option que d'obéir à la foule.

Les avocats de la défense mais aussi de l'accusation avaient insisté sur le fait de nombreuses personnes auraient dû être poursuivies dans cette affaire, notamment le chef de district et le maire de Tuléar.

Peine de mort plus appliquée

Les inculpés pour assassinat encouraient la peine de mort, qui n'est plus appliquée à Madagascar et est commuée de fait en travaux forcés à vie.

Le procès a été marqué par le visionnage de plusieurs vidéos montrant le drame. On y voit la victime française, un pneu au niveau des hanches, sur une plage. L'homme est jeté à terre puis frappé huit fois à coups de rondin sur la tête. Au dernier coup qu'il assène, son bourreau lance : «Adieu la terre».

Aucun élément ne permet pour l'heure d'accréditer les soupçons de pédophilie et de meurtre d'un enfant par les victimes.

(ats)

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